‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 203 sur 273 · XXXV. Pour une Veture · texte numérisé non relu

XXXV. Pour une Veture

et vigueur que le pain matériel ne luy peut pas donner. Bienheureux donc sont ceux qui escoutent la parole de Dieu et la gardent. C'est mon troisiesme point.

Et pour commencer par la sacrée Vierge, comme celle qui l'a mieux escoutée et gardée, que diray-je sinon emprunter pour ce sujet les paroles de ce grand saint Hierosme en l'epistre qu'il escrit à Eustochium * sur la *Epist.cvm,initio. mort de sa mère Paula ? Si toutes les parties de mon corps se convertissoyent en langues, si tous mes nerfs resonnoyent en voix humaines, je ne publierois encores assez dignement combien la Sainte Vierge est bienheureuse pour avoir entendu et gardé la parole de Dieu, car elle l'a fait avec tant de perfection que pour cela elle a esté dite bienheureuse par la bouche de sainte Elizabeth, qui estoit poussée de l'Esprit Saint *. Elle mesme * Luc», 1, 41, 45. a confessé en son sacré cantique * que pour ce sujet elle * Ibid., f. 48. seroit appellée bienheureuse de génération en génération ; et Nostre Seigneur semble aussi le vouloir faire entendre en la response par laquelle il contreschangea la louange que cette femme donnoit à son ventre et à ses mammelles.

Il est vray, c'est en cecy que consiste la béatitude tant en cette vie comme en l'autre, puisque nous ne serons bienheureux qu'autant que nous nous serons convertis en cette divine parole. Le grand saint François fut admirable en la digestion qu'il fit des maximes sacrées qu'il entendit en FEvangile *, car il se convertit absolument et les * Matt.^xix, 21. Cf. changea tellement en soy qu'il n'estoit plus luy mesme, ains estoit devenu ce que ces maximes signifioyent. Qu'y avoit-il de si pauvre, de si humble que saint François ? Il se cachoit, et Dieu le rehaussoit ; il s'appauvrissoit, et Dieu l'enrichissoit. C'estoit un pauvre homme qui n'avoit point estudié, et néanmoins il preschoit et faisoit des merveilles. Certes, il n'avoit ni saint Bonaventure ni saint Thomas, et tels autres autheurs ecclésiastiques, ni Ciceron, ni rien moins que tout cela; cependant il enseignoit une doctrine bonne, vraye et solide. O Dieu, qu'il estoit heureux d'avoir si bien digéré cette sainte parole jusques à estre tout transformé en icelle ! Saint Jean

supra, p. 344.

364 Sermons recueillis

Baptiste qui entra si jeune dans le désert, s'estoit-il pas tellement transformé en la pénitence que son langage, sa voix, ses habits, tout son extérieur et intérieur ne prescrivent que pénitence ? Voyla donques comme l'on peut justement dire : Bienheureux ceux qui escoutent la parole de Dieu et qui la gardent.

O que vous estes heureuses, mes chères Filles, car vous estes du nombre de celles qui ont entendu cette

* I Reg., xvi, 7 ; divine parole de Celuy qui seul peut pénétrer les cœurs*.

xiS 20!' IO ei" ' Il vous a dit un mot en secret et vous luy avez obéi; car c'est luy seul qui peut parler au cœur des hommes, et, par mesme moyen, leur donner la grâce de faire ce qu'il demande d'eux. Et que l'on ne pense pas que les vocations puissent venir d'autres que de Dieu. O non certes, les hommes ont beau nous exciter ; qu'ils fassent tout ce qu'ils pourront , qu'ils employent toute leur rhétorique et philosophie pour persuader à une ame d'entrer en Religion, de faire choix d'une vocation, tout leur travail sera inutile ; il faut que Dieu touche et parle à ce cœur. Je sçay bien que plusieurs (je veux dire quelques-uns) entrent en Religion poussés ou forcés par les hommes, et ceux-là véritablement ne sont pas meus par l'Esprit de Dieu ; aussi en arrive-t-il souvent de grans malheurs, et si la divine miséricorde ne touche ces pauvres cœurs ils viennent non pas à se convertir en leur vocation mais à la corrompre. Or, vivans licentieusement dans la Religion, que doivent-ils attendre que la damnation ? O Dieu, qu'il vaudroit bien mieux qu'ils fussent demeurés au monde pour s'y sauver, puisqu'on le peut faire en gardant les divins commandemens.

Mais ces filles sont venues parce que Dieu les a appellées, car c'est luy qui va touchant ceux qu'il luy plaist pour les conduire où il veut. Que vous reste-t-il plus sinon de bien entendre et garder la parole divine, à sçavoir vos Règles et Constitutions, et vous convertir tellement en elles que vous soyez désormais vostre vocation mesme ? Les Religieuses ne doivent avoir autre soin que celuy là, d'autant que dans leurs Règles et Constitutions elles voyent la volonté de Dieu qui leur

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