‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 211 sur 273 · T /"* • TT C · texte numérisé non relu

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xii TÏ'm'. °r ' mon Maistre pour l'amour duquel je vous sers, et que la peine que je prens n'est point pour m'enrichir de vos moyens, ains purement pour l'amour de Celuy à qui je sers, je ne veux pas qu'après vous avoir aydé à vous sauver vous me nourrissiez de vos aumosnes comme vous faites les autres Apostres, ains je veux gaigner ma vie à la sueur de mon front et vous servir pour rien, vous donnant ainsy tout ce que j'ay. Il dit tout ce que j'ay, parce que ce qu'il gaignoit estoit à luy ; et toutefois il n'en mettoit rien en espargne, ains s'en servoit seulement pour son entretien. Et passant plus outre, il vouloit estre

* II Cor., xii, 15. luy mesme sacrifié pour eux*. Non seulement, disoit-il, je veux me sacrifier moy mesme pour vostre salut, mais qui plus est, je me veux laisser sacrifier et vendre par d'autres. Par exemple, je me veux non seulement discipliner, ains je veux souffrir que d'autres me disciplinent ; car si je me disciplinois tout seul, quand j'en aurois assez il seroit en mon pouvoir de m'arrester et ne passer plus outre ; mais me laissant discipliner par d'autres à leur gré, encores que je fusse tout meurtri ils ne laisseront pas pour cela de frapper. Je veux donques, mes chers enfans, estre battu pour vostre salut, flagellé, garrotté et emprisonné, non par moy mesme mais par les autres et à leur gré, donnant tout ce que j'ay pour vous, sans reserver ni mon corps ni ma peau.

Voyla une parfaite pauvreté ; et c'est de celle là que Nostre Seigneur a dit : Bienheureux les pauvres d'esprit. Plusieurs Saints l'ont prattiquée fort exactement et s'en sont rendus si amoureux qu'ils ont enduré avec playsir les misères et incommodités qui l'accompagnent. Car que pensez-vous qui aye fait supporter avec tant de suavité l'aspreté des déserts à nos anciens Pères, en sorte qu'elle leur sembloit peu de chose, sinon cette pauvreté qu'ils cherissoyent si tendrement que rien plus? Saint François

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