‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 187 sur 273 · XXXIII. Pour la fête de saint Augustin · texte numérisé non relu

XXXIII. Pour la fête de saint Augustin

et avec cette belle variété elle va, comme une armée céleste, mettant en fuite les ennemis de Dieu, qui ne taschent rien tant sinon d'empescher ce saint exercice. Si le diable pouvoit louer la divine Majesté il ne seroit pas diable ; et on voit en ce grand divorce et rébellion qui se fit au Ciel, duquel nous ne dirons point icy la cause ni comme il advint, que le diable ne devint diable que parce qu'il ne voulut pas louer son Créateur. Ce que voyant, le grand Archange saint Michel s'escria : Qui est comme Dieu ? qui est comme Dieu * ? Ce qu'il répéta * Vide supra, p. 104. souventesfois, et fut suivi de tous les autres Esprits bienheureux qui respondirent de chœur en chœur ce mesme mot : Qui est comme Dieu ? et donnèrent par ce moyen la fuite à Lucifer et à ses complices. Ceux cy furent donc précipités en l'abisme pour n'avoir voulu entonner ce divin motet comme les autres Anges, lesquels furent confirmés en grâce. Certes, il n'y a point de meilleur moyen que celuy cy pour donner la fuite au diable, parce que le misérable ne peut supporter les louanges de Dieu ni de le voir adorer et glorifier.

Or, nous pouvons dire que l'ame de saint Augustin fut cette amante Sulamite parce que dès l'instant de sa conversion il ne cessa jamais de louer Dieu, de jour, de nuit, en beuvant, en mangeant, en parlant, en escrivant, chantant les cantiques de sa miséricorde et de sa grâce. Il estoit si dévot à cette divine grâce qu'il ne se pouvoit rassasier non seulement de l'exalter, mais encores de parler et escrire à sa louange ; il réfute d'une éloquence admirable ces hérétiques qui en nient l'efficacité, et par ses escrits et disputes démontre que leurs doctrines sont des resveries. En somme, aux livres et traittés qu'il a faits sur la grâce, il en parle avec tant d'efficace et d'un style si haut et si éloquent qu'il surpasse tous les autres Docteurs, de sorte que l'on voit clairement combien il l'aymoit et prisoit.

Mais la Sulamite de l'Espoux sacré est encores entendue de l'Eglise. Qu'est-ce en effect que l'Eglise de Dieu sinon des chœurs et des armées, et qui sont ces chœurs sinon, comme j'ay desja dit, tous les Chrestiens qui

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chantent continuellement les louanges divines en toutes sortes d'estats et de conditions ? Saint Louys (duquel nous avons célébré la feste ces jours passés), le plus grand Saint entre les roys et le plus grand roy entre les Saints, estoit arrivé au plus haut point de la perfection chrestienne. Il est un mirouër aux roys et à tout le peuple ridelle, il a fait de grans exploits pour la foy de Jésus Christ ; néanmoins il n'estoit point Religieux, ains séculier. Toutefois, par ces chœurs et ces armées nous devons entendre particulièrement les Religieux et ecclésiastiques, lesquels non seulement louent Dieu par •Ephes., v, 19, 20; psalmes, hymnes et cantiques *, ains de plus, tant par

Coloss., m, 16. i 1 c ' .' « 1

les sermons que par les fonctions propres a leur estât, taschent d'attirer les autres à la connoissance de la vérité, à fin de les exciter à louer Dieu.

Et que la prudence humaine ne vienne point apporter icy ses raysons et dire : Oh ! cela est bon pour les ecclésiastiques, prédicateurs et docteurs, lesquels par leurs labeurs continuels assistent au public ; mais à quoy servent ceux qui sont enfermés dans ces cloistres ? A rien ; ils sont inutiles à l'Eglise de Dieu. Ce sont les discours des mondains. C'est grand cas que cette prudence humaine prétend tout gouverner et en veut tousjours à ceux qui ont choisi la vie contemplative. Ceux-là, disent-ils, ne font rien. O Dieu, les pauvres gens ! ils sont aveugles en leurs opinions. Ils ne sçavent pas que le Seigneur se plaist en ces cloistres et lieux retirés. Le chant des Religieux n'est pas si haut que celuy des autres, mais il est plus mélodieux ; ils ressemblent aux oyseaux qui sont dans des cages pour recréer leur maistre par leur gazouillement.

Il y a deux sortes d'oyseaux dans les maysons des grans : les uns ne chantent pas et les autres chantent. Ceux qui ne chantent pas sont les esperviers, qui vont tousjours à la queste pour apporter quelque provision à * Cf. supra, p. 49. leur maistre*. Ils représentent les Evesques et pasteurs qui veillent sur leurs troupeaux, qui sont en continuelle action pour gaigner quelque ame à Dieu et, comme de vaillans soldats, font de bons exploits en la sainte Eglise.

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