XXV. Pour la fête des saints Côme et Damien
jamais son amante, et que le grand Alexandre n'ayma jamais ses richesses. Bienheureuses sont donques les âmes auxquelles Dieu a fait tant de miséricorde que de les avoir appellées à une Religion où la sainte communauté est exactement observée, car elles ont certes plus de moyens et de facilité pour acquérir la très sainte humilité ; et partant, ayant l'humilité elles ont par conséquent la vraye pauvreté d'esprit à laquelle est jointe et attachée la félicité éternelle, puisque Nostre Seigneur et Maistre la leur a promise disant : Bienheureux sont les pauvres d'esprit, c'est à sçavoir les humbles, d'autant que le Royaume des deux est à eux.
Toutes les âmes religieuses sont en Testât de perfection, quoy que pour cela elles ne soyent pas tousjours toutes en la perfection. Le grand saint Louys roy de France n'estoit pas en Testât de perfection ; il estoit pourtant en la perfection et en un degré fort eminent et relevé, comme Ton sçait. Il importe peu qu'on soit en Testât de perfection ou non, pourveu qu'on soit en la perfection*. Helas ! voyez comme les mondains se com- *Cî.introd.aUVie portent quand ils veulent mettre quelques uns de leurs c. xi. ' enfans en Religion : ils regardent pour l'ordinaire d'y mettre les plus laids, inutiles et contrefaits, quoy que Nostre Seigneur veuille tousjours le plus beau et le meilleur, comme il est aussi raysonnable de le luy donner. Et pourquoy font-ils cela ? Parce qu'ils tiennent les Religieux comme les excremens, balayeures etpeleures de pommes *. Mais en fin ces âmes estans ainsy réputées * Vide supra, p. 226. du monde, elles sont aymées et chéries de leur Espoux céleste, aux yeux duquel elles sont trouvées aggreables par le moyen de leur humilité et charité, par lesquelles vertus elles s'unissent à luy.
Or, pour abréger et réduire tout en un seul point, je désire de vous donner une méthode par laquelle vous pourrez facilement mettre en prattique tout ce que nous avons dit cy dessus. C'est qu'il vous faut cent et cent fois la journée toucher Nostre Seigneur crucifié. Toucher une chose avec la main, qu'est-ce sinon appliquer la main à cette chose ? De mesme, toucher une chose avec l'esprit
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c'est y appliquer son esprit : je veux donques dire qu'il nous faut appliquer nostre esprit à voir et considérer Nostre Seigneur crucifié. Si nous touchons son chef, nous trouverons sa teste couronnée d'espines poignantes, qui sont entrées dans icelle et en font sortir et ruisseler abondance de sang qui descoule au long de son divin visage. Si nous touchons ses mains sacrées, nous les trouverons percées de gros clous. Si nous touchons son pretieux corps, nous le trouverons tout meurtri, noir et couvert de playes, par lesquelles de tous costés il verse
ljoan.,i,7;Apoc, son sang pour nous laver de nos iniquités*. Si nous touchons son cœur, nous le trouverons tout enflammé et embrasé d'un amour incomparable envers nous, sa divine
Luc», xii, 49. poitrine toute consumée de l'ardeur de ce feu * de nostre Sauveur et Maistre. En fin, touchant cet amour infini, comme se pourroit-il faire que nous ne l'aymassions réciproquement ? Comment pourrions-nous toucher et voir son humilité extrême, sans nous humilier et nous anéantir nous mesme? Touchant sa patience, douceur et bénignité, nous deviendrons patiens, doux et bénins. En fin, si nous touchons Nostre Seigneur crucifié ça bas en terre, nous toucherons éternellement ce grand Dieu glorifié là haut au Ciel, où nous conduisent le Père et le Fils et le Saint Esprit. Amen.
SERMON POUR LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DE LA SAINTE VIERGE
21 novembre 1619 (1)
L'Evangile que la sainte Eglise nous propose en la feste d'aujourd'huy * est composé de deux parties qui * Lucœ, xi, 27, 28. tendent toutes deux à la louange de la très sainte Vierge, de laquelle nous célébrons la Présentation au Temple. La première est que Nostre Seigneur preschant, une femme se prit à crier tout haut, luy parlant en cette sorte : Bienheureux est le ventre qui ta porté et les mammelles que tu as succèes. A quoy il respondit : Bienheureux sont ceux qui oyent, qui escoutent la parole de Dieu et la gardent. Et cecy est la dernière partie, sur laquelle je m'arresteray principalement parce qu'elle est plus à la gloire de la très sacrée Vierge.
Nostre divin Maistre nous le donne à entendre par la réplique qu'il fit à cette femme, car si bien la première louange estoit inspirée par le Saint Esprit mesme, elle estoit néanmoins prononcée par une créature. Mais comme si le Sauveur eust voulu enchérir et non pas diminuer la louange que l'on rendoit à sa très sainte
( 1 ) Quoique ce sermon ne contienne rien de très précis qui autorise à en fixer la date d'une manière absolue, ces paroles du saint Orateur (voir p. 238) : « Je viens du monde, » donnent à penser qu'il l'a prêché en 1619, après son retour de Paris. Le style, qui est bien celui de la Mère Claude-Agnès de La Roche, appuie cette hypothèse.
L'éditeur de 1643 sest permis de fusionner ce sermon avec celui qui avait été prononcé pour la même fête en 1617 (voir ci-devant, p. 125), et de faire de ces deux pièces un composé assez bizarre pour qu'il soit difficile d'y reconnaître le genre de notre Saint. Certains passages du Manuscrit sont restés inédits; ils se trouvent p. 233, 11. 26-39; p. 2-34, 11. 3-13; p. 235, 11. 4-9; p. 237, 11. 9-18; p. 238, 11. 16-39; P- 239, U- 1-4-
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Mère, il poursuit le cantique d'honneur qui estoit entonné ♦Vid.Raban.Maur., par sainte Marcelle * à la faveur de Nostre Dame, disant :
Vita Beatae Marias , ,-,,.,,.
Magd., c. xi. 11 est vray, mais plus heureuse encores est-elle d avoir
escouté la parole de mon Père et de l'avoir gardée. C'est un honneur très grand sans doute de m'avoir porté dans son ventre et nourri du lait descoulant de ses mammelles, moy qui suis la pasture des Anges et
•Cf.Prosam Lauda des hommes là haut en la gloire céleste*; cependant
Sion, sub finem. r
cela n a pas este le fondement de sa béatitude, ains d'avoir tousjours esté obéissante à la volonté de mon Père. La félicité n'est pas attachée à la dignité ni donnée selon icelle, ains selon la mesure de l'union que nous avons avec la divine volonté ; de façon que si l'on pouvoit séparer la dignité de Mère de Dieu d'avec la parfaite sousmission qu'avoit la très sacrée Vierge à sa sainte volonté, elle auroit eu le mesme degré de gloire et la mesme félicité qu'elle a maintenant au Ciel. Or, cela soit dit comme en passant.
Nostre Dame a eu trois grans privilèges au dessus de
toutes les pures créatures : le premier est qu'elle a
tousjours esté très obéissante à la volonté de Dieu, c'est
à dire à sa parole, et cela dès l'instant de sa conception,
sans jamais varier ni discontinuer, non pas mesme un
seul moment. Elle ne fut jamais sujette au changement
et ne peut jamais se desprendre de cette première union
et adhésion qu'elle fit alors de sa volonté avec celle de
Dieu. Cette faveur ne fut accordée à nulle autre pure
créature, non pas mesme aux Anges, car ils peurent
changer et se départir de la grâce qu'ils avoyent receùe
de la divine Majesté à leur création. Qu'ainsy ne soit, la
cheute de Lucifer et de ses adherens le monstre assez.
Et quant aux hommes, qui peut estre homme et ignorer
qu'il ne soit changeant et variable ? L'expérience s'en
fait tous les jours en nous mesme. Quel est celuy qui
soit tousjours d'une mesme humeur ? A cette heure nous
voulons une chose, tantost nous ne la voudrons plus,
mais nous en désirerons une autre ; dans peu de temps
nous sommes joyeux et puis tristes, en somme ce n'est
qu'un perpétuel changement.