XXI. Pour la fête de l'Assomption ï
la prattique des vertus. Les anciens qui ont fait le
dénombrement des vertus en ont remarqué une peuplade,
et à la fin ils s'y sont encores trouvés court. Entrons
donc en cette économie des vertus pour rechercher si
nous en pourrions point prattiquer sans soin et attention.
Il faut avoir un grand soin pour la prattique de la
modestie. Voyez-vous cette personne qui a dessein de
la prattiquer ? Elle commence à faire pacte avec ses
yeux * qu'ils ne regarderont que pour les choses neces- * job, xxxi, i.
saires et non point autrement; et pour cela elle leur fera
comme aux esperviers que l'on chaperonne quand on ne
leur veut pas donner le vol et à fin de les porter plus
aysement sur le. poing. Elle en fait de mesme à ses
yeux, car elle leur met leur chaperon naturel, qui sont
les paupières, à fin qu'ils ne voyent que ce qu'il faut*. * Cf. Tr.de VAm.de
^.. , . . Dieu, 1. I, c. h.
Elle prend aussi un grand soin pour se tenir en une continuelle modestie à fin de ne point s'eschapper en quelque action qui sente la légèreté.
Quelle attention ne faut-il pas pour prattiquer la patience et pour ne point eschapper en la colère! Cassien escrit* qu'il ne suffit pas de fuir les occasions de parler •Instit, 1.VIII, c et converser avec les hommes ; aussi n'est-ce pas le moyen d'acquérir la vertu que d'en éviter l'exercice, d'autant qu'il rapporte de luy mesme que, estant seul dans le désert, lors qu'il se levoit la nuit et qu'il prenoit son fusil pour allumer sa chandelle, si le caillou ne vouloit pas faire feu il se mettoit en colère et le jettoit
contre terre*. *Cî.Les Entretiens,
Il faut certes un grand soin pour ne point produire ppm'53j I5g?" / '' d'actes d'impatience ; mais, o Dieu, prattiquer la vaillance spirituelle, ne se laisser jamais descourager au bien, cela ne se peut faire qu'avec une grande attention pour observer la discrétion. J'en dis de mesme pour la constance, la persévérance, l'affabilité, la prudence, la tempérance, et principalement pour la tempérance en ses parolles. Quelles brides ne faut-il pas mettre à la langue pour l'empescher de courir par les rues comme un cheval eschappé et d'entrer en la maison du prochain, voire mesme dans sa vie, ou pour la censurer et
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contreroller, ou bien pour luy oster tousjours un peu de l'estime que nous sçavons luy estre deuë.
Mais quel remède, me direz-vous, pour ne pas avoir tant de soin, puisqu'il faut que je m'exerce en la vertu? O certes, ce soin, pourveu qu'il soit sans anxiété et empressement, est très louable. Voicy néanmoins un remède pour vous délivrer de tant de sollicitudes : puisque Nostre Seigneur dit qu'une seule chose est nécessaire, qui est d'estre sauvé, il n'est pas requis de tant multiplier les moyens pour l'acheminement de nostre
* Cf. supra, p. 34. salut*, bien qu'il faille un acheminement à toutes choses.
Je vous dis en un mot : ayez la très sainte charité et vous aurez toutes les vertus. Et qu'ainsy ne soit, escoutez
* I Cor., xiii, 4-7. le grand Apostre * : La charité est douce, elle est
patiente, elle est bénigne, elle est condescendante, elle est humble, elle est affable, elle supporte tout ; en fin elle comprend en soy toutes les perfections des autres vertus, mais beaucoup plus excellemment qu'elles ne
* a.Tr.de VAm.de font pas elles-mesmes *. L'amour n'a qu'un seul acte qui
^tm, . , ce. vin, est ^e conjonction et d'union. Aymer Dieu sur toutes choses est le premier commandement ; aymer le prochain sur tout ce qui n'est point Dieu c'est l'image du
•Matt., xxii, 37-39. premier commandement*.
La très sainte Vierge, nostre glorieuse Maistresse, prattiqua l'un et l'autre de ces amours en la réception qu'elle fit de son Fils : elle l'ayma et le receut en qualité de son Dieu, et elle le receut, l'ayma et le servit en qualité de son prochain. Avoir l'un de ces amours sans
*I joan.,iv,2o,ai. l'autre, l'on ne sçauroit *. Aymez-vous parfaitement Dieu, vous aymez donques parfaitement le prochain. A mesure que l'un de ces amours croist, l'autre aussi croist ; de mesme, si l'un diminue, l'autre ne tardera pas à diminuer. Si vous avez l'amour de Dieu, ne vous mettez point en peine ni en souci de prattiquer les autres vertus, d'autant qu'il ne se présentera point d'occasion de vous y exercer que sans soin vous ne le fassiez ; je dis quelle vertu que ce soit : de patience, de douceur, de modestie, et ainsy des autres.
Les lapins font des petits toutes les trois semaines ; l'on