XXV. Pour la fête des saints Gôme et Damien
Apostre * : fay réputé toutes choses fange et ordure * Philip., m, 8. pour gaigner Jésus Christ et sa bonne grâce. Ainsy, à Fimitation de ce vaysseau d'élection*, ces âmes reli- *Act.,ix, 15. gieuses ont réputé tout ce qui estoit au monde fange et ordure, car elles ont tout quitté : leurs parens, leurs richesses et les contentemens qu'elles pouvoyent espérer, pour se retirer dans le monastère à fin de gaigner Nostre Seigneur et sa bonne grâce en s'adonnant à la prattique de la sainte humilité, par laquelle elles se rendront dignes de recevoir les faveurs de leur divin Espoux.
C'est certes la première vertu qu'il faut avoir lors qu'on entre en Religion, autrement Ton n'y trouvera aucun contentement. On doit s'estimer vil, pauvre et vuide de tout bien, et y venir avec cette croyance que l'on n'est rien, que l'on ne vaut rien; c'est pourquoy on se cache, comme ne méritant pas d'estre regardé de Dieu ni des créatures. Lors que quelque personne de qualité entre en une mayson honnorable, les damoyselles qui y sont se vont cacher l'une deçà, l'autre delà, parce qu'elles ne sont pas parées selon leur désir ; ainsy ces âmes religieuses s'enfuyent en la Religion, de peur qu'on ne les voye, parce qu'elles pensent n'avoir rien qui mérite qu'on les regarde et qu'on tienne compte d'elles. Elles ont presque tousjours la veùe baissée en terre, pour voir d'où elles sont venues, pour s'anéantir et humilier. Elles sont bien au contraire de ces damoyselles du monde, lesquelles pour estre bien accommodées, s'en vont enflées d'orgueil et de vanité, la teste levée, les yeux ouverts, desirans estre remarquées des mondains.
Quand je vois que la plus grande partie des hommes ne respirent rien moins que l'humilité, qu'ils la fuyent pour rechercher les honneurs, les charges relevées et les grandes dignités, qu'ils sont pleins de présomption et de superbe, mon Dieu, cela m'est insupportable ! Et ne sçavez-vous pas, o mondains, que le mauvais riche * pour * Luc*, xvi, 19-22. s'estre enflé d'orgueil, comme il tesmoigna en mesprisant le pauvre Lazare, est maintenant aux enfers pour toute éternité ? Mais lors que ces personnes du monde vont
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un peu aux églises entendre la sainte Messe, qu'elles communient à Pasques et font quelque aumosne, elles pensent pour cela estre saintes, tellement qu'il ne faut plus que les canonizer et les mettre sur les autels. Sçavez-vous pas, pauvres gens, que puisque vous n'avez
■ I Cor., xiii, 2,3. point de charité et d'humilité tout cela n'est rien*?
D'où pensez-vous que viennent ces relasches et desordres de certaines maysons religieuses? C'est certes parce que l'humilité n'y est pas. Et pourquoy pensez-vous que l'humilité n'y est pas ? C'est parce que cette infortunée parolle tien et mien n'en est pas bannie ; car dès que la communauté et pauvreté n'est pas observée, la présomption et superbe y entre aussi tost, d'autant qu'il n'y a rien qui nous enfle tant que les richesses, par lesquelles nous avons dequoy dire tien et mien. La sainte pauvreté sert grandement pour nourrir et conserver l'humilité, parce qu'il n'y a rien qui nous humilie et abaisse tant que d'estre pauvre, de sorte que l'humilité est tenue fort à couvert par le moyen de la pauvreté et communauté. C'est pourquoy tous les anciens Pères et instituteurs de Religions ont tousjours tasché d'establir la communauté de biens en leurs congrégations et monastères.
Ubi supra, p. 173. Voyez le grand saint Augustin* comme il veut qu'elle soit exactement observée, car il défend très absolument que l'on ayt « chose quelconque , pour petite qu'elle
Vide Constit. V. soit, » non pas mesme une épingle en particulier *, ains que tout soit en commun, en sorte que ce mot de tien et mien en soit entièrement banni; que les portions et tout le reste soit esgal autant que la nécessité le pourra permettre , parce qu'es Religions où toutes choses ne sont communes il y a des portions particulières. En fin la pauvreté n'y estant pas, il n'y a par conséquent point d'humilité, car ces deux vertus sont fort unies ensemble, l'une servant grandement à conserver et maintenir l'autre, comme j'ay desja dit. Il ne se trouve presque personne qui veuille estre pauvre, c'est pourquoy il y en a si peu qui soyent humbles.
Le grand saint François aymoit uniquement cette vertu de pauvreté, et beaucoup plus qu'un amant n'ayma