‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 121 sur 273 · XXV. Pour la fête des saints Côme et Damien · texte numérisé non relu

XXV. Pour la fête des saints Côme et Damien

Sauveur s'escrie : Bienheureux ceux qui pleurent.

Le monde fait grand cas de ceux qui sont vaillans, qui

tiennent bien leur courage contre leurs ennemis ; et

Nostre Seigneur appelle bienheureux les doux et

débonnaires. Les mondains se font gloire de ne point

pardonner et faire miséricorde ; et Jésus Christ enseigne :

Bienheureux les misericor dieux , car ils obtiendront

miséricorde, nous monstrant par là que si nous ne

faisons miséricorde elle ne nous sera pas faite *. Le * Cf. Matt., vu, 2.

monde ne veut point rendre justice qu'à vive force. Une

pauvre vefve à laquelle on la doit faire la demandera

cent et cent fois avec tant d'instances sans la pouvoir

obtenir ; l'on ne tient compte d'elle ni de luy octroyer

sa requeste, et partant elle endure une faim et soif

extrême. En fin Nostre Seigneur adjouste : Bienheureux

ceux qui ont faim et soif de justice, parce qu'ils

seront rassasiés.

Allez tant que vous voudrez par tout le monde prescher la pauvreté ; qui vous entendra ? Exaltez tant qu'il vous plaira la sainte humilité ; à qui, je vous prie, la persuaderez-vous ? Criez et recriez tant que vous pourrez que bienheureux sont les pauvres ; personne ne le veut estre pour tout cela, sinon ceux à qui le Saint Esprit a donné le don de sapience, par lequel il fait gouster à leurs âmes la douceur qu'il y a au service de Dieu et en la prattique des vertus. * De sorte que ces * Vide Entretien âmes religieuses reçoivent mille suavités et contentemens Edit.,^™^, il. liparmi la pauvreté, la mortification et les exercices de la ^-Cf. supra, p. 145, Religion, car c'est principalement à elles que ce divin Esprit départ ses pretieux dons ; partant elles ne doivent rechercher que Dieu et la mortification de leurs passions en la Religion, car si elles y cherchent autre chose elles n'y trouveront jamais la consolation qu'elles prétendent.

Tous les anciens Pères donnent plusieurs méthodes pour acquérir la perfection. Ils disent qu'il y a la voye purgative, illuminative et unitive ; mais moy, pour abréger, j'ay tousjours accoustumé de dire qu'il ne faut que nous purger de nos imperfections, d'autant que c'est une chose infaillible qu'en desracinant de nous le vice,

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* Vide Entretien la vertu y entrera. * Il nous faut donques avoir un grand

XX, pag. jam indi- . J , ...

catam, il. 19-22. courage pour ne nous point lasser en ce travail, et une grande patience avec nous mesme , parce que nous aurons tousjours quelque chose à faire et à retrancher en nous. Certes , nous ne serons jamais parfaittement guéris que nous ne soyons en Paradis ; car si nous corrigeons maintenant un défaut , tantost il en faudra corriger un second, et puis il en viendra d'autres. Nous devons donques reprendre nostre cœur tout doucement et luy faire embrasser amoureusement tous les moyens propres à nostre avancement, taschant de nous orner de belles habitudes pour paroistre devant nostre céleste Espoux et luy estre aggreables. Les habitudes sont les habits de l'esprit comme les habits extérieurs le sont du corps.

Helas ! je considère la fidélité que nous avons tous jurée à la divine Majesté aux saints fonts du Baptesme et comme il s'en trouve peu qui la gardent ! Voyez, je vous prie, ces deux Saints dont nous célébrons aujourd'huy la feste, saint Cosme et saint Damien, lesquels subirent tant de tourmens et aymerent mieux mourir que de fausser la foy et loyauté deuë à leur Créateur, disant un petit ouy. Nous en devrions tous faire de mesme si nous estions tels que nous devons estre.

Retournons maintenant à nos béatitudes et parlons un peu de la pauvreté d'esprit. Que pensez-vous que ce soit, la pauvreté d'esprit ? Ce n'est autre chose que la très sainte humilité, parce que la richesse d'esprit c'est la vanité, l'orgueil et présomption qui font que nous nous enflons et estimons estre riches, quoy qu'à la vérité

* Cf. Apoc, m, 17. nous soyons très pauvres *. L'humilité nous est telle-

ment nécessaire, que sans icelle nous ne pouvons estre aeereables à Dieu ni avoir aucune autre vertu , pas mesme la charité qui perfectionne tout, car elle est si conjointe à l'humilité que ces deux vertus ne peuvent estre séparées ; elles ont une si grande sympathie ensemble que l'une ne va point sans l'autre. Si vous me dites que vous avez la charité et que vous n'avez pas l'humilité, je vous respondray que vous mentez ; si vous

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