XXXIII. Pour la fête de saint Augustin
surprise ; vous ne pouvez vous accommoder aux personnes d'une humeur contraire à la vostre ! Il y en a à qui la nature a donné de grans advantages et il est bien facile de s'accommoder avec elles ; d'autres n'ont pas ces qualités, elles ont au contraire je ne sçay quoy qui répugne à nos inclinations. Mais certes, l'amour effectif franchit tout cela et quitte ses propres humeurs pour se conformer en tout et par tout à celles des autres.
Saint Augustin disoit une parole que nous devrions tous graver sur le frontispice de nos chambres ou plustost de nos cœurs : O Dieu, dit-il*, qu'il seroit à souhaiter *Cf.Confess.,l.x,
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que l'on n'aymast que vous, qu'on vous aymast en toutes s'.Auw. circamed.
choses et qu'on n'aymast aucune chose sans vous! Mais, o glorieux Saint , vous voulez que l'on n'ayme que Dieu ; ne faut-il pas aussi aymer ses amis ? Ouy, mais en Dieu. Et ne faut-il pas aussi aymer ses ennemis ? Ouy, mais pour Dieu. Que nous serions heureux si nous observions cecy ! Il s'en trouve prou qui chérissent leurs amis, mais ils ne les ayment pas en Dieu, car ils commettent de grandes injustices pour les favoriser, et les ayment aux despens de l'honneur et gloire de Dieu. Et encores ce n'est pas grande merveille d'aymer ses amis, c'est naturel, les payens en font bien autant ; mais d'aymer ses ennemis, o certes, voyla qui est digne d'un vray Chrestien. Or, cela est bon pour prescher en public; revenons donques à cet amour qui nous fait mourir à nous mesme par une abnégation entière et absolue. Saint Augustin, dit au sujet de ces paroles addressées par Nostre Seigneur à Magdeleine, Va-t-en à mes frères* : * Cf. Médit, (in AP- Pour marcher il faut faire deux pas : mourir et renoncer xxxvii; S. Grïgor! à toutes les choses qui sont hors de nous, et mourir et Mag.,hom.xxxnin
Evang., § 1.
renoncer a soy mesme, qui est le plus difficile. On en trouve assez qui, venant en Religion, renoncent à toutes les commodités, biens et amis; mais on en trouve peu qui renoncent absolument à eux mesmes par cette parfaite et entière abnégation. Plusieurs disent bien qu'ils ayment les travaux, et mesme qu'ils les désirent, mais peu les souffrent avec la perfection requise.
En fin (car il faut que je finisse) ce grand Saint, estant
Serm. III
3)8 Sermons recueillis
parfaittement mort et anéanti en soy mesme, se plaint à
* Cf. Ribad., Vita Nostre Seigneur en ces termes * : O Seigneur, faites que
S.Auer.,circafinem. . , ~ . . , . ,
je meure a nn que je ne meure pas ! Monstre^ moy
* Ps. lxxix, 4,8, 20. vostre face, o mon Dieu *. Mais sçachant qu'homme mor-
* Gen., xxxn, 30; tel ne peut voir Dieu *, il demande de mourir à fin de ne
Exod., xxxiii, 20;
cf. Deut., v, 24-26. pas mourir ; comme s'il disoit : L'amour que vous m avez donné pour vous est si grand que vivre sans vous m'est une mort ; c'est pourquo}^, Seigneur, faites que je meure à fin que je ne meure pas, car vous voir c'est ma vie.
*Cf. Ps. supra dtat. Ouy, en vérité nostre vie consiste à voir la face de Dieu *. De ce grand amour de Dieu procedoit celuy du prochain. Ce glorieux Saint fut mesme tenté du désir d'opérer des miracles en faveur de ce prochain, tant il souhaittoit de luy faire du bien et de l'ayder en ses misères. Il estoit si charitable qu'il ne se gardoit rien. Quelque personne lu}^ ayant un jour demandé ce que certes il n'avoit pas, il lu}^ respondit franchement : Je
*Ribaden., Vita s. n'ay pas ce que vous me demandez*. Mais comme elle continuoit à l'importuner, Augustin s'addressa à Nostre Seigneur, le priant de le luy octroyer ; néanmoins, adjousta-t-il, Seigneur, si vous ne me le voulez pas donner, donnez-le luy vous mesme. Sa charité passa si avant qu'estant proche de sa mort on le sollicita de faire son testament, et il dit : Hé, je vous prie, ne me pressez pas de le faire. Or, comme on l'en importunoit fort il ne
* Possid., Vita s. se trouva rien *.
ug'' c Avant que de finir, disons encores ce mot que saint
•Cf. serm. ix. Augustin escrit en un autre endroit*: O Dieu, est-il
possible que l'on sçache que vous estes Dieu et que l'on ne vous a}rme pas! Certes, c'est chose pitoyable en cet aage que nous sçachions que Dieu est Dieu, que nous le croyions et que nous ne l'aymions pas. C'est ce que Nostre Seigneur dit comme en se plaignant : Si quel-
* joaa.,xiv, 23, xn, qu'un m'ayme, qu'il me suive*. Si quelqu'un niayme;
voyez-vous, il monstre en cela que le nombre de ceux qui l'ayment est petit.
(*) Mais achevons par la mort amoureuse de saint
(1) Les dix-sept lignes qui suivent sont inédites»