XXVIII. Pour la fête de la Purification
devroit inciter à nous sousmettre absolument et sans
aucune reserve à l'observance de tout ce qui nous est
commandé, et ne nous pas contenter de cela, mais
observer encores les choses qui nous sont conseillées
pour nous rendre plus aggreables à la divine Bonté !
Mon Dieu, est-ce si grand chose de nous voir obéir, nous
autres qui ne sommes nés que pour servir, puisque le
Roy suprême à qui toutes choses doivent estre sujettes * * Ps. cxvm, 91.
s'est bien voulu assujettir à l'obéissance ? Recueillons
donques cet exemple sacré que nous donnent le Sauveur
et la glorieuse Vierge, et apprenons à nous sousmettre,
à nous rendre souples, maniables et faciles à tourner à
toutes mains par la très sainte obéissance, et non pas
pour un temps ni pour certains actes particuliers, ains
pour tousjours, tout le temps de nostre vie jusques à la
mort.
Voyons en troisiesme lieu comme nous pouvons remarquer en l'Evangile d'aujourd'huy une excellente manière de bien faire l'oraison, i1) Plusieurs se trompent grandement, croyant qu'il faille tant de choses, tant de méthodes pour la bien faire. L'on en voit aucuns qui sont en un grand empressement à fin de rechercher tous les moyens possibles pour trouver un certain art qu'il leur semble nécessaire de sçavoir pour la bien faire, et ne cessent jamais de subtiliser et pointiller autour de leur oraison pour voir comme ils la pourront faire ainsy qu'ils désirent. Les uns pensent qu'il ne faille tousser ni se remuer, de crainte que l'Esprit de Dieu ne se retire : folie très grande, comme si l'Esprit de Dieu estoit si délicat qu'il dependist de la méthode ou de la contenance de ceux qui font l'oraison. Je ne dis pas qu'il ne faille se servir des méthodes qui sont marquées ; mais l'on ne s'y doit pas attacher et les affecter tellement que nous mettions toute nostre confiance en icelles, comme ceux qui pensent que pourveu qu'ils fassent tousjours leurs
( 1 ) La suite de cet alinéa, sauf la dernière phrase, est intercalée dans l'Entretien Des Sacrements, ainsi que les lignes 29-39 de p. 262, 1-4 de p. 263 et 4-15 de p. 264. (Voir ci-devant, p. 13, note ( 1 ), et au tome VI de notre Edition, les pp. 347-349 et la Table de correspondance)
26o Sermons recueillis
considérations devant les affections, tout va bien. Il est fort bon de faire des considérations, mais non pas de s'attacher tellement à une méthode ou à une autre qu'on pense que tout dépende de nostre industrie.
Il n'y a qu'une seule chose nécessaire pour bien faire l'oraison, qui est d'avoir Nostre Seigneur entre nos bras; cela estant, elle est tousjours bien faitte de quelle façon que nous nous y prenions. Il n'y a point d'autre finesse, et sans cette condition jamais nos oraisons ne vaudront rien ni ne pourront estre receûes de Dieu ; car le divin
* joan., xiv, 6. Maistre l'a dit luy mesme * : Nul ne peut aller à mon
Père que par moy. L'oraison n'est autre chose qu'une
* Cf. supra, p. ^o. « eslevation de nostre esprit en Dieu *, » que nous ne
pouvons nullement faire de nous mesmes. Or, quand nous avons nostre Sauveur entre nos bras, tout nous est rendu facile. Voyez, de grâce, le saint homme Simeon comme il fait bien l'oraison ayant Nostre Seigneur entre les siens. Laisse^, dit-il, maintenant aller vostre serviteur en paix, puisqu'il a veu son salutaire et son Dieu. Ce seroit une horrible meschanceté de vouloir exclure Nostre Seigneur Jésus Christ de nostre oraison et de la penser bien faire sans son assistance, puisque c'est une chose indubitable que nous ne pouvons estre aggreables au Père éternel sinon entant qu'il nous *Cf.Ps. Lxxxm, 10; regarde à travers son Fils nostre Sauveur*; et non seulement les hommes, mais encor les Anges, car si bien il n'en est pas le Rédempteur, il est néanmoins leur Sauveur et ils ont esté confirmés en grâce par luy. Et tout ainsy comme quand on regarde au travers d'un verre rouge ou violet, tout ce qu'on voit paroist à nos yeux de la mesme couleur, le Père éternel nous regardant au travers de la beauté et bonté de son Fils très béni nous trouve beaux et bons selon qu'il nous désire ; mais sans cet artifice nous ne sommes que laideur et la difformité mesme.
J'ay dit que l'oraison est « une eslevation en Dieu. » Il est vray, car si bien en allant à Dieu nous rencontrons les Anges ou les Saints en nostre chemin, nous n'eslevons pas nostre esprit à eux ni ne leur addressons pas nos