‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 205 sur 273 · XXXVI. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XXXVI. Pour la fête de la Toussaint

bienveuillance. Par l'amour de complaisance nous nous complaisons au bien que possède celuy que nous aymons, et par l'amour de bienveuillance nous luy en desirons plus qu'il n'en a. On peut aymer Dieu de ces deux manières*. La complaisance nous fait resjouir de ce qu'il * Cî.Tr.derAm.de

• r • • 4, c *.' x, -ui Dieu, 1. V, ce. i,vi,

est infini, immense, d une perfection incompréhensible, et tom. vu hujus en un mot de ce qu'il est Dieu, prononçant avec un vif lt-' pp* I98' I99> ressentiment ces paroles de David* : J'ay dit : Vous *Pss.xv,2,lxxvi,3. estes mon Dieu; et je m'en suis resjoui. On peut donc exercer cet amour envers Dieu , mais pour celuy de bienveuillance il semble impossible , car puisqu'il est infini et l'infinité mesme, on ne luy sçauroit souhaitter plus de sainteté et de perfection qu'il n'en a. Il est immense en grandeur, il surpasse infiniment en gloire les Chérubins et Séraphins, les Vertus, les Throsnes, tous les Anges et Esprits célestes ; il a plus de perfection que tous les Saints et Saintes ensemble, et toute la leur, voire mesme celle de la glorieuse Vierge Marie, n'est rien en comparaison de celle du Fils de Dieu. Sa béatitude est au dessus de celle de tous les Bienheureux, des Anges, de la Vierge, et leur bonheur dérive de Dieu, car c'est luy qui le leur donne et communique. Pourtant ils peuvent tousjours avoir quelque accroissement en leur gloire, non point essentiellement ains accidentellement ; mais la gloire et perfection de Dieu ne procède de personne, et ne peut y avoir en icelle augmentation ni diminution. Comment donques ferons-nous pour l'aymer d'un amour de bienveuillance? Nous ne pouvons exercer ces actes que par imagination de chose impossible, comme en luy disant que si nous luy pouvions souhaitter plus de gloire et de perfection qu'il n'en a, nous le luy désirerions et procurerions s'il estoit en nostre pouvoir. Et voyla comme par tels moyens nous exerçons l'amour de bienveuillance envers Nostre Seigneur.

Mais revenons à nous mesmes, et voyons comment la communion des Saints, en laquelle nous croyons, se peut entendre par cet amour de complaisance et de bienveuillance. Quand nous disons : « Je crois en la communion des Saints, » cela monstre que leurs biens

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nous sont communs, c'est à dire que nous participons à tous les biens qu'ils ont au Ciel, et que les Saints participent aux petits biens que nous autres mortels avons icy bas. Ne pensez pas que quoy que les Bienheureux soyent au Ciel et que nous soyons misérables mortels en terre, que cela empesche cette communion. O non , la mort n'a point le pouvoir de faire cette desunion. Nous n'avons tous qu'un mesme chef qui est *Ephes.,i,22,iv,i5; Jésus Christ * ; or, nostre amour et union sont fondés

Coloss., 1, 18.

en luy, comme donques la mort aura-t-elle le pouvoir

* Rom., vin, 35,3s, de les rompre? Saint Paul disoit * : Qui est-ce qui me

séparera de la charité de Jésus Christ ? Ni les Anges, ni les Vertus, ni le ciel, ni la terre, ni l'enfer ne nous pourra séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus Christ. Cette charité n'est autre que la communion des Saints, et quand nous mourrons nous serons plus unis avec eux que nous ne sommes pas avec les plus chers amis que nous ayons ça bas en terre.

Les biens auxquels nous participons par ce moyen sont inexplicables, tant à cause de leur grandeur que de la multitude innombrable d'Anges et d'ames bienheureuses qu'il y a dans la gloire. Car, comme il est dit en tant

* Cf. Dan., vu, 10; d'endroits de la Sainte Escriture *, il y a des Anges au poc, v, h. Çàç\ en telle quantité que le nombre en est inconcevable ;

et quoy qu'il en tombast la troisiesme partie dans l'enfer

* Apoc, xii, 4. avec Lucifer (car il est escrit * que dans sa cheute il tira

après soy le tiers des estoilles du Ciel, c'est à sçavoir

des Esprits angeliques), néanmoins le nombre de ceux

qui sont restés fidelles est si grand qu'il est impossible

de le concevoir. En outre de tous ces célestes Esprits,

la multitude des âmes bienheureuses est si grande que le

dénombrement n'en peut estre fait; car, combien pensez

vous qu'il y a eu de Saints despuis la création du monde

jusques à maintenant ? C'est une chose qui ne se peut

*Vid.Ep.adChrom. dire. Saint Hierosme *, parlant de la multitude des

Martyroiog?s^Hie- Saints qui sont au Ciel, dit que si l'Eglise vouloit faire

ron. attnb. ja feste ^e tous \es Martyrs il y en auroit chaque jour de

l'année sept cents de ceux que l'on sçait asseurement

avoir esté martyrisés; or, combien y en a-t-il qu'on ne

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