XXIV. Lundi de la xixe semaine après la Pentecôte
robes qui les serrent et les gesnent extrêmement, et
cela pour faire voir qu'elles ont la taille belle ; folie qui
les rend pour l'ordinaire incapables de rien faire, parce
qu'elles en deviennent malades ou languissantes. Les
Religieuses au contraire sont vestues d'une robe large,
qui puisse « faire des plis estant ceinte *. » Les robes de * Constit. xvil.
ces filles du monde ont les manches larges et grosses du
costé des espaules, mais au bout, devant elles, elles sont
fort estroittes. Que représente cela, je vous prie, sinon
qu'elles sont abondantes en parolles et ont fort peu
d'oeuvres? Oh, moy je suis une fille de bien et d'honneur;
mais de bonnes actions qui soyent conformes à ces
parolles, point, ou du moins peu. Quantité de bonnes
affections de vivre dévotement ; mais d'effects, ils sont
rares. Les manches des robes des Religieuses sont larges
du costé des mains pour monstrer que les parolles ne
suffisent pas, ains qu'il faut des œuvres ; elles sont larges
en sorte qu'elles puissent tenir les bras croisés dedans *, * Ibid.
pour monstrer que dès qu'elles ont fait quelques bonnes
actions, quelques actes de vertu, il faut remettre la main
dans la. manche, c'est à dire il faut cacher cette prattique
de vertu pour en éviter la louange, et ne vouloir qu'elle
soit remarquée que de leur Espoux auquel seul elles
désirent de plaire.
Les filles du monde portent leurs cheveux esparpillés et poudrés, leur teste est ferrée comme l'on ferre les pieds des chevaux, elles sont plus empanachées et bouquetées qu'il ne se peut dire ; bref, elles portent quantité d'afriquets. Au lieu de tout cela, on donne un voile aux Religieuses, qui rejettent toutes ces vanités ; et de mesme que leur divin Espoux est couronné d'une couronne d'espines, comme estant le Roy des misérables, ainsy couvrent-elles leurs testes du voile d'abjection et du mespris non seulement de toutes les vanités, mais aussi d'elles mesmes, pour estre plus conformes à leur Bien-Aymé.
J'ay dit que la robe de la chaste Esther estoit longue et traisnante, de sorte qu'il failloit que l'une de ses filles la portast après elle. Que pensez-vous que je veuille
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signifier par cela? Puisque cette robe représente la robe nuptiale que nous devons apporter au banquet et festin de la Croix, il faut que nostre charité soit longue et traisnante, qu'elle soit persévérante jusqu'à la fin de nos jours. Les Religieux et Religieuses doivent avoir cette robe très grande, ce qui représente le bon exemple ; et ne se faut pas contenter qu'elle aille jusqu'en terre et jusqu'à la fin de leur vie, mais aussi qu'elle passe plus outre ; que l'odeur de leur sainteté charge celles qui viennent après elles, qu'il y ait tousjours une bonne brassée de leurs bons exemples propre à estre portée, par imitation, par tous ceux qui entendront parler d'elles. La pauvre Esther estoit fort chargée, si qu'il estoit nécessaire qu'elle s'appuyast sur une de ses damoyselles. Aussi faut-il que les âmes qui doivent estre présentées au Roy souverain par les attraits et inspirations célestes soyent appuyées sur l'espérance de participer aux mérites de la Mort et Passion de Nostre Seigneur ; car en s'appuyant sur leurs bonnes œuvres elles ne sçauroyent marcher ni le faire seurement pour parvenir au festin nuptial de leur très cher Espoux. Or cet Espoux divin requiert de nous que nous connoissions et reconnoissions que tout ce que nous pourrions faire ou souffrir en cette vie mortelle ne sçauroit estre capable de nous mériter les délices éternelles qu'il a préparées pour ceux qui *ls.,Lxiv,4;ICor., Vayment *, si ces mesmes œuvres ou souffrances ne *Tjoân.,xv, 4, 5. sont unies et conjointes avec les siennes *, lesquelles seules peuvent sanctifier les nostres et nous obtenir la jouissance de sa divine présence, jouissance qui fera nostre félicité en la gloire de la bienheureuse éternité. Dieu soit béni.