XXVIII. Pour la fête de la Purification
ne nous devons pas contenter d'avoir des aisles pour voler au Ciel par des saints désirs et spéculations, si avec cela nous n'avons des mains qui nous portent aux œuvres et à la prattique de nos désirs, estant chose asseurée que les seuls bons propos et saintes resolutions ne nous conduiront point en Paradis, s'ils ne sont accompagnés des effects conformes à iceux.
Nostre Seigneur donques pour confirmer cette vérité, vient aujourd'huy au Temple pour y estre offert à Dieu son Père, s'assujettissant à l'observance de la Loy que jadis il avoit donnée à Moyse, escritte sur les tables de pierre *. Il y avoit en cette Loy une grande quan- * Exod., xxiv, 12, tité d'observances particulières auxquelles nostre divin In, 7. ' ' '
Maistre et Nostre Dame n'estoyent nullement obligés, car le Sauveur estant le Roy et le Monarque de toute la terre, voire du Ciel, de la terre et de tout ce qu'ils contiennent, ne pouvoit estre sujet à aucune loy ni commandement. Néanmoins, parce qu'il devoit estre mis devant nos yeux comme un souverain et incomparable patron auquel nous nous devions conformer en toutes choses, autant que la foiblesse de nostre nature le peut permettre, il voulut observer la Loy et s'y assujettir, et sa très bénite Mère à son exemple, ainsy que nous vo3^ons en l'Evangile d'aujourd'huy *, qui nous propose la puri- * Lucœ, n, 22-38. fication de Nostre Dame et la présentation de Nostre Seigneur au Temple. Sur ce sujet je fais trois considérations auxquelles je ne m'arresteray pas beaucoup, ains ne feray que les toucher en passant, les laissant par après ruminer à vos esprits, comme des animaux mondes*, *Levit.,xi, 2,3, 47. pour en faire une bonne et heureuse digestion. La première considération est sur l'exemple d'une profonde et véritable humilité que nostre divin Sauveur et la glorieuse Vierge nous donnent ; la seconde, sur l'obéissance qui est entée sur l'humilité; et en troisiesme lieu, sur la méthode excellente qu'ils nous enseignent pour bien faire l'oraison.
Et premièrement, quelle humilité plus grande et plus profonde se peut-il imaginer que celle que Nostre Seigneur et Nostre Dame pratiquent en venant au Temple,
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l'un pour y estre offert comme tous les autres enfans des hommes pécheurs , et l'autre se venant purifier ? C'est chose certaine que Nostre Seigneur ne pouvoit estre obligé à cette cérémonie, puisqu'il estoit la pureté mesme et qu'elle ne regardoit que les pécheurs. Quant à Nostre Dame, quelle nécessité avoit-elle de se purifier, puisqu'elle n'estoit ni ne pouvoit estre souillée, ayant receu une grâce si excellente dès l'instant de sa conception que celle des Chérubins et des Séraphins ne luy est nullement comparable ? car si bien Dieu les prévint de sa grâce dès leur création pour les empescher de tomber en péché, néanmoins ils n'y furent pas confirmés dès cet instant en sorte qu'ils ne peussent plus prevariquer, ains le furent par après en vertu du choix qu'ils firent de se servir de cette première grâce, et par la volontaire sousmission de leur franc arbitre. Mais Nostre Dame fut prévenue de la grâce de Dieu et confirmée en icelle au mesme instant de sa conception, de sorte qu'elle ne pouvoit en descheoir ni pécher. Néanmoins, et l'Enfant et la Mère, nonobstant leur incomparable pureté, se viennent aujourd'huy présenter au Temple comme s'ils eussent esté pécheurs ainsy que le reste des hommes. O acte d'humilité incomparable !
Plus la dignité des personnes qui s'humilient est grande, plus aussi l'acte d'humilité qu'elles font est
♦Cf.tom.viihujus estimable*. O Dieu, quelle grandeur de Nostre Seigneur 1 ''pp' 9' 7°' et de Nostre Dame qui est sa Mère ! Que c'est une considération belle, et la plus utile et profitable que nous sceussions faire que celle cy, de l'humilité que le Sauveur a si chèrement aymée ! Il semble qu'elle ait esté sa bien aymée et qu'il ne soit descendu du Ciel pour venir en
*Cf. supra, pp. 163, terre que pour Famour d'elle*. C'est la plus grande de toutes les vertus purement morales, car je n'entens pas parler de l'amour de Dieu et de la charité, celle-cy n'estant pas seulement une vertu particulière ains une vertu générale qui se respand sur toutes les autres, et dont elles tirent leur splendeur. Mais quant aux vertus particulières , il n'y en a point de si grande ni de si nécessaire que l'humilité.