‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 199 sur 273 · SERMON POUR UNE VÊTURE · texte numérisé non relu

SERMON POUR UNE VÊTURE

17 octobre 1620 (0

(Inédit)

L'honneur que la sainte Eglise a tousjours porté à la sacrée Vierge a esté cause qu'outre les festes qu'elle solemnise le long de l'année, elle en fait encores une particulière qui est celle que nous célébrons aujourd'huy ; je veux dire que l'Eglise, pour monstrer le grand honneur et amour qu'elle professe pour cette sainte Dame, luy dédie le samedi de chaque semaine quand en iceluy il n'escheoit point de feste double.

Or, à la sainte Messe de ce jour on recite pour l'ordinaire l'Evangile* où il est dit qu'une bonne femme * Luc», xi, 27, 28. oyant parler Nostre Seigneur s'escria : Bienheureux est le ventre qui fa porté et les mammelles qui t'ont allaitté. Mais le Sauveur, par un saint contreschange luy respondit : Bienheureux sont ceux qui es coûtent la parole de Dieu et la gardent. Voyez-vous par où commence cette femme qui veut louer Nostre Seigneur? Par le ventre qui Y a porté et par les mammelles qui l'ont allaitté ; comme si elle eust voulu dire, poussée de la grande estime qu'elle avoit conceùe de la grandeur et excellence de nostre divin Maistre : O qu' heureux

(1) La date du jour est précisée par le Manuscrit, dans lequel ce sermon est précédé de ce titre : Pour la veille de saint Luc. Or, comme la seule cérémonie de Vêture (celle des Sœurs Paule- Jéronyme et Marguerite- Scholastique Favrot) qui ait eu lieu à Annecy le 17 octobre se rencontrait en 1620, il n'y a pas de doute que cette allocution ait été prononcée pour la circonstance. (Voir l'Année Sainte, tome V, p. 70, et tome XII, p. 340.)

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sont le ventre qui fa porté et les mammelles que tu as succèes ! et par conséquent, que la Dame qui a esté esleùe pour ta mère est bienheureuse !

Et nostre Sauveur approuvant son dire : O femme, luy respond-il, il est vray ; car quel Chérubin ou autre Esprit céleste se peut vanter qu'il ayt esté dit de luy : *Heb.,i,5.Cf.supra, Celuy-cy est mon Fils*? Il n'y en a pas un duquel ayt esté prononcée cette parole amoureuse. De mesme il n'est pas de Séraphin ni de créature quelle qu'elle soit, hormis Nostre Dame, à qui le Sauveur ayt dit : Vous estes ma Mère. O non certes, ces paroles : Celuy cy est mon Fils, ne sont dites ni pour Chérubin ni pour Séraphin, ains seulement pour nostre Sauveur, qui est luy seul vray et légitime Fils du Père éternel. Et le tiltre de Mère de Dieu est réservé à la sacrée Vierge qui l'a porté dans ses chastes entrailles où il prit chair humaine. Voyla pourquoy, o femme, il est vray ce que tu dis ; mais d'autant que le sein et les mammelles que tu loues n'ont point d'intelligence et par conséquent ne méritent point de louanges, je t'asseure que bienheureux sont ceux qui entendent la parole de Dieu et la gardent. Et quoy que ma Mère soit bienheureuse d'estre Mère de Dieu, néanmoins elle l'est en quelque façon davantage pour avoir entendu cette parole et l'avoir gardée. •

Or, bien que le texte de cet Evangile soit fort court, néanmoins si je me voulois arrester sur toute l'histoire d'iceluy je serois extrêmement long. J'ay desja plusieurs *Videsupra,pp.9o- fois, et mesme en ce lieu icy, parlé sur ce sujet*, mais 92, 1 1,231,232. .j me reste quelques choses à dire qui me semblent bien à propos touchant l'action que nous allons faire à présent. Laissant donques les premières paroles prononcées par Nostre Seigneur pour considérer la dernière, je diviseray ce mien discours en trois points : au premier nous verrons que c'est qu'ouyr la parole de Dieu ; au second, comme il la faut garder ; au troisiesme, comment sont bienheureux ceux qui l'oyent et qui la gardent.

Quant au premier, Dieu a coustume de nous enseigner sa volonté et faire entendre sa parole en trois façons. La première c'est par le moyen des hommes qui ont

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