‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 206 sur 273 · XXXVI. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XXXVI. Pour la fête de la Toussaint

connoist pas ! Et s'il y a tant de Martyrs, combien y aura-t-il de Docteurs , de Confesseurs et autres ? Le nombre en est indicible. C'est pourquoy aujourd'huy nous faisons la feste de tous en gênerai, non seulement des Saints, mais encores des Séraphins, des Chérubins, et de tous les Anges, lesquels se resjouissent en cette solemnité, louant Dieu des grâces qu'il a octroyées aux Bienheureux que nous festons. L'Eglise participe à cette joye, et nous invite à nous resjouir en ce jour et à louer le Fils de Dieu à cause des Saints.

Or, pour nous bien resjouir et entrer en l'intention de l'Eglise, il faut exercer l'amour de complaisance et de bienveuillance à l'endroit des Saints qui sont au Ciel, puisque nous le pouvons aysement faire. Considérant cette Hierusalem céleste et voyant en icelle ces âmes bienheureuses jouissantes d'une si grande gloire et félicité, hors des périls et dangers de ce monde où nous sommes encores nous autres mortels, nous devons produire des actes de complaisance, nous resjouissant et complaisant en leur gloire et félicité comme si nous en jouissions nous mesmes. C'est cette complaisance qui fait la communion des Saints, car à mesure que nous nous complaisons aux biens qu'ils ont nous en sommes faits participans, la complaisance ayant cette vertu de tirer à soy la chose aymée pour se la rendre propre. Nous voyons en effect qu'une personne en aymant une autre de cet amour attire à soy le bien qui se trouve en elle, car il est impossible d'aymer en cette sorte sans avoir la participation et communion aux biens de ceux qu'on ayme *. * CLTr.deVAm.de

Les Bienheureux ayment Nostre Seigneur; aussi le Dieu>\-J^cc-m^' Ciel est rempli de cet amour de complaisance, qui est la cause principale de leur béatitude ; car connoissans clairement la grandeur et perfection de Dieu et tous les divins attributs qu'ils voyent en luy, ils l'ayment souverainement de cet amour de complaisance, et par ainsy attirent en eux ses perfections. J'ay dit que cet amour de complaisance est la cause principale de la béatitude des Saints, car, tout en parlant tousjours avec estime et respect de ceux qui tiennent l'opinion contraire, je pense

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que la cause principale de la gloire des Bienheureux ne consiste pas en l'entendement par lequel ils voyent et connoissent Dieu, mais en la volonté par laquelle ils l'ayment de cet amour de complaisance ; et j'estime qu'en cela gist leur félicité. C'est de la mesme manière que se prattique l'amour de complaisance envers les Saints.

L'amour de bienveuillance envers iceux se peut aussi prattiquer sans difficulté ; car bien qu'ils soyent tous rassasiés et contens en la béatitude qu'ils possèdent et que nous ne puissions accroistre leur gloire essentielle,

*l Cor., xiii, 12. laquelle consiste à voir Dieu face à face * et à l'aymer souverainement, si est-ce que nous leur pouvons causer un accroissement de gloire accidentelle et partant prattiquer l'amour de bienveuillance. Nous pouvons leur souhaitter et désirer les biens qu'ils n'ont pas encores, à sçavoir la résurrection de la chair, la reunion avec leurs corps, car en cette reunion consiste une partie de leur gloire ; non pas de l'essentielle, qui appartient à l'ame, car celle cy ne sera point accreuë par la résurrection de la chair, mais de l'accidentelle, qui appartient au corps aussi bien qu'à l'ame.

Les âmes bienheureuses jouissent là haut au Ciel de la gloire essentielle et de l'accidentelle, d'autant qu'elles sont rassasiées et ne peuvent rien désirer qu'elles ne possèdent desja, si ce n'est d'estre reunies à leurs corps; c'est pourquoy elles souspirent tousjours après cette reunion,

*Cf. tom. vil huj. laquelle rendra leur gloire accidentelle pleine et entière*.

Edit., p. 393. T c • * 4. A ■ 1, ' A>

Les Saints sont des nommes comme nous, composes dame et de corps. Pour faire un homme parfait il faut qu'il aye une ame et un corps ; et quoy que ce soit l'ame qui fait l'homme, néanmoins Dieu à la création l'unit avec un corps organisé. Nous disons donc que l'homme est composé d'ame et de corps ; et, bien que la mort, qui est entrée * Rom., v, 12. au monde par le péché *, les sépare, cependant nous espérons et croyons en « la résurrection de la chair, » par laquelle nos misérables corps seront reunis à nos âmes, et par cette reunion ils participeront à leur gloire et félicité, ou à leur peine et condamnation éternelle.

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