XXXIII. Pour la fête de saint Augustin
interest ! Et quant à ce qui est de la vanité, certes, je ne sçay s'il y en a pas un qui en soit libre. C'est un mal commun et universel, il y en a fort peu qui ne soyent enlacés dans ses filets, et saint Augustin en parlant dit * : * Cf. Confess., 1. X,
0 ce. XXXVI-XXXVIII.
J'ignore si quelqu'un est exempt de vanité, de complaisance de soy mesme, de sa propre estime ; si cela est je n'en sçay rien, mais pour moy je ne suis pas du nombre, car je suis homme pécheur *. * Lucae> v> 8-
O Dieu, comme après sa conversion ce glorieux Saint estoit contrit et humilié *, combien rabaissé et plein *Ps. 1,19. de reconnoissance des grâces qu'il avoit receuës de la souveraine Bonté ! Avec quel ressentiment de dilection s'escrioit-il : Que rendray-je au Seigneur pour tant de biens qu'il m'a faits? Puis, cherchant en soy avec un esprit tout plein d'une humble et amoureuse gratitude, il disoit* : Je luy sacrifier ay un sacrifice de louange. *ut>i supra, p. 324.
Que veut il signifier par ces paroles? (Elles sont prises d'une de ces phrases hébraïques qui ont certes une propriété admirable pour bien représenter ce qu'elles expriment.) Il y a mille interprétations sur icelles, mais je me contenteray de celle cy. Sacrifier un sacrifice de louange n'est autre chose que louer et glorifier Dieu pour ses miséricordes. Louer la divine Majesté est un acte que tout homme est obligé de faire et duquel personne ne se peut exempter. On ne peut nier le devoir qu'un chacun a de louer Dieu à cause de ses bienfaits, non plus que Ton ne sçauroit nier qu'il y a un Dieu créateur et gouverneur du monde. Les philosophes payens ont esté contrains de le confesser, encores qu'ils ne fussent pas esclairés de la lumière de la vérité. Un Ciceron, comme plusieurs autres, a librement reconneu qu'il y avoit une Divinité, et qu'autre qu'elle ne pouvoit créer l'homme, ni régir et conserver ce grand univers *. *DeLeg.,i.i,c.yn,
. ° 1. II,c.vn; De Nat.
Et la doctrine chrestienne nous enseigne qu'il faut en Deor., passim. tout temps louer Dieu * : en beuvant, en mangeant, en * Ps- xxxm, 1. veillant et dormant, de jour, de nuit*, d'autant qu'en *Cf. I Cor., x, 31; tout temps nous sentons les effects de sa miséricorde. Tous les bons Chrestiens le font lors qu'ils assistent aux Offices ou vont aux églises pour connoistre Dieu, le louer
33° Sermons recueillis
et adorer, et lors que parmi leurs autres occupations ils le bénissent et invoquent.
Mais saint Augustin ne dit pas simplement qu'il chantera ses louanges, ains qu'il luy sacrifiera un sacrifice de louange, pour monstrer qu'il n'entend pas seulement parler de ceux qui, comme le commun du peuple, louent Dieu, ains d'une sorte de gens comme ceux qui en ont receu des grâces particulières. Ils se retirent pour cela de la meslée du monde, se dédient et consacrent au service de Nostre Seigneur, et là ils offrent un sacrifice de louange, qui n'est autre chose que de dire de cœur
* Cf. Is., xxix, 13 ; et d'esprit ce qu'ils disent de bouche*, accompagnant
Matt.,xv, 8. , \ ^ n . ,,
leurs chants, psalmodies, hymnes et cantiques d une amoureuse et douce attention qui recrée le Bien-Aymé de nos âmes.
C'est ce que le divin Espoux a signifié lors que parlant •Cap.v, i,vi, i,a. de l'Espouse au Cantique des Cantiques*, il dit : Ma bien-aymée, ma mie qui est parmi vous et que vous connoissez, laquelle s'est donnée toute à moy, ne prend playsir qu'à me louer et me repaistre des fruits de son jardin ; et non contente de m'en donner les fruits, elle me donne encores l'arbre. Ailleurs, descrivant la beauté de cette Sulamite, il conclut en fin : Ma bien-aymée est
* Cap. iv, 9. telle qu'elle blesse mon cœur*; elle ressemble à des
* Cap. vi, 3, vu, 1. chœurs et à des armées*. Et qui est cette Sulamite hujus0Edit.,pp!2os sinon l'ame dévote ? Qu'est-ce que des chœurs sinon des 2o6- lieux designés pour chanter les louanges divines ? Donc,
l'ame dévote qui s'essaye de louer et glorifier Dieu ressemble à des chœurs. Mais le divin Espoux ne se contente pas de cela, ains dit encores qu'elle ressemble à des armées. Quelles sont ces armées sinon les diverses affections d'amour, d'humilité, componction et soumission avec lesquelles elle accompagne les louanges qu'elle chante à son Bien-Aymé ?
Cette douce Sulamite donques est semblable à des chœurs et à des armées, car elle accompagne ses louanges d'affection et ses affections de louange ; elle donne les fruits de son jardin lors quelle loue, et l'arbre, lors qu'elle unit aux louanges ses affections amoureuses ;