‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 207 sur 273 · XXXVI. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XXXVI. Pour la fête de la Toussaint

L'Eglise exerce donc en ce jour l'amour de complaisance et de bienveuillance à l'endroit des Saints, et se resjouissant de la gloire que desja ils possèdent, elle les congratule et provoque ses enfans à s'y complaire et à glorifier Dieu qui les a sanctifiés. Elle fait aussi des actes de bienveuillance lors qu'elle leur souhaitte la résurrection de la chair, comme nous voyons qu'elle la demande par tant de Psalmes et Cantiques tirés de la Sainte Escriture *. Mais elle veut encor que tous ses enfans la *lnOfficioetMissa désirent et demandent ; ce que nous faisons tous les jours en l'Oraison Dominicale ou Pater noster, en laquelle nous souhaitions aux Saints cette résurrection. Car que signifient ces paroles* : Vostre royaume nous advienne, * Matt., vi, 10. sinon que nous représentons le désir que nous avons de la reunion des âmes avec leurs corps ? Comme si nous disions : Seigneur, vostre royaume est desja venu, il est fait et préparé pour les Saints, il est préparé pour tous ; et non seulement pour tous ceux qui sont saints, mais encores pour ceux qui ne le sont pas. (Dieu désire de sauver tout le monde *. C'est à nous de nous servir de la * 1 Tim., n, 4. liberté qu'il nous a donnée pour choisir le Paradis ou non, cela dépend de nous ; que si nous le choisissons, il nous octroyé suffisamment de grâces pour y parvenir.) Vostre royaume nous advienne. Il est desja advenu aux Saints, c'est à dire à ces âmes glorieuses qui sont au Ciel. Quant à nous autres, qui sommes ça bas en terre, il nous est aussi desja advenu; car, Seigneur, vous nous en laissez le choix et disposition, et les justes le possèdent par désir et espérance. Mais, vostre royaume nous advienne, c'est à sçavoir, ce royaume que vous avez fait pour les âmes et pour les corps ; que cette résurrection de la chair se fasse, car les Saints ont encores leurs corps en terre, et partant ils ne sont pas entièrement glorifiés. C'est pourquoy nous vous demandons la résurrection générale, après laquelle ceux qui sont au Ciel et nous autres mortels souspirons.

Outre ces actes de bienveuillance que nous exerçons à l'endroit des Saints, il y en a encores deux autres qui dépendent immédiatement de nostre coopération, par

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lesquels nous pouvons correspondre aux désirs qu'ils ont, et par cette correspondance leur causer une gloire accidentelle qu'ils n'auroyent point sans cela. Premièrement, les Saints louent et glorifient perpétuellement Dieu sans pause ni intermission. Ils chantent un cantique continuel, sans se lasser ni se reprendre; ils bénissent Dieu avec une joye et complaisance pleine d'une incomparable suavité , s'excitant et provoquant les uns les autres à le tousjours magnifier, mais d'un désir doux, tranquille et qui les rassasie pleinement. Ils louent Dieu en luy mesme de ce qu'il est Dieu et des biens qu'il a en soy et de soy, de la veuë desquels ils ont une parfaite complaisance ; ils le louent encores de ce qu'il les a faits saints, reconnoissant que leur sainteté procède de luy comme de son principe et cause fondamentale, et luy en donnent toute la gloire. Puis ils se félicitent aussi les uns les autres de ce qu'ils sont bienheureux et de ce que Dieu les a sanctifiés, prenant un singulier playsir à voir comment il leur a fait sentir les effects de sa grande et infinie miséricorde.

Or, les Saints nous ayment souverainement, et désirent que nous fassions ça bas en terre ce qu'ils font là haut au Ciel, c'est à dire que nous louions incessamment et perpétuellement Dieu. Mais quand nous disons qu'ils souhaittent que nous louions le Seigneur comme eux il ne faut pas entendre que ce soit en tout et par tout, parce qu'ils le bénissent sans cesse, sans se reprendre ni discontinuer, et ils sçavent bien que, à cause de l'infirmité de nostre nature, nous ne le pouvons faire. Et quoy que les louanges que nous donnons à Dieu doivent estre continuelles et invariables, néanmoins ce sera tousjours avec quelque pause ; car il n'y a homme, pour saint qu'il soit, qui ose dire qu'il a sa volonté si collée et unie à celle de Dieu qu'il n'en peut point estre séparé un seul moment ou distrait par aucun accident de cette vie, ni qui puisse tenir son cœur si attentif à louer Dieu, qu'il ne fasse quelque interruption en Fexercice de l'amour et bénédiction qu'il luy doit.

Il y a un grand nombre de phrases et de passages en la

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