‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 14 sur 273 · II. Pour la fête de saint Blaise · texte numérisé non relu

II. Pour la fête de saint Blaise

au milieu du navire, à fin de n'estre pas attirés au bord par cette mélodie. Il faut que nous en fassions de mesme lors que ces sirènes de propre volonté, de répugnances et raysons de l'amour propre nous viendront chanter aux oreilles pour nous conjurer de leur obéir ; il faut, dis je, nous attacher fortement à l'arbre du navire, qui n'est autre chose que la croix, nous resouvenant que Nostre Seigneur, pour le second point de la perfection, nous ordonne de prendre nostre croix. Il dit la nostre, pour nous empescher de suivre l'extravagance de plusieurs lesquels quand on leur fait quelque mortification s'en faschent, disant : Si l'on m'eust fait celle-là que l'on a fait à un tel je la souffrirois volontiers. Et tout de mesme des maladies ; ils voudroyent avoir celles que Dieu a données à un autre et non pas celles qu'ils ont.

Venons en maintenant au troisiesme point. Au premier, qui est de renoncer à nous mesme, doivent estre mises, comme nous l'avons dit, ces deux esgales et invariables resolutions, à sçavoir mon, de se résoudre à avoir tousjours quelque chose à purger et mortifier pendant que nous serons en ce monde, puisque nostre purgation ne se doit finir qu'avec nostre vie ; et l'autre, d'avoir bon courage pour ne point nous estonner d'avoir beaucoup à faire, ains de travailler tousjours le plus fidellement que nous pourrons. Nostre Seigneur adjouste que l'on prenne sa croix, et pour conclusion qu'on le suive. Il faut que nous sçachions qu'il y a différence entre aller après Nostre Seigneur et le suivre. Tous les Chrestiens qui aspirent au Ciel vont après le Sauveur, car c'est par ses mérites qu'on en espère la possession, en observant néanmoins ses commandemens ; mais suivre Nostre Seigneur c'est marcher sur ses pas, imiter ses vertus, faire ses volontés et n'avoir qu'une mesme prétention avec luy. Vous voudriez peut estre sçavoir quelle recompense vous aurez de le suivre. C'est que, si vous persévérez le long de vostre vie, à la fin il vous mettra devant luy ; là vous jouirez de la claire veùe de sa face *, il s'entretiendra * lj3or., xm, 12 familièrement avec vous comme l'amy avec son amy, et cet entretien durera éternellement.

II Cor., m, ult.

22 Sermons recueillis

Maintenant retournons à Nostre Dame qui apporta son Fils au Temple pour l'offrir au Père éternel, et par le moyen de cette offrande s'unir avec luy. Bienheureuses sont les âmes qui sçavent bien cette pratique de s'offrir à Dieu, et toutes leurs actions, en l'union de ce Sauveur ! Mais considérons aussi un peu cette autre prattique d'union que fit la Sainte Vierge avec saint Simeon et Anne la prophetesse ; car si bien les Evangelistes ne parlent point de cette dernière, il est pourtant probable qu'elle eut l'honneur de tenir le Sauveur de nos âmes

* Lucae, n, 28. entre ses bras *, puisqu'elle avoit excellemment bien

renoncé à soy mesme, bien porté sa croix et avoit espéré et aspiré tant de temps après la venue du Seigneur qu'elle voyoit de ses yeux. Nostre Dame donc se despouilla de la consolation qu'elle avoit de tenir tousjours son sacré Fils entre ses bras, et le donna à saint Simeon, et par luy à tous les hommes. Simeon le prit, le baysa, l'embrassa et le serra très estroittement sur sa poitrine.

Je remarque que plusieurs portent Nostre Seigneur, mais en diverses façons. Les uns l'ont sur la langue : ils disent merveille de Dieu et le louent avec beaucoup d'ardeur ; il y en a d'autres qui le portent au cœur par des affections tendres et amoureuses, et se fondent presque en pensant à luy. Mais ces deux façons de le porter ne sont pas grand chose si l'on n'y adjouste la troisiesme,

* Cant., vin, 6. qui est de le porter dessus ses bras *, je veux dire

Timiter en ses œuvres, car les bras représentent les œuvres

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