‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 192 sur 273 · XXXIV. Pour la fête de saint Nicolas de Tolentin · texte numérisé non relu

XXXIV. Pour la fête de saint Nicolas de Tolentin

Nostre doux Seigneur et Sauveur est le chef, le défenseur et capitaine non seulement de cette armée ains encores de chaque combattant. Or, bien que le Père éternel l'aye constitué et déclaré gouverneur d'icelle * et * Ps. n, 6. qu'il en soit unique et souverain Capitaine, si est-ce qu'il s'est trouvé tant de douceur et clémence dans le cœur de nostre cher Maistre qu'il a voulu que d'autres participassent à la gloire d'estre chefs de cette milice, mais sur tout la sacrée Vierge, laquelle en a esté comme la capitainesse principalement du sexe féminin, quoy que Nostre Seigneur ne laisse pas pour cela d'en estre Maistre et gouverneur absolu, et d'une façon souveraine. Lors que Dieu créa . Adam il le fit père de tout le genre humain, des hommes et des femmes esgalement ; néanmoins il créa la femme, que nous appelions nostre mère Eve, qui est comme la capitainesse du sexe féminin. Ce n'est pas pour cela qu'Adam ne soit le chef absolu des deux sexes; oh non, mais Eve participe en quelque façon à la gloire qu'il en reçoit.

Certes, quand Dieu délivra les Israélites de l'Egypte pour les mener en la terre de promission, il les mit sous la main et conduite de Moyse, lequel fut déclaré pour capitaine et conducteur de ce peuple. Et lors que, par inspiration divine, il commanda à toute son armée de passer à travers la mer Rouge pour eschapper la furie et tyrannie de Pharaon qui la poursuivoit, la mer se séparant laissa le chemin sec et libre aux Israélites, et engloutit et submergea les Egyptiens*. Ce que voyant, Moyse en- *Exod.,xiv, 26-31. tonna son beau cantique avec un ressentiment intérieur inconcevable, s'accompagnant de fifres, de hautbois, tambours et flageolets. Mais l'Escriture sacrée remarque qu'en ce mesme temps Marie sa sœur chantoit le mesme cantique avec celles de son sexe, comme capitainesse et chef d'iceluy, ayant aussi des fifres et flageolets*. Ce * ibid., xv, mi. n'est pas que Moyse ne fust gouverneur et conducteur de toute l'armée esgalement, des femmes comme des hommes ; néanmoins Marie sa sœur participoit à cette gloire, d'autant qu'elle estoit comme la conductrice de celles de son sexe. Cela ne se faisoit pas seulement pour

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la bienséance et civilité, mais comme remarque l'Escriture, d'après l'ordonnance de Dieu, qui monstra souvent par diverses figures et exemples les faveurs et grâces qu'il devoit faire à la sacrée Vierge Nostre Dame.

Or, la divine Providence a permis qu'estant encores dans l'octave de la Nativité de cette sainte Vierge, ces filles ont demandé l'une d'estre receuë à l'habit, l'autre à la Profession. O que leur entreprise est grande! car c'est un combat et une continuelle guerre qu'elles livrent au monde, à la chair et à elles mesmes, sous l'estendart et protection de nostre très chère Maistresse. C'est pourquoy il faut que nous regardions comment cette sainte Vierge a vaillamment triomphé de ces trois adversaires, dès sa première entrée en cette vie ou en sa sainte nativité. Certes, cette glorieuse Dame a esté un miroùer et abbregé de la perfection chrestienne ; mais bien que Dieu l'aye fait passer par tous les estats et degrés pour servir d'exemple à tous les hommes, si est-elle le particulier modèle de la vie religieuse.

Elle a esté d'abord sujette à sa mère; elle est demeurée dans sa famille pour monstrer aux filles et enfans l'honneur et sujétion qu'ils doivent rendre à leurs parens et avec quel esprit ils se doivent tenir en leur mayson. Elle fut présentée au Temple en sa jeunesse, n'ayant que Vide supra, p. 127. trois ans *, pour apprendre aux pères et mères avec quel soin ils doivent eslever leurs enfans et avec quelle affection ils les doivent instruire en la crainte de Dieu et les porter à son service. Elle fut encores en cela l'exemple des filles qui se consacrent à la divine Majesté. Puis elle fut mariée, pour estre le miroùer des mariés, et en fin vefve. La divine Providence l'a donc fait passer par tous les estats à fin que toutes les créatures puissent puiser en elle, comme en une mer de grâce, ce qu'elles auront besoin pour se bien former et dresser en leur condition.

Il est vray néanmoins qu'elle a particulièrement esté, comme j'ay dit, le miroùer de la vie religieuse ; car dès sa nativité elle prattiqua très excellemment cette parfaite abnégation du monde, de la chair et de soy mesme, en laquelle consiste la perfection chrestienne. Quant au

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