‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 116 sur 273 · XXIV. Lundi de la xixe semaine après la Pentecôte · texte numérisé non relu

XXIV. Lundi de la xixe semaine après la Pentecôte

excellent tesmoignage * de sa souveraine dilection et * joan., ubi infra. sousmission ?

Quant aux hommes et aux Anges, nul ne peut douter que ce ne fust le jour de leur joye par excellence au dessus de tous les autres. L'amour que Dieu porte aux Bienheureux en Paradis et que ces âmes bienheureuses portent à la divine Majesté est ce qui fait leur félicité. Je sçay bien que quelques docteurs tiennent que c'est la veùe de la Divinité qui fera cette félicité*; mais pourtant *Cf.s.Thom.,iaii«', l'un ne contrarie pas beaucoup à l'autre, d'autant que qu' IV' ai ' "' cette veùe sacrée est ce qui nous excitera à des ardeurs incomparables pour l'aymer. Partant, et la connoissance que nous aurons des grandeurs de Dieu, et l'amour que nous luy porterons et qu'il nous portera seront le sujet de nostre bonheur éternel. Cela estant ainsy, qui peut douter que le jour de la Passion de Nostre Seigneur et Maistre ne soit un jour de joye et de délices pour les Anges et pour les hommes, puisque c'est en iceluy qu'il a fait paroistre le grand amour qu'il nous portoit, comme il l'asseure luy mesme : Nul n'a plus grand amour que celuy qui met son ame, c'est à dire sa vie, pour celuy qu'il ayme *. * Joan., xv, 13.

Mais, me demanderez vous, pourquoy dites vous que la Croix est un festin auquel nous sommes tous invités, sans en excepter pas un ? Hé, ne voyez-vous pas les mets délicieux qui nous y sont préparés ? Voyez et considérez de grâce la souveraine miséricorde que Dieu y présente aux hommes ; remarquez, je vous supplie, que c'est là où nous sont préparés et offerts tous les secours nécessaires pour parvenir à la gloire.

C'est assez pour ce point ; disons un mot de la robe nuptiale qu'il faut avoir pour venir dignement en ce banquet royal. Chose estrange ! la table du roy estoit toute pleine, et cependant il n'arresta sa veùe que sur un seul, qui avoit esté si impudent que d'y venir avec ses habits de tous les jours ; il s'irrita contre cet homme et le fit jetter pieds et mains liés aux ténèbres extérieures, Nous venons tous au festin de la Croix, car par la grâce de Dieu nous espérons d'estre sauvés par

Sermons recueillis

* Esther, xv, 4-7.

* Cf. Serm. jam indicatum, p. 209.

les mérites de Nostre Seigneur crucifié; mais le malheur est que nous n'y venons pas tous avec la robe nuptiale, de sorte que plusieurs en sont bannis et jettes dans les flammes éternelles.

Mais qu'est-ce que cette robe nuptiale? C'est la très sainte charité, car ainsy les Pères l'ont déterminé ; c'est la charité, mais une charité ample, large et d'une grande estendue. Les robes de noces que l'on faisoit du temps de nos pères estoyent extrêmement amples. Lors qu'il fut question de conduire la belle et chaste Esther en la présence du roy Assuerus *, elle fut revestue à la royale : on luy mit une robe si pesante qu'elle ne la pouvoit presque porter, si qu'il failloit qu'elle s'appuyast sur l'espaule d'une damoyselle qui marchoit devant elle, et après il y en avoit une autre chargée de porter la grande queue traisnante de la robe, laquelle estoit fort ample et toute diaprée de pierreries qui en augmentoyent le poids. Me voyci maintenant à ce que je voulois dire, et pour ne laisser plus vos attentions en suspens, je vous declareray que cette robe d' Esther représente fort bien la robe nuptiale de laquelle il faut que les âmes soyent revestues pour estre trouvées aggreables par le grand Assuerus, par nostre divin Sauveur * ; mais principalement les Religieux et Religieuses qui luy sont présentées pour estre ses espouses et qui prétendent de parvenir à son lit nuptial.

Je remarque premièrement qu'il faut que cette robe, c'est à dire la charité dont elles doivent estre revestues, soit une charité large et dans laquelle elles se puissent tourner à l'ayse. La charité des personnes du monde est si estroitte que rien n'y sçauroit entrer que la simple observance des commandemens de Dieu ; car quant aux conseils ils ne peuvent entrer en cette robe. Au contraire, celle des âmes religieuses est large, tout y entre; je veux dire tout ce qu'elles peuvent sçavoir qui est aggreable à leur Espoux.

Voyez, je vous prie, comme la différence des habits des filles du monde d'avec ceux des Religieuses monstre bien cecy. Premièrement les filles du monde portent des

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