XXIX. Pour le Vendredi-Saint
par les hommes, se contentant que son Père céleste, par l'obéissance duquel il les enduroit, les considerast *, et * Cf. Matt., vi, 1-6, apaisast son courroux envers la nature humaine pour laquelle il patissoit.
Je passe outre et remarque la troisiesme vertu que Nostre Seigneur nous présente sur la croix, comme une fleur très aggreable : c'est la très sainte persévérance, vertu sans laquelle nous ne sçaurions estre dignes du fruit de sa Mort et Passion ; car ce n'est pas tout de bien commencer si l'on ne persévère jusques à la fin*, puis- *Matt.,x, 22, xxiv, que c'est chose asseuree que Testât auquel nous nous trouverons à la fin de nos jours, lors que Dieu coupera le fil de nostre vie, sera celuy où nous demeurerons pour toute éternité *. Bienheureuse donques sera l'ame qui * Cf. Eccies., xi, 3. persévérera à bien vivre et à faire ce pour quoy elïe a esté envoyée, comme Nostre Seigneur qui persévéra jusques à la mort en la prattique de toutes les vertus, comme saint Paul escrit* de l'obéissance : 77 a esté * Philip., n, 8. obéissant jusques à la mort ; c'est à sçavoir tout le temps de sa vie jusques à la mort. C'est pourquoy il dit en fin très véritablement : Tout est consommé*. * Joan., xix, 30. O l'admirable parolle que celle cy : Tout est consommé ! c'est à sçavoir : Il ne reste plus rien à faire de ce qui m'a esté commandé. Que les Religieux et Religieuses seroyent heureux si à la fin de leur vie ils pouvoyent dire bien véritablement avec le Sauveur : Tout est consommé ; j'ay fait tout ce qui m'estoit commandé soit par les Règles, soit par les Constitutions ou par les ordonnances des Supérieurs ; j'ay persévéré fidellement en tous mes exercices , il ne me reste plus rien à faire.
Mais plus excellente que toute autre est la quatriesme vertu, (r) car elle est la cresme de la charité, l'odeur de l'humilité, le mérite, ce semble, de la patience et le fruit de la persévérance ; grande est cette vertu, et seule digne d'estre prattiquée des plus chers enfans de Dieu : c'est la très aymable indifférence. Mon Père, dit nostre
( 1 ) La suite de cet alinéa et le suivant sont intercalés dans l'Entretien De la Confiance. (Voir au tome VI de notre Edition, les pp. 26, 27 et la Table de correspondance.)
Sermons recueillis
* Lucae, xxin, 46.
* Joan., xvii, 4.
Is.