XXXIII. Pour la fête de saint Augustin
grand saint Augustin parle de luy mesme au divin livre
de ses Confessions, et comme il raconte d'un style
admirable les liens desquels il estoit enchaisné. Je ne
m'arresteray pas à vous en beaucoup parler, car vous
avez ce livre où vous le lirez avec bien plus de playsir,
parce que vous y verrez les choses tout au long, mieux
que je ne les vous sçaurois rapporter. Je me contenteray
seulement de vous dire ce qui est à mon propos. J'estois,
escrit-il *, lié et enchaisné des chaisnes et liens d'une * Confess., 1. vin,
maudite volupté, avec une volonté enferrée qui faisoit
que de mon plein gré je me vautrois dans mes vicieuses
habitudes.
Les théologiens, parlans des liens dont les hommes sont liés, disent qu'il y en a de trois sortes. Le diable a des liens et cadenes par lesquels il tient les hommes enchaisnés et les rend ses esclaves et sujets. Ces cadenes ne sont autre chose que le péché qui nous rend non seulement esclaves de nos passions, mais encores du démon ; et nul ne nous en peut deslier que la main puissante de Dieu. Ces liens, comme dit le mesme saint Augustin *, nous sont merveilleusement bien représentés * Vide serm. canin par les chaisnes et manottes de fer dont saint Pierre fut c^T^'Je^Am^l lié en la prison*; car, bien qu'il fust emprisonné pour p««ji l. Il, c. «.
Act., xn, o.
la justice, ses liens néanmoins ne laissent pas de nous représenter le péché qui, comme manottes et chaisnes de fer, tient le pécheur si estroittement enserré qu'autre que Dieu ne le peut desenchaisner.
Les seconds liens sont du monde, et ne sont autres que la sensualité et volupté, liens grandement dangereux et difficiles à rompre.
Mais Dieu a aussi des liens, des ceps et cadenes desquels il enchaisné ses serviteurs : les uns sont de fer et les autres d'or. Ceux de fer, comme dit nostre grand Père saint Augustin *, ne sont autres que la crainte des * Enarrat. in Ps. jugemens, de la mort et de l'enfer; ces menaces que acux»§15nous lisons dans l'Evangile et celles par lesquelles l'Apostre saint Paul espouvantoit les roys et les princes, les laboureurs et artisans, les petits et les grans, leur 'Act xvn,3r,xxiv,
j. , * T 1 • ,.i a > 05 ; II Cor., V, 10,
disant* : Je vous advertis qu il y a un souverain Juge u ; Coioss., iv, 1.
326 Sermons recueillis
des vivans et des morts, et c'est à luy à qui vous rendrez compte. Or, plusieurs oyans telles et semblables paroles et redoutans les terribles jugemens de Dieu, faisoyent pénitence, et se laissant enchaisner par la crainte et vive appréhension, ils se convertissoyent. Les liens d'or sont des liens d'amour et dilection desquels Nostre Seigneur lie plusieurs âmes et les rend ses sujettes et esclaves, mais d'un esclavage doux et grandement amoureux. Ce sont ces âmes qui, sans aucune considération de crainte, ains attirées par les suaves et amiables attraits de la dilection de nostre cher Maistre, viennent se dédier et consacrer entièrement à son divin service. Saint Augustin estoit lié de trois divers liens desquels
*Lib.vl,cvi,initio. il parle dans ses Confessions *, mais certes en telle sorte qu'il fait pleurer ceux qui les lisent avec attention, voyant comme ce pauvre jeune homme estoit embarrassé et si fort pressé qu'il ne se pouvoit desprendre. Conside-
* Confess., 1. VI, rez-le enchaisné dans ces maudits liens de la volupté * ;