XXXI. Pour le Dimanche de Quasimodo
à son service, car c'est une nouvelle renaissance spirituelle en laquelle, comme la pluspart des Pères tiennent*, *Vid.s.Athan.,Vita
,,. . , , » j. S.Anton., c. xxxvii,
nous sommes remis en 1 innocence première; c est a dire, et notas ad illum qu'au mesme instant où ceux qui se dédient tout à fait ^y^^^ yitis au service de Nostre Seigneur font cette offrande d'eux Patrum. mesmes, ils sont rendus purs comme des enfans qui viennent d'estre baptizés.
Ce n'est donques pas sans juste rayson que l'on a accoustumé de faire des grandes solemnités en la réception ou Profession des Religieux et Religieuses, puisque ce n'est pas seulement le jour où ils sont sevrés et retirés de la mammelle, de la jouissance des consolations terrestres et périssables, à fin d'estre sustentés de viandes plus solides et qui les nourrissent à l'immortalité, le bon Père céleste les fortifiant petit à petit par l'exercice des vertus appartenantes aux plus forts, telles qu'elles se trouvent en Religion. Ce n'est pas non plus seulement pour ce que c'est le jour de leur naissance spirituelle auquel ils reçoivent la grâce divine et renouvellent les promesses qu'ils ont faittes, ou que Ton a fait pour eux en leur Baptesme, de vivre selon les commandemens de Dieu ; mais ils solemnisent beaucoup plus parfaittement et se resjouissent davantage en cette journée, d'autant que c'est celle de leur renaissance. En effect, ils ne se contentent pas de renouveller les vœux, à sçavoir les promesses d'observer les commandemens de Dieu, ains se résolvent d'entreprendre la prattique des conseils de Nostre Seigneur et de vivre selon la perfection du saint Evangile. Ce que pour mieux faire, ils embrassent la vie religieuse en laquelle ils peuvent plus facilement qu'en nulle autre, demeurer inviolables en leurs resolutions.
Grande donques, pour toutes les raysons que nous venons de dire, doit estre la joye de ces âmes qui se présentent aujourd'huy à fin d'estre dédiées au service amoureux de la divine Bonté. Cependant, la Religion est un continuel exercice de mortification, de renoncement et despouillement de soy mesme ; il faut crucifier la chair avec toutes ses sensualités *, la propre volonté * Galat., v, 24. avec tous ses désirs, renoncer au monde et à toutes les
Religieuses de Visit., art. xi.
* Joan., xx, 28.
* Matt., xvi, 24.
choses terrestres pour n'aspirer plus qu'après les biens éternels et n'avoir plus autre désir que de plaire à Dieu, plus de volonté que la sienne et celle des Supérieurs qui ont la charge des Religieux.
Il me semble que j'ay entendu vos cœurs, mes très
chères Filles, dire telles ou semblables paroles à Nostre
Seigneur, que vous venez maintenant choisir pour vostre
* Coutumier et Di- Espoux et « l'unique objet de » vostre « dilection * : »
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la II est vray, mon Seigneur et mon Dieu *, qu'en la Religion on ne presche que la mortification très entière de nous mesme à fin d'obéir à cette semonce sacrée que vous avez faite * : Quiconque veut estre parfait il est requis et nécessaire qu'il renonce à soy mesme, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Lors que nous venons en Religion l'on ne nous amorce point par les promesses des consolations, comme fait le monde quand il veut attirer quelqu'un à sa suite ; l'on ne nous fait point d'offre de biens terrestres, ni des honneurs, grandeurs ou dignités, ains des humiliations, des abjections, et au lieu des consolations on nous présente des mortifications. Nonobstant tout cela, nous ne laisserons pas de nous venir ranger sous Testendart de vostre sainte protection , estans très asseurées que puisque vostre Bonté nous a appellées à cette manière de vie plus parfaite que la commune des mondains, voire de ceux qui font profession de vivre très chrestiennement dans le monde, vostre mesme Bonté nous fortifiera et nous baillera la grâce de bien faire ce que nous entreprenons * aujourd'huy pour la gloire de vostre saint nom * et pour le salut de nos âmes ; car nous croyons fermement
8; que, selon la parolle de vostre saint Apostre *, si nous mourons avec vous en cette vie, nous ressusciterons avec vous en la gloire.
Oh ! qu'à bon droit et joyeusement pourrez-vous chanter désormais, mes chères Filles : Non fecit taliter*; le Seigneur n'a pas usé d'une telle miséricorde à l'endroit d'un chacun, l'appellant à la suite de ses parfums * et au renoncement de toutes choses pour son amour; grâce bien grande à la vérité, puisqu'elle est un moyen très efficace
* I Thess., v, 24.
* Ps. lxxviii, 9.
* Rom.
II Tira.
vi, 4, 5:
PS. CXLVII, Ult.
* Cant., 1, 3.