XXX. Pour le mardi de Pâques
le moyen de ses pla}^es et de ses tourmens terrassé leurs ennemis et abattu toutes leurs forces ?
Imaginez-vous un prince revenant de la guerre en laquelle il a battu à dos et à ventre ses ennemis et les a fait passer par le fil de l'espée, sans en laisser aucun en vie, sinon quelques fuyars, quelques laquais et couards auxquels il auroit fait grâce par compassion. Apres cette victoire, il s'en retourneroit tout triomphant dans la ville principale, chargé néanmoins de blesseures, et rencontrant ses sujets il leur diroit : Courage, mes amis, voyla les playes avec lesquelles je vous ay acquis la paix ; demeurez en repos, ne craignez plus, car j'ay terrassé nos ennemis. J'ay bien donné la vie à certains goujats qui peut estre viendront vous servir de quelque importunité ; mais ne craignez rien, parce qu'ils n'ont aucun pouvoir sur vous, et ne vous sçauroyent nuire, bien qu'ils vous ennuyent.
Nostre Seigneur et Maistre, qui est appelle le Prince de paix *, revenant de la guerre où il avoit véritablement * Is., ix, 6. receu quantité de playes, mais playes non point dignes de mespris ains d'honneur incomparable, et desquelles il fait trophée et mérite une éternelle louange, il s'addresse à ses Apostres comme à son peuple bien aymé et les leur monstre : Pax vobis, voyla mes playes. Touchez, dira-t-il Dimanche à saint Thomas, touchez de vos doigts les playes de mes pieds et de mes mains; mette\, si bon vous semble, toute vostre main dans mon costè*, et * joan., xx, 27. voye^ que je suis bien moy mesine*; ayant fait cela, * Lucas, ult., 39. ne soye% plus incrédule niais fidelle. Voye\ mes playes et sçachez que je les ay receùes en terrassant et vainquant vos ennemis, lesquels j'ay desconfits et exterminés. Il en est resté voirement quelques uns, mais ne craigne\ point, car ils n'auront aucun pouvoir sur vous, ains vous aurez pleine authorité sur eux; partant, demeurez en paix.
Le second point de cette paix est de l'avoir les uns avec les autres. Le défaut d'icelle est la source de tous les malheurs , afflictions et misères que l'on voit en ce monde parmi les hommes. Car, d'où vient, je vous prie,
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tant de pauvreté que plusieurs souffrent, sinon des misérables prétentions que les autres ont d'accroistre leurs biens et d'estre riches, quoy que ce soit aux despens du prochain ? Les uns ont trop et les autres n'ont rien. Qu'est-ce qui ruine la paix, sinon les procès, les ambitions, les désirs des honneurs, des dignités, des prééminences ? Si la paix estoit entre les hommes Ton ne verroit point de telles misères. D'où viennent tant de guerres sinon du défaut de la paix ?
Bref, rien ne fait la guerre à l'homme que l'homme mesme. Il n'y a rien qui ne puisse estre rangé et gouverné par l'homme que le seul homme ; car si bien le pouvoir que Dieu avoit donné à Adam au paradis terrestre sur tous les animaux a receu quelque deschet par le péché, si est-ce pourtant que l'homme peut dompter les bestes les plus farouches, par l'entremise de la rayson dont Dieu l'a doué, ainsy que l'expérience s'en fait tous les jours. Si les hommes vivoyent en paix les uns avec les autres rien ne pourroit troubler leur tranquillité. Que craindroyent-ils ? de quoy auroyent-ils peur? Des lions? Nullement ; car, comme nous disions tout à cette heure, ils auroyent suffisamment d'industrie en eux mesmes pour éviter leur rage et celle de tous les autres animaux, pour brutaux qu'ils puissent estre.
Nostre Seigneur sçachant fort bien la grande nécessité que les hommes en avoyent, n'a rien tant presché que cette paix qui procède de l'amour qu'il nous a tant recommandé d'avoir les uns pour les autres. C'est ce qu'il a le plus inculqué à ses Apostres ; si que le glorieux saint Paul dit ne vouloir sçavoir ni prescher autre chose
* I Cor., h, 2. que Jésus Christ crucifié *, qui nous a pacifiés et
donné cette paix par laquelle nous luy soyons rendus
* Cf. Heb., ii, 17. semblables en toutes choses*, à luy, dis-je, qui est le *Videpag.pneced. Prince de paix*, et qui a fait la paix tant en la terre
* Coloss., 1, 20. qu'au Ciel *. Le Sauveur visite ses Apostres, mais c'est
quand ils sont tous assemblés, qu'ils sont tous en paix, qu'ils vivent en une sainte union. Et si bien il apparut
* Lucas, ult., 15. aux deux disciples allant en Emmaùs *, lesquels estoyent
sortis de la ville de Hierusalem qui représente la paix,