‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 165 sur 273 · XXX. Pour le mardi de Pâques · texte numérisé non relu

XXX. Pour le mardi de Pâques

foy et d'asseurance es parolles de Nostre Seigneur, et la facilité avec laquelle nous escoutons la multitude des raysons de la prudence humaine.

Le second soldat de nostre esprit est la mémoire, la fidélité duquel venant à faillir le trouble se fait grand en l'ame. La mémoire est le siège de l'espérance et de la crainte. Je sçay bien que l'espérance est en la volonté, mais je veux dire ainsy pour maintenant. La pluspart des troubles que nous avons en nostre ame viennent dequoy l'imagination de la chair présente des souvenirs à Timagination de l'esprit, lesquels estans receus par nostre mémoire, nous nous laissons aller à de vaines craintes de n'avoir pas assez de cecy et de cela, au lieu de nous occuper à nous resouvenir des promesses que Nostre Seigneur nous a faites, et ains}^ demeurer fermes en cette confiance que tout périra plustost que ces promesses viennent à manquer*, et partant les inquiétudes * Matt., xxiv, 35;

T -, 1 r D Marc, xm, 31.

arrivent. La chair employé toutes ses forces contre 1 esprit, attirant de son costé l'entendement et la mémoire pour combattre pour elle.

C'est grand pitié du desgat que ce manquement de paix fait en Famé ; au lieu que nous jouirions d'un grand repos si la mémoire demeuroit ferme au souvenir des promesses divines qui nous asseurent non seulement de la fidélité de Dieu, mais encor de son soin tendre et amoureux pour tous ceux qui se confient en luy et ont logé en sa bonté toutes leurs espérances*. Que nous serions *Thren., m, 35, heureux si nous nous occupions aussi des promesses que non seulement au Baptesme, mais, la pluspart d'entre nous, par le moyen des vœux, nous avons faites à Dieu de luy estre fidelles et de ne nous arrester jamais qu'à ce qui nous pourra rendre plus aggreables à ses yeux ! Si les Religieux et Religieuses accomplissoyent les promesses qu'ils ont faites d'observer fidellement leurs Règles et Constitutions et de suivre les conseils qui leur seront donnés, ils possederoyent, dis-je, la paix en leurs âmes, Nostre Seigneur viendroit en eux et leur diroit : Paix vous soit, comme il fit à ses Apostres.

Le troisiesme soldat de nostre esprit et le plus fort de

tous c'est la volonté, car nul ne peut surmonter la liberté de la volonté de l'homme ; Dieu mesme qui l'a créé ne

*Eccii.,xv, -m, 17,18. veut en façon quelconque la forcer ni violenter*. Néanmoins elle est si lasche que bien souvent elle se laisse gaigner aux persuasions de la chair, se rendant à ses efforts, bien qu'elle sçache que la chair est le plus dangereux ennemy de l'homme ; c'est cette felone Dalila qui tue meschamment le pauvre Samson qui Faymoit si

•Judic, xvi. chèrement*. La chair a des ruses nompareilles pour vain-

cre Fesprit et l'attirer à ses bestiales inclinations ; mais le principal ennemy de la volonté et ce qui la fait estre si lasche que de quitter l'esprit qui est comme son très cher espoux, c'est la multitude des désirs que nous avons

*CLintrod.aiaVie de cecy et de cela*. Bref, nostre volonté est si pleine de

dévote, Partie III, . r

c xxxvir. Tr. de prétentions et de desseins que bien souvent elle ne fait

l'A m. de Dieu. 1. » * 1 1 11 1»

xn cm. nen clue s amuser a les regarder l un après lautre, ou

bien tous à la fois, au lieu de s'occuper à en faire réussir quelques uns des plus proffitables.

Combien avez-vous de désirs en vostre volonté ? dirat-on à quelqu'un. Combien ? je n'en ay que deux. C'est trop, car il n'en faut qu'un ; Nostre Seigneur le dit luy

* Lucœ, x, uit. mesme * : Marie a choisi cet un nécessaire. Et quel est-il cet un ? C'est Dieu qu'il faut vouloir, mes chères Sœurs, et rien autre ; car qui ne se contente pas de Dieu mérite de n'avoir rien. Mais, me repliquerez-vous, ne faut-il pas vouloir aymer le prochain? Puisque vous dites qu'il ne faut aymer que Dieu et ne vouloir que luy seul, pourquoy donques tant de livres spirituels, tant de prédications et tous les autres exercices de dévotion ? Un exemple vous fera entendre cecy : vous regardez cette muraille qui est blanche, et je vous demande ce que vous voyez. Je vois, respondrez-vous, cette muraille qui est blanche. Mais ne voyez-vous point l'air qui est entre elle et vous? Non, me direz-vous, parce que je ne regarde que cette muraille ; et bien que ma veùe passe et traverse parmi l'air qui est d'icy là, néanmoins je ne le vois pas,

* et Tr.de VAm.de d' autant que je n'y arreste pas ma veùe*. De mesme,

Dieu, 1. IX, c. iv. . , . ,. t-\- •

pourriez-vous bien dire, en aymant Dieu je rencontre plusieurs autres choses, comme les livres, les vertus,

Page 1