‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 102 sur 273 · XXI. Pour la fête de l'Assomption · texte numérisé non relu

XXI. Pour la fête de l'Assomption

ressuscita de sa propre puissance et authorité, et Nostre Dame ressuscita par la toute puissance de son Fils qui commanda à l'âme bénite de sa très sainte Mère de s'aller reunir à son corps. Il estoit certes bien convenable que ce corps très pur ne fust aucunement entaché de corruption, puisque celuy de Nostre Seigneur avoit esté tiré de ses chastes entrailles et y avoit reposé neuf moys durant.

L'Arche de l'alliance dans laquelle estoyent les tables de la Loy * ne pouvoit estre atteinte d'aucune corruption, * m Reg., toi, 9; d'autant qu'elle estoit faite de bois de cèdre qui est incorruptible*; combien estoit-il plus raysonnable que * Exod., xxv, 10. cette Arche en laquelle avoit reposé le Maistre de la Loy, fust exempte de toute corruption ? La résurrection de la très sainte Vierge est déclarée par ces paroles * : * il Par., vi, 41 ;

Ps cxxxi 8

Leve^-vous , Seigneur, vous, et V Arche de vostre sanctification. Quant à ces mots : Leveç-vous, ils font mention de la résurrection de Nostre Seigneur ; mais ceux qui suivent : et l'Arche de vostre sanctification, se doivent entendre de celle de sa Mère. Quant à nos corps, ils sont, le veuillons-nous ou non, réduits en poussière, et c'est le tribut que nous devons et qu'il faut que nous payions tous à cause du péché que nous commismes tous en Adam. Tu es de terre et tu retourneras en terre *. Les vers nous mangent et nous avons * Gen., m, 19 ; tous sujet de dire aux vers : Vous estes mon père, vous cc es'' u "' 7* estes ma mère *. * Job, xvn, 14.

Je ne sçay si vous aurez remarqué que le petit David, avant qu'entreprendre la bataille contre Goliath, s'informa soigneusement parmi les soldats de ce que Ton donneroit bien à celuy qui vaincroit et terrasseroit ce grand géant, ennemy des enfans de Dieu. On luy respondit que le roy avoit promis de grandes richesses à celuy qui seroit si heureux que de le surmonter. Mais cela n'estoit pas assez pour le cœur de David, qui estoit généreux et qui ne pensoit en rien moins qu'aux richesses. Aux richesses on adjousta l'honneur : Non seulement, luy dit-on, le roy l'enrichira, mais il luy donnera sa fille en mariage, il le rendra son gendre.

Sermons recueillis

* Joan., xii, 31, xiv,

Ps. 11, 6-8; Heb.

et en outre, il a encores promis d'exempter sa maison iReg.,xvn,25-27, de tribut*.

Nostre Seigneur et Maistre venant en ce monde s'informa, comme son grand père David, que c'est que l'on donneroit à celuy qui vaincroit ce puissant Goliath, le diable, que luy mesme appelle prince du monde *, à cause du grand pouvoir qu'il avoit avant l'Incarnation du Verbe. On luy fit la mesme response qu'à David : Le Roy enrichira celuy qui surmontera ce cruel Goliath. Et qu'ainsy ne soit, escoutez ce qui est dit par le Père éternel : Je le constitueray Roy et luy donner ay plein pouvoir sur tout ce qui est au Ciel, sur tout ce qui est en la terre *. Mais Nostre Seigneur n'eust pas esté content si l'on n'eust adjousté : Le Roy a promis qu'il luy donneroit sa fille en mariage. Or, la fille du Roy, c'est à dire de Dieu, n'est autre chose que la gloire. Nostre divin Maistre fut tousjours très glorieux, et posséda tousjours toute la gloire ; quant à la partie suprême de son ame, elle fut tousjours unie et conjointe inséparablement à la Divinité dès l'instant de sa conception ; mais la gloire qu'on luy promettoit estoit la glorification de son corps. Néanmoins il n'eust pas encores esté satisfait si l'on n'eust adjousté que sa maison seroit exempte de tribut. Or, quelle est la maison de Nostre Seigneur sinon la très sainte et virginale chair de Nostre Dame ? Elle fut donques exempte de tribut par les mérites de son Fils, c'est à dire, elle fut ressuscitée avant qu'elle eust aucunement receu de tare ni deschet dans le sépulcre.

Que nous reste-t-il maintenant à dire sinon de voir si nous ne pourrons point en quelque façon imiter l'Assomption de nostre glorieuse et très digne Maistresse ? Quant au corps, nous ne le pouvons point faire jusques au jour du jugement dernier, où les corps des Bienheureux ressusciteront glorieux, et ceux des reprouvés pour estre éternellement damnés. Mais quant à son ame qui s'en alla unir et conjoindre inséparablement à la divine Majesté, voyons comme nous pourrions l'imiter en cela. Il est dit en l'Evangile que Marthe, en la maison de laquelle entra Nostre Seigneur, s'empressoit et alloit

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