XXXVII. Pour la fête de la Présentation
sur ces miroùers, que si je voulois dire un mot de chacune il m'y faudroit employer l'heure toute entière. Je m'arresteray seulement à trois de leurs conceptions, à sçavoir : premièrement, que signifie cette cuve et ce que nous devons entendre par icelle ; deuxiesmement, pourquoy elle estoit entre les deux tabernacles ; troisiesmement, que veulent représenter les miroùers dont elle estoit environnée.
Quant au premier point, une grande partie des anciens Pères disent que cette cuve representoit le Baptesme *, *VideVen.Bedam,
,., . , , , -, De Teaiplo, c. xix.
et que pour cela elle estoit posée entre le tabernacle extérieur et l'intérieur. Certes ils ont bien quelque rayson , car personne ne sçauroit entrer au tabernacle intérieur, qui n'est autre que le Ciel, sans passer par l'extérieur qui est l'Eglise, à laquelle appartient cette cuve pleine des eaux baptismales où il faut estre trempé et lavé. Ces eaux purifient, justifient et effacent toutes les taches du péché dont les hommes sont souillés ; et pour offrir et sacrifier à Nostre Seigneur quelque victime et holocauste il est tellement nécessaire d'estre lavé de cette eau, par effect ou du moins par un très ardent désir d'icelle, que sans cela toutes les offrandes et oblations ne sont pas offrandes mais exécrations.
Quelques autres Pères tiennent que cette cuve représente la pénitence *, et ceux cy approchent de la vérité * s. Gregor. Mag.,
j 1 -11 , hom.xvninEvang.,
encores de plus près, ce me semble; car qu est-ce autre §Io; Ven.Beda, fié chose la pénitence sinon des eaux dans lesquelles il est du T.abernac- et Vasis
r # ^ ejus, 1. III, c. ult.
tout expédient que nous lavions nos pieds et nos mains, je veux dire nos œuvres et affections souillées et tachées de tant de péchés et imperfections ? O mes chères âmes, il est vray que la seule porte pour entrer au Ciel est la Rédemption, sans laquelle nous n'y eussions jamais eu d'accès ; mais à fin que cette Rédemption nous soit appliquée il faut que nous fassions pénitence. Il ne s'y faut point tromper, car nos anciens pères ont tous passé par là : jeunes et vieux, petits et grans, en somme tous ont lavé leurs pieds et leurs mains dans les eaux de la pénitence. C'est une règle si générale que celle cy que pas un n'en peut estre exempt, sinon la très sacrée
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Vierge, laquelle n'ayant point péché n'avoit point besoin d'expiation ; et néanmoins elle n'est pas entrée au Ciel par une autre porte que par celle de la Rédemption. Mais quant à nous autres, il est nécessaire, comme j'ay dit, de faire pénitence soit en ce monde ou en l'autre. Je sçay bien qu'autre est la pénitence à laquelle nous obligent les péchés mortels et autre est celle qu'il faut faire pour les véniels ; toutefois elle est absolument nécessaire pour les uns et pour les autres, et qui ne la fera en cette vie la fera indubitablement en l'autre. Voyla pourquoy, disent nos Pères, cette cuve estoit entre les deux tabernacles, l'extérieur et l'intérieur, pour signifier que les eaux de la pénitence sont entre le tabernacle extérieur de l'Eglise militante, et l'intérieur de la triomphante, et que pour passer de la militante à la triomphante il faut se laver dans ces eaux.
D'autres ont dit que cette cuve representoit la doctrine evangelique. Certes ils ont rayson, car cette doctrine n'est autre que l'eau dont quiconque boira n'aura plus
Joan., iv, 13, 14. soif, et, comme dit Nostre Seigneur*, elle rejaillira jusques à la vie éternelle. C'est dans cette eau sacrée qu'il faut tremper tous nos membres, c'est à dire laver nos œuvres et affections, pour les purifier, les former et dresser selon la loy de l'Evangile. Sans cela nous ne pouvons faire aucune oblation ni sacrifice ; et moins
Marc, ult., 16. encores pouvons-nous estre sauvés sinon en croyant * cette doctrine chrestienne et nous formant selon icelle ; c'est là que nous voyons ce que nous devons croire, demander et espérer. Que personne ne se trompe en cecy, pensant arriver à ce tabernacle intérieur pour y
Ps. cxv, 8. sacrifier des sacrifices de louange* sans se laver dans
ces eaux ou se mouler sur cette doctrine ; car nul ne peut estre sauvé en se faisant des lois selon son caprice ou fantasie ou se contentant de la loy naturelle. Non certes, cela ne se peut. Vous voyez donques que cette cuve placée entre les deux tabernacles représente le Baptesme, la pénitence et la doctrine evangelique, qui sont les liens par lesquels l'Eglise militante est unie à la triomphante.