XXXIV. Pour la fête de saint Nicolas de Tolentin
exprimer les peines et convulsions qui se passoyent alors
dans ce cœur sacré ! Néanmoins nous voyons qu'il suffit
à cette sainte Dame de sçavoir que c'estoit la volonté
du Père éternel que son Fils mourust et qu'elle le vist
mourir, pour la faire tenir debout au pied de la croix * *Joan., xix, 25.
comme aggreant et acceptant cette mort.
Saint Augustin, parlant de la verge de Jessé, après avoir fait un long et beau discours * que je ne rapporteray * Serm. xxxi,in Ap. pas à cause de sa longueur, car il nous faudroit du temps infiniment, dit que cette verge ressembloit à l'amande ; ce qu'il applique à Nostre Seigneur. Je finiray par icy cette exhortation , en vous monstrant comme nostre cher Maistre et Sauveur a fait excellemment cette abnégation. Saint Augustin explique donques que l'amande a trois choses remarquables : la première c'est la bourse qui est toute bourrue, la seconde c'est l'escorce ou le bois qui environne le noyau, la troisiesme c'est le noyau. Cette bourse qui est au dehors représente l'humanité de Nostre Seigneur qui a esté toute noircie et tellement meurtrie de coups qu'il a dit * estre un ver et non un * Ps- XXI> homme. Le noyau, qui non seulement est doux et bon à manger, mais qui estant broyé est encores propre à faire de l'huile pour esclairer et illuminer, nous signifie la Divinité. L'escorce nous représente le bois de la croix sur lequel Nostre Seigneur a esté attaché et tellement pressé qu'il a jette l'huile de miséricorde ; il a aussi esclairé en telle sorte qu'il a délivré le monde de ses ténèbres et ignorances. C'est sur ce bois que nostre cher Sauveur et souverain Capitaine a fait ce parfait renoncement de luy mesme ; c'est à cette croix que tous les Saints se sont attachés, ce sont ces douleurs qu'ils ont pris pour sujet particulier de leurs oraisons; et certes, le vray Religieux doit tousjours avoir la Croix et le Crucifix devant ses yeux pour apprendre de luy à se bien quitter et renoncer. Et bien que la bonté de Nostre Seigneur soit si grande que de faire quelquefois gouster la douceur de sa Divinité, accordant quelque grâce et faveur aux âmes, si est-ce que pour cela nous ne nous devons point oublier des amertumes qu'il a souffert pour
Sbrm. III 2s
354 Sermons recueillis
nous en son humanité ; car je Fay dit et le diray et ne me lasseray jamais de le redire, la Religion « est un mont de Calvaire » où il se faut crucifier avec Nostre
* Constit. XLiv. Seigneur et Maistre pour régner « avec luy *. »
Mais pour finir par le glorieux saint Nicolas Tolentin, je vous diray qu'ayant fait ces trois renoncemens dont nous avons parlé et s'estant bien crucifié en la Croix de nostre Sauveur, il voulut qu'à l'heure de sa mort on luy apportast ce bois sacré ; puis, le voyant et l'embrassant
* In Actis ejus. il s'escria, comme un autre saint André * : « O bonne
Croix, o Croix tant désirée, o Croix, je te salue! » O Croix unique, o Croix pretieuse, sur laquelle demeurant et m'appuyant comme sur un baston très asseuré, je passe à pieds secs la mer tempestueuse de ce monde. Estant donques tout transformé es douleurs de Nostre Seigneur, il mérita que ce divin Sauveur s'apparust à luy à l'heure de sa mort, appuyé d'un des bras sur la sacrée Vierge et de l'autre sur saint Augustin. Lors Jésus Christ luy dit : Viens, mon « fidelle serviteur, » qui m'as si bien servi sous la Règle quej'avois donnée à ton Fondateur; « viens
* Respons. ium ad posséder la couronne qui t'est préparée *. »
Matut. Conf. Pont. .~ , 1 t--h
et Virg.; cf. Luc, O que vous serez heureuses, mes chères .billes, si vous xix, 17; jac, 1,12. faites ce renoncement absolu du monde, de la chair et de vous mesme, et si vous vivez désormais en l'exacte observance des Règles et Constitutions qui vous ont esté données de la part de Dieu. En ce faisant vous aurez sans doute la mesme faveur que saint Nicolas receut de Nostre Seigneur, de Nostre Dame et de saint Augustin, puisque vous estes filles d'un mesme Père et d'une mesme Mère que luy. Si vous avez fidellement gardé vos Règles, le Sauveur viendra asseurement vous recevoir à l'heure de vostre mort avec la sacrée Vierge, sinon visiblement, car il ne le faut pas désirer, du moins invisiblement pour vous introduire en la vie éternelle, où nous conduisent le Père et le Fils et le Saint Esprit. Amen.