‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 208 sur 273 · XXXVI. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XXXVI. Pour la fête de la Toussaint

Sainte Escriture qui semblent exiger cela de nous. Les

uns disent * : Louez Dieu perpétuellement ; et en d'autres * Cf. Pss. xxxm, 1,

XXXIV ult

endroits * : Que Dieu soit loué de jour et de nuit ; mais * cf. Pss. 1, 3, xvm,

il faut entendre cecy en cette façon. L'Eglise, non plus 3» XLI> 9-

que les Saints, ne prétend pas que nous louions tousjours

le Seigneur sans intermission, ni moins encores que nous

passions les nuits entières ou tous les jours en prières ;

ains tousjours signifie que nous le fassions le plus souvent

que nous pourrons, que nous rejettions fréquemment nos

cœurs en luy, que nous le louions en quelque temps et

heure de la nuit et du jour, comme il se fait en l'Eglise.

En toutes les heures du jour et de la nuit il se trouve

des âmes qui louent et glorifient Dieu.

Les Saints désirent donques que nous le magnifiions en la terre comme ils font au Ciel, mais selon nostre condition et la portée de nos esprits; que nous chantions et souhaittions que tous chantent comme eux : Saint, Saint y Saint*, et que tous correspondent à ses désirs. *is., vi, 3; Apoc, Or, lors que nous faisons tels souhaits nous leur causons IV' une gloire accidentelle, laquelle ils n'auroyent pas si nous ne magnifiions Dieu et si nous ne desirions qu'il le fust de tous. Mais après que nous avons correspondu à ce désir qu'ont les Bienheureux de nous voir louer le Seigneur, nous devons encores les congratuler eux mesmes de ce qu'ils sont Saints et bénir Dieu en eux ; et c'est icy un autre acte de bienveuillance en leur endroit. La sainte Eglise en fait de mesme lors qu'elle célèbre leurs festes : elle loue Dieu en eux*, car qui voudroit * Cf. Ps. ult., 1. célébrer la feste de tous les Saints à leur honneur et non à celuy de Dieu ne feroit rien d'aggreable ni à Dieu ni aux Saints mesmes, puisqu'ils ne peuvent recevoir de gloire sinon de voir que le Seigneur est exalté en eux et eux en luy.

Un autre acte de bienveuillance que nous pouvons exercer envers les Saints est de correspondre au désir qu'ils ont que nous devenions saints comme eux ; et quand nous correspondons à ce désir nous leur donnons un surcroist de gloire. Quand nous taschons de nous perfectionner de plus en plus, de procurer la sanctification

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des autres , contribuant de nostre costé tout ce que nous pouvons, que nous desirons que tous louent et bénissent Dieu, puisque tous le peuvent et doivent faire, que tous soyent saints, puisque tous le peuvent estre, nous causons une gloire accidentelle aux Bienheureux, laquelle ils n'auroyent pas sans cela. Voyla comme se fait la communion des Saints par l'amour de complaisance et de bienveuillance.

Il y a encores un autre amour qui est l'amour d'imitation ; et pour celuy cy il est nécessaire d'avoir de la sympathie avec ceux que Ton ayme. Mais que veut dire sympathie ? Les gens du monde l'entendent bien, mais vous qui n'estes pas du monde, peut estre ne l'entendrez vous pas si je ne le vous dis. La sympathie est une certaine participation que nous avons aux passions de ceux que nous aymons ; et cet amour d'imitation fait que nous attirons en nous les vertus ou les vices que nous *Cf. 7>. de VAm.de voyons en eux *. La sympathie fait que le colère a de Dieu, 1. VIII, c i. pinciination pour le colère, le fier et arrogant pour le fier et arrogant. La passion de l'amour est la première et la plus forte qui soit en l'ame; de là vient que l'amour nous rend tellement propre ce que nous aymons , que nous disons communément que les biens de la chose aymée sont plus à celuy qui ayme qu'à celuy qui les possède. Voyla que c'est que sympathie.

C'est à cause d'icelle que plusieurs gens du monde trouvent de grandes difficultés à se résoudre de s'amender de quelques vices auxquels ils sont sujets. Dites à une personne qu'il est expédient qu'elle se corrige de la colère ou de la fierté, ou qu'elle quitte un point d'honneur dont elle est si amoureuse qu'elle s'esleve bien fort si tost qu'on la touche en sa réputation (c'est une chose dequoy tous les hommes sont tellement jaloux qu'il semble qu'ils ne soyent nés que pour se faire estimer, louer et aymer; aussi applique-t-on son principal soin à acquérir des honneurs et de la renommée devant tous). Or, dites à telles gens ce qu'il faut faire contre ce vice là; que vous respondra-t-on ? C'est mon naturel d'estre colère et d'aymer l'honneur. Je tiens cela de race, c'est la

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