‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 107 sur 273 · XXII. Pour le xvii6 Dimanche après la Pentecôte · texte numérisé non relu

XXII. Pour le xvii6 Dimanche après la Pentecôte

devons-nous avoir affection de le faire. Aymer Dieu de tout nostre cœur, qu'est-ce sinon l'aymer de tout nostre amour, mais d'un amour ardent ; et pour cela il ne faut pas aymer beaucoup d'autres choses, au moins d'une affection particulière. L'aymer de toute nostre aine, c'est occuper toute nostre ame en l'exercice de son amour. L'aymer de tout nostre esprit, c'est l'aymer d'un amour pur et simple. L'aymer de toute nostre pensée, c'est penser en luy le plus souvent que nous pouvons. L'aymer de toutes nos forces, c'est l'aymer d'un amour ferme, constant et généreux, qui ne se laisse jamais abattre, ains est tousjours persévérant. L'aymer de tout ce que nous sommes, c'est luy abandonner tout nostre estre pour demeurer totalement sousmis à l'obéissance de son amour.

Mais vous seriez bien ayses de sçavoir comment vous pourrez connoistre si vous aymez Dieu ainsy que nous venons de dire. Je vay vous en donner des marques infaillibles. La première, si vous vous plaisez fort en sa présence, car vous sçavez que l'amour recherche tousjours la présence de celuy qu'il ayme. L'amour, comme dit le grand Apostre de la France *, tend à l'union ; si * s. Dionys. Areo-

1, „ . . 111 pag.,DeDiv.Nom.,

que 1 amour unit d une union presque inséparable les c. iv, §§ xv, xvi. cœurs de ceux qui s'ayment, quand l'amour est pur, car autrement nous n'en voulons pas parler. L'amour est un lien et un lien de perfection *, c'est à dire qui ne se *Coioss., m, 14. peut desfaire. Si vous aymez bien Dieu vous aurez un grand soin de rechercher sa présence à fin de vous unir tousjours plus avec sa divine Bonté, non point pour la consolation qu'il y a de jouir de cette présence, ains simplement pour satisfaire à son amour qui le désire ainsy ; vous rechercherez le Dieu de toutes consolations* et * Il Cor., 1,3.; non pas les consolations de Dieu. Les amans cherchent tousjours de parler secrettement, bien que ce qu'ils ont à dire ne soyent pas des secrets ou choses qui méritent d' estre tenues pour tels. De mesme en est-il en cet amour sacré*: la fidelle amante s'essaye par tous les moyens *Cî. Tr.de VAtn.de

• 111 ...., Dieu, l. VI, ci.

possibles de rencontrer par tout son cher Bien-Ayme tout seul, pour luy lancer dans le cœur quelques traits

200 Sermons recueillis

de sa passion amoureuse et luy rendre quelque petit tesmoignage de son amour, quand ce ne seroit que de luy pouvoir dire : Vous estes tout mien, et moy je suis toute

Cant.,n,i6,vi, 2. VOStre *.

Une autre marque pour connoistre si vous aymez bien Dieu, est si vous n'aymez pas beaucoup d'autres choses avec luy, ainsy que j'ay dit (mais cela s'entend d'un amour fort et puissant) ; car vous sçavez que quand on ayme beaucoup de choses ensemble, c'est les aymer d'un amour moins fort et moins parfait. Nostre capacité d'aymer est petite tandis que nous sommes en cette vallée de misères, et partant nous ne devons pas laisser dissiper nostre amour, ains le tenir ramassé tant qu'il nous sera possible pour l'employer à aymer un sujet tant aymable comme est celuy dont nous parlons. Il faut voirement aymer quelque chose avec Dieu, mais d'un amour qui n'aille point de pair, ains soit tousjours prest à estre rejette entant que sa divine Majesté le désirera. La troisiesme et la principale marque que je vous donne pour connoistre si vous aymez bien Dieu est que vous aymerez aussi bien le prochain ; car nul ne peut dire en vérité qu'il ayme Dieu s'il hait le prochain, ainsy I Ep., iv, 20. que l'asseure le grand Apostre saint Jean *. Mais comme aymerez vous le prochain, de quel amour? Oh! de quel? de l'amour dont Dieu mesme nous ayme, car il faut aller puiser cet amour dans le sein du Père éternel, à fin qu'il soit tel qu'il doit estre. Mais encor, quel pensez vous qu'il soit ? C'est un amour ferme, constant, invariable, qui, ne s'attachant point aux niaiseries, ni aux qualités ou conditions des personnes, n'est pas sujet au changement ni aux aversions comme celuy que nous nous portons les uns les autres, qui pour l'ordinaire se dissipe et s'alangourit sur une mine froide ou qui n'est pas si correspondante à nostre humeur comme nous désirerions. Nostre Seigneur nous ayme sans discontinuation (je ne parle pas de ceux qui sont en estât de péché mortel, car le lieu où je suis ne le requiert pas) ; il nous supporte en nos défauts et en nos imperfections, sans néanmoins les aymer ni les favoriser : il faut donques que nous en

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