‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 185 sur 273 · C. II · texte numérisé non relu

C. II

328 Sermons recueillis

gloire entre saint Thomas d'Aquin et saint Augustin, l'un pour la théologie en gênerai, l'autre pour la scholastique en particulier.

Le troisiesme lien duquel saint Augustin estoit lié, Confess., 1. IV, c'est l'avarice , car il enseignoit pour le gain *. Il gaignoit beaucoup à cause de sa grande doctrine et il estoit fameux et renommé par tout. (Il n'estoit pas de grande extraction, mais ouy bien d'une bonne famille, quoy que pauvre. Il avoit des frères et des sœurs ; il confesse luy mesme et n'a point honte de le déclarer,

* Contra Acad., l. qu'il fut entretenu aux estudes par un gentilhomme *.

O Dieu, cela ne se diroit pas par un homme de nostre temps !) Or, il estoit avaritieux. C'est un puissant lien que celuy cy ; car, par le moyen de son gain, il avoit de grandes prétentions et espérances de s'enrichir et avancer.

O Dieu, qu'il failloit bien une main toute puissante pour le deslier de tant et de si fortes chaisnes ! Helas ! qui pourroit concevoir les combats et convulsions qu'enduroit cette pauvre ame lors qu'elle vouloit reprendre sa liberté et se desfaire des fers et manottes dont elle estoit enferrée ? Mais lors que Dieu, par sa miséricorde infinie, eut touché ces liens, se sentant en liberté, il commença, comme tout ravi, à chanter le cantique des

• Ubi supra, p. 324. miséricordes divines et s'escria saisi d'estonnement * :

Dirupisti vincula mea ! O Seigneur, mon Dieu, vous mave\ deslié des fers et cadenes de mes passions, vicieuses coustumes et habitudes. O Dieu, combien grans sont les effects de vostre puissance et miséricorde !

Or, plusieurs, comme saint Augustin, sont ainsy desliés par le mesme Seigneur quand ils viennent en Religion. Aucuns y viennent chastes, libres de toutes voluptés ; d'autres ne sont point avaritieux et quittent volontairement toute possession temporelle pour se faire pauvres. Toutefois, l'on délaisse bien souvent la terre et autres telles bagatelles, mais il y en a peu qui abandonnent leurs prétentions comme il faut, et qui soyent entièrement quittes de l'avarice intérieure. On a tant de désirs, tant de belles espérances ; on est si peu vuide de son propre

Page 1