‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 184 sur 273 · XXXIII. Pour la fête de saint Augustin · texte numérisé non relu

XXXIII. Pour la fête de saint Augustin

enfle *. Il estoit un grand orateur et faisoit des oraisons * 1 Cor., vin, 1. de rhétorique à merveille , d'où vient qu'il se faisoit ainsy redouter, car on ne l'osoit approcher ni entrer en dispute avec luy, crainte d'en sortir confus. Cela l'enfloit davantage, à quoy aydoit encores son bel esprit qui estoit grandement subtil.

J'ay accoustumé de dire qu'entre les beaux et les bons esprits il y a la mesme différence qu'entre le paon et Faigle. Le paon, comme chacun sçait, est un bel oyseau, il a un beau plumage, mais il est grandement vain et orgueilleux. Il fait la roue et esparpille ses plumes ; mais quelles sont ses œuvres ? Il ne s'amuse qu'à des niaiseries; il se nourrit de mouches et de moucherons, et pour cela l'artisan n'en nourrit point, d'autant qu'outre qu'il est inutile en sa maison, il y apporte du dommage, car il monte sur le toit et le descouvre pour chercher des araignes *. Les aigles, au contraire, qui n'ont point cette * Cf.Tr.deVAm.de beauté en leur plumage et cette apparence extérieure, teu* ' ' c' xv' font néanmoins des œuvres plus nobles et solides. On ne les voit presque jamais sur terre, ains elles se guindent tousjours en haut ; aussi les naturalistes disent que c'est le roy des oyseaux, non à cause de sa beauté mais pour sa générosité.

Il en est tout de mesme des beaux et des bons esprits. Les uns estans vains, ne s'amusent qu'à des vaines imaginations, et pour peu qu'ils fassent deviennent enflés à merveille. Au contraire, les bons esprits font des œuvres bonnes et solides et ne s'enflent point, ains deviennent plus humbles et rabaissés. Un petit escolier de rhétorique, sur un petit mot de phrase ou d'histoire se paonnera et deviendra, par manière de dire, un pédant, à sçavoir enflé, vain et superbe. Et que faire à cela ? Les beaux esprits sont sujets à telles vanités et folies ; mais un bon esprit fait, comme j'ay dit, des œuvres bonnes et solides, ne s'enfle ni glorifie point, ains se tient tousjours bas et humble. C'est ainsy que fit saint Augustin après sa conversion : il changea la beauté de son esprit en bonté, ou plustost joignit la bonté avec la beauté, car certes c'a esté le phénix entre les Docteurs, et l'on partage la

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