XXVI. Pour la fête de la Présentation
Nostre Dame ne peut jamais descheoir de la première grâce qu'elle receut de la souveraine Majesté parce qu'elle alla tousjours adhérant à la divine volonté, si qu'elle meritoit sans cesse de nouvelles grâces ; et plus elle en recevoit, plus son ame se rendoit capable d'adhérer à Dieu, en sorte qu'elle s'unissoit plus que jamais et affermissoit sa première conjonction avec luy. Si donc on peut trouver du changement en la très sainte Vierge, ce n'est que pour s'unir davantage et croistre autant qu'il se pouvoit en toutes sortes de vertus pour rendre invariable la resolution qu'elle avoit faite d'estre toute à Dieu. Pour cela elle voulut se retirer au Temple, non qu'elle en eust besoin pour elle mesme, ains pour nous enseigner que nous autres estans sujets au changement, nous nous devons servir de tous les moyens possibles pour bien affermir et conserver nos bonnes resolutions tant intérieures qu'extérieures. Quant à elle, il suffisoit, pour persévérer en son bon propos, qu'elle se fust donnée à Dieu dès le premier moment de sa vie, sans qu'elle eust besoin pour cela de sortir de la mayson de son père ; elle n'avoit rien à craindre que les objets extérieurs la peussent jamais divertir ; mais, comme une bonne Mère, elle nous vouloit enseigner que nous ne devions rien négliger pour bien asseurer nostre vocation, ainsy que saint Pierre nous exhorte *. * Il Ep., 1, 10.
La Sainte Vierge eut l'usage de rayson dès l'instant de sa conception, et au mesme instant elle vit comme la divine Bonté la préserva du précipice du péché originel, où elle alloit tomber si sa main toute puissante ne l'eust retenue. Pour reconnoissance de cette grâce, elle se dédia et consacra dès lors si absolument à son service, que la parole qu'elle donna à la divine Majesté fut irrévocable. Mais nonobstant cela, elle tint l'espace de trois ans sa resolution close et couverte sous les apparences de l'enfance. Je dis sous les apparences, parce qu'en effect elle n'estoit point enfant, ains ayant l'usage de rayson, elle menoit une vie purement contemplative ; c'estoit un si sage enfant qu'il ne s'en peut jamais imaginer un semblable, excepté son Fils bien aymé. Estant parvenue
Sermons recueillis
à l'aage de trois ans, elle fut apportée une partie du
chemin dès Nazareth en Hierusalem, et l'autre partie
• Vide s.Antonin., elle y vint avec ses petits pas. On rapporte * que c'estoit
c# VIj § x.' ' ' chose belle à voir comme elle montoit joyeusement les
quinze marches du Temple.
Nous voicy en la seconde partie de nostre discours. Saint Joachim et sainte Anne la portoyent vrayement pour satisfaire au vœu qu'ils avoyent fait à Dieu de la luy offrir dans son Temple ; mais cette bénite Enfant y venoit aussi poussée de sa propre volonté, et, bien que pour se tenir dans les bornes de l'enfance elle ne l'eust point manifestée, l'heure néanmoins luy tardoit fort de se voir absolument toute consacrée au service de la divine Majesté. Elle venoit avec un cœur nompareil se donner à Dieu sans reserve, et semble que si elle eust osé, elle eust dit volontiers aux bonnes dames qui eslevoyent ces filles qu'on dedioit au Seigneur dans le Temple : Me voyci entre vos mains comme une boule de cire, faites de moy tout ce que vous voudrez, je ne feray nulle résistance. Aussi estoit-elle si maniable et sousmise qu'elle se laissoit tourner à toute main sans jamais tesmoigner nulle volonté de cecy ou de cela, se rendant tellement condescendante qu'elle ravissoit en admiration.
Elle commença dès lors à imiter son Fils qui devoit estre si sousmis à la volonté d'un chacun, que si bien il estoit à son pouvoir de résister à tous, il ne le voulut pourtant jamais faire. Au commencement de sa Passion il monstra sa toute puissance lors que, comme lion de la tribu de Juda *, il se prit à rugir cette parole : Ego sum, c'est moy, quand les Juifs le cherchant, il leur demanda : Qui cherchez-vous ? Ils luy respondirent : Jésus de Nazareth. C'est moyy dit-il ; et par ce mot il renversa tous ses ennemis par terre *. Mais soudain, les ayant fait relever, il cacha derechef sa toute puissance sous le manteau d'une sainte mansuétude et debonnaireté ; si que dès lors ils l'empoignèrent et le conduisirent à la mort sans que plus ils vissent en luy aucune résistance, leur permettant de non seulement le
* Is. lui 7* Tercm.
xi, 19. ' tondre comme un doux aignelet*, mais encores de luy
Apoc.
Joan., xviii, 4-6.