XXI. Pour la fête de l'Assomption
trouve quantité de levraux, des mouches, à milliers, des moucherons sans nombre, mais des aigles extrêmement peu. L'elephante ne fait qu'un veau, qu'un elephanton ; la lionne ne fait jamais qu'un lion *. Ainsy l'exercice de •Cf.TV. de VAm.de
., , , ., , ,, . , 1 t\t • • Dieu, 1. X, c. vu.
Marthe a quantité d actes, mais celuy de Marie, qui est l'amour, n'en a qu'un seul, qui est, comme nous avons dit, de conjonction et d'union.
Il semble que l'Assomption de Nostre Dame fut en certaine façon plus glorieuse et triomphante que non pas l'Ascension de Nostre Seigneur, d'autant qu'à l'Ascension il n'y avoit que des Anges qui luy vinssent au devant, mais en FAssomption de sa très sainte Mère le Roy des Anges y vint luy mesme. C'est pourquoy les trouppes angeliques s'escrioyent comme tout estonnées : Qui est celle cy qui monte du désert appuyée sur son Bien-Aymé* ? Par où nous pouvons entendre que * Cant., ult., 5. si bien Nostre Dame montoit au Ciel comme estant toute pure, nonobstant sa pureté, elle estoit néanmoins appuyée sur les mérites de son Fils, en vertu desquels mérites elle entra en la gloire. Et tout ainsy qu'il ne fut jamais veu tant de parfums dans la ville de Hierusalem comme la reyne de Saba en porta lors qu'elle alla visiter le grand roy Salomon, lequel en contreschange luy fit des presens selon sa grandeur et magnificence royale*, de mesme, dis-je, l'on ne vit jamais tant de *illReg.,x,i,2,io. mérites ni tant d'amour portés au Ciel par aucune pure créature, comme la très sainte Vierge y en porta à sa glorieuse Assomption. En contreschange dequoy, ce grand Roy éternel, Dieu tout puissant, luy bailla un degré de gloire digne de sa grandeur, comme aussi le pouvoir de distribuer à ses dévots des grâces dignes de sa libéralité et magnificence. Amen.
sermon pour le dix-septième dimanche
après la pentecôte
coïncidant avec l'anniversaire de la dédicace
de l'église de la Visitation
30 septembre 1618 (0
Magister, quod est mandatant magnum in lege ? Ait illi Jésus : Diliges Dominum De uni fuit m ex toto corde tuo, et in tota anima tua, et in tota mente tua.
Maistre, quel est le plus grand commandement de la loy ? Jésus luy respondit : Tu aymeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton ame et de toute ta pensée.
Matt., xxii, 36, 37.
Si j'eusse eu le temps, j'eusse parlé d'une certaine dédicace pieuse qui se fait par la fréquentation du temple, c'est à dire de l'église ; mais je ne parleray pour cette heure que de la dédicace du cœur, asseuré que je suis que les âmes pour lesquelles je presche maintenant y prendront plus de playsir. Or, d'autant que la dédicace de nostre cœur à la divine Majesté se fait par l'amour, je suivra}^ mot à mot ce que Nostre Seigneur dit en
( 1 ) L'allusion faite à l'Evangile courant prouve que ce sermon a été prononcé une année où le 30 septembre, anniversaire de la consécration Je Téglise du icr Monastère de la Visitation, se rencontrait dans la dix-septième semaine après la Pentecôte. Or, cette coïncidence a eu lieu en 1618 et en 1621, et comme le style de la Mère de la Roche est très reconnaissable dans la rédaction, on est fondé à conclure en faveur de la première de ces deux dates.
XXII. Pour le xvne Dimanche après la Pentecôte 193 l'Evangile qui court cette semaine* à un docteur de la *Matt.,xxn, 34-46;
Cf. Deut., vi, 5 ;
loy qui luy demanda quel estoit le plus grand com- Lues, x, 27. mandement. A quoy nostre divin Maistre respondit : Tu aymeras le Seigneur ton Dieu d'un amour de dilection, de tout ton cœur, de toute ton ame, de tout ton esprit, de toute ta pensée, de toutes tes forces et en fin de tout ce que tu as et de tout ce que tu es.
Premièrement je m'arreste sur cette parole : Tu aymeras Dieu d'un amour de dilection, c'est à dire d'un amour d'élection *. Il faut considérer toutes ces *Cf.s.Thom.,Mla!f
qusest. xxvi, art. m.
paroles l'une après l'autre parce qu'elles méritent d'estre Cf. 7>. de l'Am. de
, . ± Dieu, 1. X, c. vi.
pesées au poids du sanctuaire , pour la grande *Num., vu. jalousie que Nostre Seigneur tesmoigne avoir que nous l'aymions uniquement et parfaitement, autant que nous le pouvons faire en cette vie, ainsy que je diray tantost. Dieu veut estre aymé d'un amour d'élection. Il ne se contente pas, certes, d'estre aymé d'un amour commun, ainsy que nous faisons nos semblables, mais d'un amour d'élection, choisi et esleu entre tous les autres, en sorte que tous les amours que nous avons pour les créatures ne soyent que des images en comparaison de celuy qu'il veut que nous luy portions. Hé Dieu, n'est-il pas bien raysonnable que cet amour domine et tienne le donjon au dessus de tous les autres, qu'il règne et commande et que tout luy soit sujet ? Aymer le Seigneur d'un amour d'élection, c'est cela, c'est le choisir entre mille , comme l'Espouse du Cantique des Cantiques* : Mon *Cant.,v, 10. Bien-Aymé est beau à merveille, toutes sortes de perfections sont en luy, je l'ay choisi entre mille, c'est à dire entre un nombre infini, pour mon Bien,- Aymé et mon choisi.
Or, quand ce vient à nostre choix d'eslire un objet pour le principal but de nostre amour, certes nous aurions grand tort de ne le pas chercher entre tous les sujets qui sont aymables, à fin de choisir le plus excellent. Mais dites-moy, de grâce, se peut-il rencontrer un objet plus excellent que la Divinité mesme? Laissant à part son incomparable beauté , considérons son indicible bonté qui nous a par tant et tant de façons tesmoigne
Serm. III 1 5
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qu'elle nous ayme et désire infiniment que nous l'aymions. Qu'est-ce qui peut davantage esmouvoir nostre volonté à aymer que de se voir si parfaitement aymée ? Mais de qui ? De Dieu mesme. Et qu'ainsy ne soit, les effects de son amour le monstrent. O que ce commandement d'aymer Dieu est aymable !
* Calvin., Luther., Il y a certains fols et insensés * qui ont voulu soustenir
alii. Vide Les Qon- ... 1 ., . . , .. n . , .,
iroverses^aTtiell, qu il estoit impossible de 1 observer tant que nous serons c vm, art. h. en ce£te vjGj en quoy ils ont grandement erré, d'autant
que Nostre Seigneur n'eust jamais donné le commandement à l'homme s'il ne luy eust donné quant et quant le pouvoir de l'accomplir. Mais, disent quelques autres, Dieu veut que nous l'aymions de tout nostre cœur, de tout nostre esprit, de toutes nos forces, de toute nostre pensée, et ainsy de tout nostre pouvoir : et comme donques le pourrons nous faire en cette vie, puisqu'il faut que nous aymions nos pères, nos mères, nos femmes et nos enfans ? Comment , nostre amour estant partagé, pourrons-nous aymer Dieu de toutes * ctTr.de VAm.de nos forces* ? Cela ne se peut, dites-vous. O pauvres Dieu, i. x, ce. m, gens ^ que vous monstrez bien qui vous estes , et que
vous avez des esprits , mais non pas pour pénétrer *l Joan., iv, i. les choses de Dieu*, ni les comprendre et connoistre pour telles qu'elles sont. Si Nostre Seigneur nous eust commandé de l'aymer comme font les Bienheureux là haut au Ciel, vous auriez quelque rayson de dire que nous ne le pouvons pas, d'autant qu'ils l'ayment d'un amour ferme, stable et constant, sans interruption quelconque ; ils le bénissent perpétuellement, et par ainsy ils sont en un continuel exercice de leur amour ; ce que nous ne pouvons pas faire nous autres, car il faut que nous dormions, et pendant ce temps là nostre amour cesse son exercice. Il n'y a que Nostre Dame qui ait eu ce privilège de pouvoir aymer Dieu en cette vie sans interruption quelconque, car tandis qu'elle dormoit, son *Cf. Cant., v, 2. esprit ne laissoit pas d'agir et de s'eslancer en Dieu*. Mais quant à nous, combien de fois nous trouvons-nous en des distractions qui nous sont inévitables ! Nous pouvons voirement aymer Dieu d'un amour ferme et
XXII. Pour le xviiô Dimanche après la Pentecôte 195 invariable, mais non pas estre en l'exercice continuel de
nOStre amour *. * Ci. Tr.de FAm.de
T^. ,, -, - . .- r £>/<?«, 1. III, ce. vil,
Pour aymer Dieu d un amour d élection il faut avoir VIII. la volonté déterminée de ne conserver et ne reserver aucun autre amour qui ne luy soit sujet et sousmis, demeurans prests à bannir de nos esprits non seulement tout ce qui sera contraire, mais aussi tout ce qui ne servira pas à la conservation et augmentation de ce divin amour, qui est le seul digne du nom de dilection. Le nom d'amour est commun à toutes les autres affections basses, terrestres et caduques, mais le nom de dilection, jamais elles ne le méritent *. *Cf.lbid.,l.I,cxiv.
Et comment, me direz-vous, pourrons-nous faire pour satisfaire à ce divin commandement de l'amour de Dieu tandis que nous serons en cette vie, puisque vous asseurez que nous le pouvons accomplir selon le désir de la divine Bonté ? Il est vray sans doute, nous le pouvons, mais pour le vous mieux faire entendre je me serviray d'une similitude.
Imaginez-vous, de grâce, de voir trois archers qui tous trois portent leur arc tendu pour tirer à tous rencontres selon la nécessité, et pour cela ils ont leur carquoy plein de sagettes. L'un de ces archers tient sa flèche en une main et son arc en l'autre, prest qu'il est de la poser sur la corde de son arc toutes fois et quantes qu'il en sera mestier. L'autre porte non seulement son arc bandé, ains encores la flèche est tendue dessus, à fin que selon les rencontres il n'ayt qu'à la descocher. Mais le troisiesme ne se contente pas de cela, ains il tire sans cesse la corde de son arc à soy et lance continuellement ses sagettes dans le blanc où il vise. Ce n'est pas sans rayson, mes chers auditeurs, que les peintres peignent l'amour en archer, qui descoche incessamment des flèches dans le cœur des mortels pour les blesser et navrer de ses aymables traits. L'amour est tout suave quand il s'applique à un objet digne d'estre choisi entre mille, comme nous avons dit ; car l'amour bas et caduc qui s'attache à la créature au préjudice de l'honneur que nous devons à l'amour du Créateur, au contraire qu'il soit
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doux et suave, il est desaggreable à merveille et remplit le cœur de celuy qui le possède de trouble, d'empressement et d'inquiétude.
L'amour que le vulgaire des hommes porte à Dieu, s'entend les Catholiques, est semblable à ce premier archer que nous nous sommes représenté, car ils sont résolus de mourir plustost que d'offencer mortellement la divine Majesté en prevariquant ses commandemens. Ils tiennent tousjours l'arc de cette resolution bandé, prests à descocher la flèche de leur fidélité en tous les rencontres où il sera besoin de faire paroistre que l'amour qu'ils luy portent est le suprême entre tous les autres amours, faisant tousjours céder l'amour de la créature à celuy du Créateur, voire mesme celuy qu'ils ont pour leur père, mère, femme et enfans ; heureux qu'ils sont, certes, de conserver ceste fidélité à Dieu, car ainsy faisant ils l'aymeront suffisamment pour ne point entrer en sa disgrâce.
Mais il y a des âmes plus nobles et généreuses qui,
sçachans que la suffisance ne suffit pas en ce qui est
*s.Bern.,Dediiig. d'aymer Dieu*, passent plus outre. Elles sont semblables
Deo, Si. < j 1 »
' a a ce second archer que nous nous sommes imagine, qui
non seulement tient son carquoy plein de flèches et son arc tout prest pour tirer, mais il tire fort souvent, mettant le moins de distance qu'il peut entre chaque coup ; il n'attend pas la nécessité, ains il lance ses traits à toutes les apparences de nécessité. Ces âmes donques que je dis estre comparables au second archer, sont celles qui se retirent du commun du peuple pour mener une vie plus parfaite, soit qu'elles s'en séquestrent tout à fait ou non, et qui ne se contentent pas de vivre selon l'observance des commandemens de Dieu, mais passant plus outre, embrassent la prattique de ses conseils ; partant elles descochent le plus souvent qu'elles peuvent des traits et des sagettes dans le cœur de la divine Majesté par des eslancemens fervens et affectionnés de leur esprit. Par ainsy elles navrent et blessent ce Roy des cœurs, * Cant., iv, 1, 7, 9; comme luy mesme l'asseure quand il dit à son Espouse * :
juxta Vulgatam et J ^ r
Septuag. Ma mie, ma belle et ma colombe, tu m'as ravi le