‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 118 sur 273 · SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT CÔME ET DE SAINT DAMIEN · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT CÔME ET DE SAINT DAMIEN

27 septembre 1619 ( r)

Mes très chères Sœurs, ayant un mot à vous dire de la part de Nostre Seigneur, je ne puis vous entretenir plus utilement que de vous parler des médecins et des malades, puisqu'il est à mon propos à cause de la feste que nous célébrons aujourd'huy de deux grans Martyrs et médecins tant du corps que de l'esprit. Nous sommes tous malades ; la sainte Eglise est un hospital dans lequel il y a quantité de malades de diverses maladies, et le Sauveur est nostre souverain Médecin. Mais je ne veux ni dois entreprendre ce discours sans avoir jette le fondement de l'espérance que j'ay de vous dire quelque chose qui vous soit utile et proffitable en l'assistance du Saint Esprit, par l'intercession de la Sainte Vierge, luy présentant le Salut angelique.

Ce grand Ouvrier duquel les ouvrages sont si parfaits, fit à la création toutes choses si excellentes et si belles * * Gen., 1, ult. qu'il n'y avoit aucune tache ni macule. Il créa les Anges en estât de justice et de grâce, quoy qu'ils en receurent chacun différemment, les uns plus, les autres moins selon leur rang ; néanmoins tous en furent parfaitement

( 1 ) Ce sermon a été prêché à la Visitation de Bourges lors du séjour que saint François de Sales fit dans cette ville à son retour de Paris, en septembre 1619. La date est précisée par l'Histoire inédite de la Fondation du Monastère.

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doués autant qu'il estoit requis pour estre aggreables à Dieu et posséder la félicité et béatitude éternelle. Les hommes furent créés en estât d'innocence sans estre sujets à aucune infirmité et maladie. Mais dès lors qu'Eve

* I Tim., h, 14. fut séduite, transgressant le commandement * et man-

geant du fruit défendu, et qu'elle en eut fait manger à son mari, toute leur postérité a esté entachée du péché; car en fin nous avons tous esté piqués et mordus du serpent. Certes, il le faut confesser, et nous reconnoistre pour infirmes et malades à fin d'avoir recours aux médecins et aux remèdes. C'est la vérité que plus nous croirons et confesserons que nous sommes infirmes , d'autant plus tost nous serons guéris et rendus sains. Comme au contraire, si nous croyons que nous sommes sains, robustes et gaillars, c'est alors que nous sommes

* Cf. I Cor., x, 12. plus mal et en plus grand danger*; car ceux qui sont

malades et ne croyent pas l'estre, ne veulent point suivre les ordonnances du médecin ni prendre aucun médicament, pensans qu'ils n'en ont pas besoin, et partant ils ne guérissent point, ains viennent à mourir. Mais ceux qui croyent estre malades se sousmettent volontiers aux commandemens du médecin et à prendre tous les remèdes qu'on juge leur estre propres pour les guérir, tellement qu'ils sont plus facilement remis en parfaite santé.

Il y a deux sortes de malades : les uns sont malades à la mort, et les autres sont malades d'une maladie langoureuse et traisnante; car on voit des personnes presque tousjours incommodées, elles ont tousjours quelque fer qui loche, mais pourtant il n'y a rien à craindre qu'elles fassent sonner les cloches. Ceux qui sont menacés d'apoplexie pensent estre pleins de santé, quoy qu'ils ayent la mort à la gorge, de sorte qu'ils ne veulent point de médecin ; néanmoins ils meurent apoplectiques. Si vous entrez en un hospital vous y verrez quantité de malades de diverses maladies ; vous en verrez de si affreux et si extrêmement mal qu'ils sont fort proches de la mort, quoy qu'ils en pensent estre bien esloignés. Il y a des âmes grandement malades et si chargées de péchés et d'imperfections qu'elles sont bien dignes de

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