XXX. Pour le mardi de Pâques
que nous avons la foy, mais nous ne la monstrons pas par les œuvres. Si nous voulons garder en nous mesme la paix parmi la guerre il faut tenir l'entendement fermement attaché aux vérités que Nostre Seigneur nous a enseignées, et l'empescher d'escouter ou recevoir les opinions et raysons humaines.
La perte des Anges et des hommes est venue de là. Les Anges apostats escouterent cette fausse opinion qu'ils devoyent estre comme Dieu, et se perdirent en leurs pensées *. Saint Michel ayant entrepris de résister à leur * Rom., 1, ai. témérité : Misérables, dit-il, qui est comme Dieu*? et *Videsupra,p.io4. au son de cette parolle ils furent précipités et malheureux pour jamais. Mais soudain que Lucifer vit que son ambition outrecuidée l'avoit perdu, il présenta cette mesme tentation à nostre pauvre mère Eve, l'asseurant qu'elle ne mourroit point, bien que Dieu l'eust dit, ains qu'elle seroit semblable à luy en mangeant du fruit défendu. Et la pauvrette, au lieu de se tenir ferme en la parolle que le Seigneur luy avoit donnée, escouta et consentit à cette perverse proposition, qui fut cause qu'elle périt et son mari avec elle*. Il luy eust bien * Gen., m, 1-6. mieux valu, et à nous aussi, qu'elle eust respondu à l'ennemy : Misérable, laisse-nous demeurer en la bassesse et humilité en laquelle nous avons esté créés, plustost que de nous proposer un eslevement duquel tu as esté précipité. O que le pauvre Adam eust esté heureux de demeurer seul et sans estre marié, car il n'eust pas encouru l'indignation de Dieu en prevariquant son commandement !
Nos entendemens sont ordinairement si pleins de raysons, d'opinions et de considérations suggérées par l'amour propre que cela cause de grandes guerres en l'ame. Au lieu de l'arrester et attacher à se conduire en tout selon que Nostre Seigneur nous l'a enseigné, nous nous servons des considérations de la sagesse humaine laquelle nous représente qu'il faut bien estre discret, et modérer les choses selon la prudence pour que tout aille bien. Et cependant c'est tout au contraire, car c'est à fin que tout aille mal. Certes, on ne sçait plus de
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quel biais prendre ces personnes qui se servent de cette fausse prudence, parce que, faute de simplifier leur entendement, elles ne veulent pas entendre les raysons qu'on leur donne et en apportent cent contraires pour soustenir leurs opinions, quoy que bien souvent mauvaises ; dès qu'elles s'y sont une fois attachées, l'on ne sçait plus que faire avec elles.
Servez-vous de la prudence, car elle est bonne, mais servez-vous-en comme d'un cheval : montez dessus, et la tournez à toutes mains, donnez-luy cent coups d'esperons, jusques à tant que vous l'ayez rangée et domptée pour la rendre sousmise à la simplicité de Nostre Seigneur. Ce très bon Maistre voyant les Apostres entortillés en diverses considérations et doutes de l'accomplissement de ses parolles, n'ayans pas la patience d'attendre que le soir du jour auquel il avoit dit qu'il ressusciteroit fust venu (estans seulement au matin ils commençoyent à *Ubisupra,p.293. douter) , Fax vobis, leur dit-il*; vostre entendement soit pacifié par le rejet de tant de reflexions. Voye\ mes playes, et ne soye\ pas mescroyans, mais fidelles. joan.,xiv,i3,xvi, Grand cas de l'esprit humain! Nostre Seigneur a dit*: Tout ce que vous demanderez en mon nom vous sera donné ; néanmoins, parce que nous ne le recevons pas si promptement que nous voudrions, incontinent nous sommes chancelans en la foy de cette promesse. Mais, j'ay desja tant demandé une telle vertu, et cependant je ne Tay point. Oh ! patience, le jour n'est pas passé; ce n'est que le matin, et vous doutez. Attendez au soir de cette vie mortelle; indubitablement, si vous persévérez à demander vous obtiendrez. Les Apostres ne voyoient pas si promptement Nostre Seigneur ressuscité, et les voyla bien tost en perplexité. Oh ! pensoyent-ils en eux mesmes, que nous eussions esté heureux si nous eussions eu un Maistre immortel ! et plusieurs telles raysons par lesquelles ils monstroyent qu'ils estoyent en doute de l'effect de la promesse du Sauveur ; et partant il leur dit pour les accoiser : La paix soit avec vous. Donques le premier sujet qui cause en nous la guerre et qui en chasse la paix n'est autre chose que le manquement de