‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 200 sur 273 · XXXV. Pour une Vèture · texte numérisé non relu

XXXV. Pour une Vèture

l'intelligence et connoissance de la Sainte Escriture, comme les docteurs et prédicateurs qui journellement nous preschent et annoncent la divine parole, la laideur du vice et la beauté de la vertu. Certes, nous les devons escouter avec beaucoup de révérence et attention, comme aussi nos Supérieurs et toutes personnes inspirées et esclairées de l'Esprit de Dieu, par lesquelles il nous signifie ses volontés et son bon playsir. Mais ces paroles, quoy qu'inspirées de Dieu, sont paroles d'hommes, et pour l'ordinaire ne demeurent pas dans les cœurs, ou au moins fort peu. Ce n'est pas que l'on n'entende bien les semonces qui nous sont faites tant par les prédicateurs que par les Supérieurs; l'on en est mesme quelquefois touché, mais pour la pluspart des Chrestiens ces enseignemens ne font que passer par une oreille et sortir par l'autre.

O Dieu, d'où vient qu'ils produisent si peu de fruits ? car nous sommes Chrestiens, disons-nous, et comme tels nous escoutons de la voix des hommes la parole divine*. Il est vray que nous sommes Chrestiens, mais * i Thess., n, 13. helas, nous nous contentons d'en porter le nom sans ouyr comme tels cette parole sacrée, car nous y apportons si peu d'attention, de foy et de dévotion qu'elle ne peut faire ses effects dans nos cœurs. Pourtant nous croyons ce qu'on nous dit. Sans doute, ce nom de Chrestien veut que nous y croyions ; cependant cette cro}^ance et cette foy est toute endormie ; voyla pourquoy ce qu'on nous presche et enseigne ne nous proiïïte point. De plus aussi, ces sacrées semonces sont proférées par les hommes qui ne peuvent pas donner à leurs discours la force et vertu qu'ils desireroyent. Ils ont beau crier, exhorter, se peiner, si la vertu de Dieu ne les anime et que de vostre costé vous n'y apportiez quelque disposition, rien ne vous en demeurera dans le cœur.

Dieu a encores une autre façon de parler à ses créatures : c'est par le ministère des Anges. Cette-cy est plus relevée et fait dans les âmes de merveilleux effects. Toute la Sainte Escriture en est pleine. Ces bienheureux Esprits annoncent aux hommes les divins vouloirs avec une telle force que leurs paroles sont en quelque façon

Sermons recueillis

* Judic, xni, 20 ; Tob., xn, 16; Dan., x, 9, 16, 17.

* Apoc, xix, 10, xxii, 8.

*Exod., xxxiii, 11 ; Num., xn, 8.

* Cf. supra, p. 338, lin. 4.

* Comin. in Galat., ad 111, 19.

* Exod., xxxiv, 29; II Cor., m, 7.

* Cf. Osée, 11, 14.

*Cf. IIIReg.,v,i2; I Par., xxviii, 19.

operatives et apportent quant et elles un certain respect et révérence. En tesmoignage dequoy tous ceux que la divine Majesté a tant favorisés en leur enseignant ses volontés et son bon playsir par le moyen de ces glorieux messagers, se sont tousjours grandement humiliés, les uns se jettant par terre en signe de profond abaissement, les autres escoutant avec crainte et tremeur ce qui leur estoit dit par iceux *. Voire, il y en a qui les ont voulu adorer *, pensans voir Dieu mesme qui leur parloit, tant estoit grande la majesté de ces célestes Esprits et merveilleux les effects que leurs paroles operoyent dans les cœurs, le Seigneur s'en servant pour ridelles interprètes de ses volontés. Il est escrit * que Dieu parla à Moyse sur la montagne de Sina cœur à cœur, bouche à bouche; toutefois il est dit aussi ailleurs * que Dieu ne parla jamais à aucun homme. Cependant saint Hierosme *, fldelle interprète de la Sainte Escriture, tient que ce fut vrayement Dieu, mais par le ministère des Anges. Que s'ils parlèrent à Moyse, suivant l'opinion de ce Docteur, o Dieu, combien grans furent les effects que leurs paroles opérèrent en iceluy * !

Mais la troisiesme façon par laquelle Dieu se fait entendre aux hommes est très admirable et familière : ses effects sont tout autres, car il leur parle intérieurement*. Il entretient Moyse cœur à cœur et luy enseigne ce qu'il doit faire touchant la conduite des Israélites, et en tant d'autres choses desquelles il l'instruisoit si clairement et confidemment, tantost par ses Anges, comme nous avons dit, et tantost par luy mesme. Il apprit à Salomon comme il devoit bastir le Temple * ; il a aussi parlé à tant d'autres saints personnages, et ses paroles ont opéré ce qu'elles disoyent.

Mais, mon Dieu, que cette divine parole est admirable ! elle s'escoule dans l'ame avec tant de douceur, elle la pénètre, l'embrase et demeure en icelle. Certes, il est très vray que le fond du cœur est réservé à Dieu seul et qu'il n'y a que luy qui le puisse pénétrer. Ce sont ces advertissemens que Nostre Seigneur a prononcés en cent endroits de la Sainte Escriture : Va, vens tout ce

Page 1