‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 214 sur 273 · XXXVII. Pour la fête de la Présentation · texte numérisé non relu

XXXVII. Pour la fête de la Présentation

Nous autres avons aussi deux tabernacles : l'un extérieur, qui est ce corps que nous portons , et l'autre intérieur, qui est l'ame par laquelle nous vivons. C'est ce qu'a voulu dire le grand Apostre saint Paul* : nos * II Cor., v, 1, 4. corps sont des tabernacles faits et formés d'argile, et Dieu a enfermé dans iceux de grans trésors *. Quels sont * Ibid., iv, 7. ces trésors sinon nos âmes qui, comme des tabernacles intérieurs, sont cachées dans nos corps? Mais tout ainsy que l'ame anime et donne la vie au corps, aussi la doctrine evangelique la nourrit et vivifie, luy fournissant la lumière et la force pour la conduire et la faire arriver à cet autre tabernacle plus intérieur où habite le Très Haut. Certes, un jour viendra où nous ressusciterons, et ces corps mortels que nous portons, maintenant sujets à la corruption, seront immortels, tout spirituels* et *I Cor., xv, 51-54. reformés sur celuy de Nostre Seigneur *. Lors nous les * Philip., m, ult. verrons avec un contentement indicible, tout glorieux par leur reunion à l'ame avec laquelle ils n'auront plus aucun divorce ni rébellion, ains luy seront absolument sousmis et sujets. Elle les possédera en telle sorte qu'elle les gouvernera souverainement ; et quant à eux ils participeront à sa gloire, par le moyen de laquelle ceux qui estoyent mortels seront rendus immortels comme l'ame.

Cette cuve estoit toute entourée de miroùers. Ceux cy nous représentent les exemples des Saints, qui ayans receu la doctrine chrestienne, Font prattiquée si parfaitement et au pied de la lettre, que nous pouvons dire que les histoires de leur vie sont autant de miroùers qui ornent et enrichissent cette cuve de la Loy evangelique. Et tout ainsy que cette Loy les a ornés et enrichis, et que s'estans plongés dans icelle ils se sont purifiés et rendus capables d'offrir à la divine Bonté des sacrifices d'un prix et valeur inestimable, ils luy ont aussi, de leur costé, fait ce que faisoyent à cette cuve les miroùers des dames hebreuses et juifves ; car ils l'ont embellie par la prattique des préceptes et conseils qu'ils ont puisés en icelle, nous laissant à imiter des admirables exemples, qui sont comme des miroùers dans lesquels nous

384 Sermons recueillis

nous pouvons continuellement regarder. Car bien que nous n'ayons pas besoin de miroùers comme ces dames hebreuses, pour mirer nos corps qui pourriront avec les chiens et autres animaux, néanmoins nous devons tousjours avoir devant les yeux les miroùers des vertus et exemples des Saints pour former et dresser sur iceux toutes nos actions.

Me voyci maintenant sur le sujet de la feste de nostre très chère Mère et Maistresse que nous célébrons aujourd'huy ; car, je vous prie, quel plus beau et pretieux miroùer vous sçauroit-on présenter que celuy-cy? N'est-ce pas le plus excellent qui soit en la doctrine evangelique? N'est-ce pas elle qui Fa le plus ornée et enrichie, tant par ce qu'elle mesme a prattiqué que par les exemples admirables qu'elle nous a laissés ? Certes, il n'y a point de Saint ni de Sainte qui luy puisse estre parangonné, car cette glorieuse Vierge surpasse en dignité et excellence non seulement les Saints, mais aussi les plus hauts Séraphins et Chérubins. Elle a un grand avantage par dessus tous les Bienheureux, qui est qu'elle s'est donnée et totalement dédiée au service de Dieu dès l'instant de sa conception, puisqu'il n'y a nul doute qu'elle n'ayt esté toute pure et n'ayt eu l'usage de rayson dès que son ame fut mise en ce petit corps formé dans les entrailles de sainte Anne.

Comme cette glorieuse Vierge devoit naistre de père et de mère ainsy que les autres enfans, aussi semble-t-il que, comme eux, elle devoit estre tachée du péché originel ; mais la divine Providence en ordonna tout au contraire, et estendant sa main très sainte la retint, de peur qu'elle ne tombast dans ce précipice. Elle luy donna l'usage de la ra}^son et la foy par laquelle Nostre Dame conneut Dieu et creut tout ce qui estoit de la vérité, en sorte que, remplie de cette clarté, elle se dédia et consacra toute à la divine Majesté, mais d'une façon très parfaite. Les théologiens nous asseurent que Nostre Seigneur jettant un rayon de sa lumière et de sa grâce dans l'ame de saint Jean Baptiste lors qu'il estoit encor aux entrailles de sainte Elizabeth, le sanctifia et luy

Page 1