‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 201 sur 273 · XXXV. Pour une Vêturé · texte numérisé non relu

XXXV. Pour une Vêturé

que tu as et me suis*. Et ailleurs : Quiconque veut *Matt., xix, 21. venir après moy, qu'il renonce à soy mesme, prenne sa croix et me suive *. Puis aussi en d'autres endroits : * Ibid., xvi, 24. Bienheureux sont les pauvres d'esprit, car le Royaume des deux est à eux; bienheureux les débonnaires, car ils posséderont la terre*. Et plusieurs tels enseigne- * ibid., v, 2, 3. mens sortis de la divine bouche de nostre cher Sauveur, lesquels estans entendus de grand nombre de personnes ont fait et font encores aujourd'huy de si merveilleux effects. Ils ont pénétré et sondé le fond de leur cœur, et leur ont fait quitter tout ce qu'elles avoyent pour suivre Nostre Seigneur où il les appelloit ; et ce contre l'esprit et jugement du monde qui condamne et tient pour folie le tiltre de bienheureux que nostre divin Maistre donne aux pauvres d'esprit *. Bienheureux sont ceux * Cf. supra, p. 344. qui escoutent la parole de Dieu et la gardent.

Un jour le grand saint Antoine ayant receu des lettres de l'Empereur et voyant ses Religieux tout estonnés de l'honneur que ce prince luy faisoit, il les reprint en leur monstrant leur aveuglement. Et quoy, dit-il, vous vous estonnez que l'Empereur qui n'est qu'un homme comme un autre m'ayt escrit et envoyé un de ses ambassadeurs, et vous ne vous estonnez point que Nostre Seigneur nous parle dans la Sainte Escriture ? Voire, non content de cela, il nous envoyé ses messagers, qui sont ses Anges, pour nous faire entendre ses volontés, et de plus il vient encores luy mesme s'incarner et demeurer sur cette terre pour nous enseigner en propre personne*. * s. Athan., Vita s.

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rlelas ! qui est-ce qui nous couvre les yeux de fange, trod.a laViedev., pour n'admirer point ces merveilles et pour nous estonner Partie Ix> c- xmsi fort de ce que font les hommes à l'endroit de leurs semblables ? Cet estonnement de saint Antoine ne procedoit d'autre cause sinon de la connoissance qu'il avoit du grand bien et honneur qui nous revient d'entendre la parole de Dieu. Bienheureux donc ceux qui Y escoutent et la gardent.

Or, voyci mon second point. Plusieurs oyent cette divine parole ; mais ce n'est pas assez, il la faut garder, et pour la garder il la faut mascher et avaler. Qu'est-ce

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que la mascher sinon la méditer? En latin, méditer n'est autre chose que mascher ; il n'y a autre différence sinon que le mot mascher est employé pour les choses corporelles, et celuy de méditer pour les spirituelles. Pour manger les viandes corporelles il les faut mettre dans la bouche, puis les mascher et les avaler ; ainsy pour cette manducation spirituelle il faut prendre la viande qui nourrit l'ame, la mascher, c'est à dire la méditer,

* Cf. supra, p. 70; pour puis après l'avaler et convertir en soy mesrae*. Et

et Tr. de VAm. de ,J ., . . ,- . , ii-r\-

Dieu, i. vi, c. vi et qu est-ce cette viande spirituelle sinon la parole de Dieu, ubi proxime mfra. qUj est ja vrave pasture de l'ame, comme luy mesme l'a

* Deuter., vm, 3 ; déclaré en tant et tant d'endroits de la Sainte Escriture*?

Amos, vm, ir ; T1 - .. , • -r- ^ "r-v 11 1

Matt., iv, 4. H faut donques la recevoir. Et comment? Dans la bouche

de nostre ame qui n'est autre que les oreilles du corps par lesquelles elle vient jusqu'à nous ; car tout ainsy que l'on ne sçauroit manger les viandes corporelles sans les avoir premièrement receuës dans la bouche, aussi ne sçaurions-nous mascher, c'est à dire méditer la parole de Dieu, sans l'avoir bien ouye. Donques bienheureux sont ceux, dit Nostre Seigneur, qui escoutent la parole de Dieu, puisque c'est desja un bon signe qu'ils la garderont.

C'est une chose si importante de bien méditer cette * Levitic, xi, 1-26; divine parole que le Seigneur en l'Ancien Testament*

Deut. , xiv, 6-8. .. . . . . .n ,

Cf. Tr. de VAm. de ne vouloit point recevoir en son sacrifice les animaux Dieu, \. vi, c. h, • ne rumin0yent pas. Voyla pourquoy les corbeaux,

circa tinem. ^- j c j r ~l j

les ours, lions et autres semblables estoyent déclarés immondes et ne s'en servoit-on jamais pour les sacrifices. Ce sont des animaux qui engloutissent la viande sans la mascher, et pour cela Dieu les rejettoit en l'ancienne Loy, comme au contraire il aggreoit ceux qui ruminent, tels que les taureaux et aigneaux lesquels luy estoyent ordinairement offerts et immolés. O Dieu, si l'on sçavoit l'importance de ce point ! Helas, il y a tant de personnes qui entendent la divine parole ! mais que font-elles sinon l'engloutir comme des corbeaux, ours et lions, sans •Cf.jerem., ix, 21. la ruminer ? De là vient que tant de gens se perdent*,

Vide Tr.de T Am.de . 1 , n - • -,

Dieu, i. xi, c. vu, qui pour cela sont appelles immondes et ne sont point imtl°- propres pour le sacrifice. Ils reçoivent dans la bouche de

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