‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 210 sur 273 · XXXVI. Pour la fête de la Toussaint · texte numérisé non relu

XXXVI. Pour la fête de la Toussaint

les incommodités et mesayses qu'elle tire après soy. Celuy-là en est bien esloigné qui ne veut point avoir d'indigence, et qui ambitionne l'honneur d'estre pauvre pourveu que rien ne luy manque. La pauvreté est honnorable, et il s'est trouvé mesme des philosophes payens, comme un Crates, un Epictete, qui se sont glorifiés d'estre pauvres*. Plusieurs veulent bien embrasser la pauvreté *VideS.Hieron.,in

r , locum Matt., mira.

pourveu qu'ils ayent tout ce qui leur est nécessaire, Cf. Entretien II, mais ce n'est pas de tels pauvres d'esprit que Nostre Seigneur parle, ni à qui il promet le Royaume des deux.

Nostre divin Maistre ayant prononcé ces béatitudes, le monde en a prononcé d'autres et a dit : Bienheureux les riches, car la richesse fait que l'on n'a besoin de rien, que l'on est honnoré, que l'on gaigne des procès ; en un mot, les riches sont bienheureux, car ils n'ont besoin de personne et chacun a à faire d'eux. Bienheureux ceux qui ne font point miséricorde, qui gardent ce qu'ils ont sans se mettre en souci de servir les pauvres, ains seulement de tousjours amasser biens sur biens et de ne les donner à personne, de peur qu'ils ne diminuent. Bienheureux ceux qui ne pleurent point , ains qui se recréent et prennent du bon temps, car les larmes sont ennuyeuses. Bienheureux ceux qui se vengent. En somme, l'esprit du monde va tout au contraire de celuy de Dieu. Mais les Apostres et ceux qui les ont imités de plus près ont prattiqué la pauvreté d'esprit selon l'intention de Nostre Seigneur, car ils quittèrent tout pour 'le suivre* * Matt., xix, 27. et supportèrent beaucoup d'incommodités qui sont ordinaires aux pauvres. Apres la venue du Saint Esprit ils allèrent prescher l'Evangile, mais ce n'estoit point pour gaigner de l'argent, des rentes ou des revenus, ains ils vivoyent d'aumosnes qu'ils mendioyent de jour à autre. Saint Paulin, Evesque de Noie, donna tout ce qu'il avoit aux pauvres, à l'exemple de saint Paul, et non content de cela il se donna luy mesme pour racheter les captifs.

Et quelle pauvreté fut celle du grand Apostre, lequel après avoir tout quitté pour l'amour de son Maistre voulut servir les Corinthiens et autres pour rien ! En effect,

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après avoir presché, sué et souffert pour l'Evangile et pour monstrer la voye du salut, il ne vouloit point vivre des aumosnes des Chrestiens, ains du travail de ses mains et à la sueur de son corps ; car il travailloit pour *Act., xx, 33, 34; gaigner sa vie, disant* : Pour monstrer combien j'ayme

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