‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 151 sur 273 · XXIX. Pour le Vendredi-Saint · texte numérisé non relu

XXIX. Pour le Vendredi-Saint

seulement préservée de péché tant originel qu'actuel, mais elle fut aussi préservée de l'ombre d'iceluy, ne commettant pas mesme des imperfections pour petites qu'elles peussent estre.

Le Paradis est tout tapissé de penitens, et, comme nous avons dit, l'on n'y voit presque autre chose. Les Martyrs ont esté penitens en respandant leur sang dans lequel ils ont esté lavés comme dans un bain de pénitence ; tous les tourmens qu'ils ont soufferts n'ont esté que des actes de pénitence. Les Vierges ont esté pénitentes, les Confesseurs aussi; bref, nul n'est entré au Ciel sans pénitence et sans se reconnoistre pour pécheur, excepté ceux dont nous avons parlé. Tous sans exception ont eu besoin du mérite du sang respandu par Nostre Seigneur, lequel, comme je crois, jettoit des odeurs et des parfums si excellens, tant devant la Majesté du Père éternel que devant les hommes, qu'il estoit presqu'impossible qu'il ne fust reconneu pour estre le sang non d'un homme seulement, mais d'un homme Dieu.

Il m'est advis que ce sang très sacré estoit comme l'encens lequel estant jette dessus le feu respand de toutes parts autour d'iceluy sa fumée odoriférante, voire exhale cette fumée en haut ; ainsy le sang de Nostre Seigneur distillant de son corps très sacré en terre jusques à la dernière goutte, jettoit des parfums de tous costés *. • Cf. Ephes., v, a. Aussi cette odeur pretieuse parvint jusques au bon larron, lequel fut rempli d'une si grande suavité qu'il se convertit à l'instant et mérita d'ouïr cette tant gracieuse parolle : Anjourd'huy tu seras avec moy en Paradis, Paradis dont nostre Sauveur n'avoit pas voulu parler jusques à maintenant qu'il estoit si proche d'y entrer et se trouvoit desja à la porte. N'est-ce pas une vraye marque que Nostre Seigneur estoit vrayement nostre Sauveur, puisqu'il promet si absolument la gloire qu'il ne diffère point de la donner, ains dit aujourd'huy ? O parolle de grande consolation pour les pécheurs penitens, car ce que sa Bonté a fait pour le bon larron elle le fera pour tous les autres enfans de la Croix qui sont les Chrestiens. O heureux enfans de la Croix, puisque vous

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estes asseurés qu'au mesme temps que vous serez penitens et vous repentirez de vos péchés, nostre Sauveur sera vostre Rédempteur et vous donnera la gloire !

Cependant il luy restoit encores quelque légat à faire en son divin testament. Et quoy, me direz-vous, qu'y a-t-il autre chose ? Quoy, mes chers Sœurs ? Il y a une certaine délicatesse spirituelle dont il devoit faire présent à ses plus chers amis, délicatesse qui n'est autre qu'un moyen très singulier pour conserver la grâce acquise et pour parvenir au plus haut degré de gloire. Regardant donques de ses yeux pleins de compassion sa très bénite Mère, qui estoit debout au pied de la croix avec son bien aymé disciple, il ne luy voulut pas donner la grâce ou la demander pour elle, car elle la possedoit desja fort excellemment, ni moins luy promettre la gloire, car elle en estoit toute asseurée ; mais il luy donna une certaine union de cœur et amour tendre pour le prochain, cet amour des uns pour les autres qui est un don des plus grans que sa bonté fasse aux hommes.

Mais quel amour? Un amour maternel. Femme, dit-il, ' joan., xix, 26. voyla ton fils*. O Dieu, quel eschange ; du Fils au *Cf.s.Bem.,Dom. serviteur, de Dieu à la créature*! Néanmoins elle ne

infra oct. Assump., r . , . .

§i5. refuse point, sçachant bien qu en la personne de saint

Jean elle acceptoit pour siens tous les enfans de la Croix et qu'elle en seroit la chère Mère. Nostre divin Maistre nous enseignoit par là que si nous voulons avoir part en son testament et aux mérites de sa Mort et Passion, il faut que nous nous aymions tous les uns les autres de cet amour tendre et grandement cordial du fils envers la mère et de la mère envers le fils, qui est en quelque façon plus grand que non pas celuy des pères.

Il nous faut remarquer que Nostre Dame estoit debout au pied de la croix. En quoy certes ont grand tort ceux qui pensent qu'elle fut tellement outrée de douleur qu'elle en demeura pasmée ; car sans doute cela n'est point, ains elle demeura ferme et constante, bien que son affliction fust la plus grande que jamais femme aye ressenti pour la mort de son enfant, parce qu'il ne s'en est jamais trouvé qui ayt eu autant d'amour qu'elle en avoit pour Nostre

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