XXIX. Pour le Vendredi-Saint
grâce et nous rendre dignes de sa miséricorde, il a pris sur soy les coups de la justice divine, justice qui se devoit exercer sur nous qui estions les seuls contre qui elle fust irritée à bon droit. Considérons donques si très justement il ne doit pas estre appelle nostre Roy, ayant eu un tel soin de garantir son pauvre peuple de tous malheurs et l'ayant défendu contre ses ennemis.
Or, puisqu'il est nostre Roy, il faut sousmettre tout ce que nous avons à son service. Nous luy devons nos corps, nos cœurs et nos esprits à fin qu'il en fasse comme de choses siennes, et que jamais nous ne les employions pour contrevenir à ses lois divines. Mais quelles sont-elles ces lois de nostre Roy ? O quelles elles sont, mes chères Sœurs ? C'est tout ce que je viens de dire, qu'il a observé le premier pour nous donner exemple : la très sainte humilité, la générosité, la patience, la constance et invariable persévérance, et en fin la très aymable et excellente vertu d'indifférence. Il veut que nous apprenions de luy ces vertus en la considération de sa Mort et Passion, et désire que nous luy tesmoignions par icelles nostre amour et nostre fidélité, puisque c'a esté en les pratiquant qu'il nous a monstre l'excellence et l'ardeur du sien envers nous qui en estions si indignes. Que le nom de Jésus soit éternellement béni ! Amen.
SERMON POUR LE MARDI DE PÂQUES 2\ avril 1620 ( 1 )
Pax vobis, ego sum, nolite timere.
Paix vous soit, c'est moy, ne craignez point.
Lvcje, ult., )6.
Les Apostres et les disciples de Nostre Seigneur, comme des enfans sans père et des soldats sans capitaine, s'estans retirés dans une mayson tout craintifs qu'ils estoyent, le Sauveur s'apparut à eux pour les consoler *Lucœ, ult., 36-39. en leur affliction et leur dit : Paix vous soit*. Comme s'il eust voulu dire : Qu'y a-t-il que vous estes si craintifs et affligés ? Si c'est le doute que ce que je vous ay promis de ma résurrection n'arrive point, pax vobis, demeurez en paix, la paix soit faite en vous, car je suis ressuscité. Voye\ mes mains, touche^ mes blesseures ; je snis bien moy mesme, ne craigne^ pins, la paix soit en vous. Sur lesquelles parolles je considère trois sortes de paix. La première est celle du saint Evangile et de l'Eglise ; car l'Evangile et l'Eglise ne * Is., lii,7; Rom., sont que paix*, que douceur, que tranquillité. Hors de 15. 5' p es'' u '* l'observance de l'Evangile et de l'obéissance à l'Eglise il ne se trouve que guerre et que trouble, ainsy que nous dirons tantost. La seconde paix est celle que les saints Pères ont distinguée en trois parties : la paix avec Dieu,
(1) Il est permis de conjecturer que ce sermon a été prononcé en 1620, d'après une allusion faite à la fin du sermon suivant, dont la date est certaine. Le Dimanche de Quasimodo en effet, prêchant une Vèture, le Saint rappelle diverses considérations énoncées ici, et ajoute : « ainsy que nous le disions « Tautre jour. » Il s'agit donc bien, selon toute vraisemblance, de ce sermon pour le mardi de Pâques.