XXV. Pour la fête des saints Côme et Damien
compassion, d'autant qu'elles sont en plus grand péril, parce qu'estans pleines de rancune, d'orgueil, présomption et de mille autres défauts, elles s'estiment néanmoins bien parfaites et bien saines et ne reconnoissent pas leurs maladies ; partant elles ne recourent point au médecin, croyans n'en avoir aucune nécessité, c'est pourquoy elles viennent à mourir de la mort éternelle.
La sainte Eglise est une boutique d'apothicaire, toute pleine de medicamens pretieux et salutaires, qui sont les saints Sacremens que nostre Sauveur et Maistre luy a laissés pour nous guérir de nos infirmités. Par le Sacrement du Baptesme nous sommes lavés et nettoyés du péché originel, nous rentrons en grâce avec sa divine Majesté et sommes rendus ses enfans bien aymés. Par le Sacrement de Pénitence nous recevons l'absolution de tous nos péchés tant mortels que véniels ; car encor que la confession regarde seulement les péchés mortels, si est-ce que les véniels sont suffisante matière d'absolution, et il est très bon de s'en confesser. Par le Sacrement de l'Eucharistie nous sommes unis et conjoins à la divine Bonté et recevons la vraye vie de nos âmes ; car ne sçavez-vous pas que le divin Sauveur a dit* : Celuy *joan.,vi, 52,58,59. qui me mange vivra éternellement ? En fin il en est de mesme des autres Sacremens qui en une certaine façon nous lavent tous de nos iniquités.
Ce cher Sauveur et Amant de nos âmes voyant le danger où nous estions réduits à cause du péché de nostre premier père Adam, vint par son amour ineffable ça bas en terre pour s'unir à nostre nature, et souffrir la mort à fin de nous donner la vie, nous laissant ses divins Sacremens comme des medicamens efficaces et pleins d'énergie pour nous guérir de toutes nos maladies et souilleures, si nous nous en approchons avec l'humilité, la révérence et l'amour requis. Mais ceux qui ne s'en approchent qu'une fois l'année, au temps de Pasque, par manière d'acquit et pour éviter le blasme, qu'ils ne pensent pas en rapporter aucun fruit.
Il y a aussi d'autres âmes qui servent Dieu si langoureusement et négligemment que c'est pitié; elles tombent
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à tout propos en des imperfections et n'ont point de courage pour s'en relever. Nous devrions avoir honte d'estre si lasches à ce qui est de nostre devoir. Si ces
HistPUidllEcSxviï anciens Peres> qui, à ce que rapporte Philon le Juif*, Cf. supra, P. 50. estoyent si fervens et zélés au service de leur Créateur et à travailler pour l'aggrandissement de sa gloire, s'ils venoyent maintenant parmi nous, ils seroyent honteux de voir que nous appellans Chrestiens nous le sommes si peu. Que veut dire, je vous prie, ce mot de Chrestien, sinon oint et embaumé, c'est à sçavoir que l'on se tient pour malade et infirme ? de sorte qu'il faut advouer que véritablement nous le sommes. Ne voyez-vous pas le grand Apostre saint Paul, tout ravi qu'il avoit esté jusqu'au troisiesme Ciel, confesser qu'il est infirme et *li Cor., xn, 2,7-10. malade de corps et d'esprit*? Oyez-le s'escrier : Qui me
* Rom., vu, 24. délivrera du corps de cette mortalité* ? Que veut-il
signifier de grâce, sinon : Qui me délivrera de mes maladies et infirmités ?
Il y a deux sortes de maladies, celles du corps et celles de l'esprit. La maladie corporelle arrive quelquefois lors qu'il y a quelque desordre en nous, que les humeurs s'espanchent par tout le corps et que quelque humeur froide tombe sur le foie ; cela donne des douleurs d'estomach. De mesme, encores qu'il semble que ce soit marque de bonne santé d'avoir quantité de sang, néanmoins s'il y en a trop grande abondance, cela nous pourroit causer quelque maladie. La maladie de l'esprit est aussi causée par le desordre de nos passions intérieures, lors qu'elles ne sont pas bien rangées à leur devoir et sousmises à la rayson et à la volonté divine.
Quand je considère le bonheur de ces âmes que Dieu a choisies de toute éternité pour les mettre en la sainte Religion, à fin de « vaquer » plus soigneusement à la purgation de leurs maladies et imperfections pour acque-
* Préface des Con- rjr (( ia perfection du divin amour *, » j'ay de la jalousie
pour elles, d'autant qu'elles sont très particulièrement
les espouses de l'Espoux céleste. Le grand saint Paul
*HEp.,xi, 2. escrivant aux Corinthiens* leur dit : fay une sainte
jalousie pour vos âmes qui sont espouses de Jésus