‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 215 sur 273 · XXXVII. Pour la fête de la Présentation · texte numérisé non relu

XXXVII. Pour la fête de la Présentation

donna l'usage de rayson avec la foy, par laquelle ayant reconneu son Dieu dans le ventre de la très sainte Vierge, il l'adora et se consacra à son service. Que si le Sauveur fit une telle grâce à celuy qui devoit estre son Précurseur, qui pourra douter que non seulement il ayt fait la mesme faveur, mais qu'il n'ayt avantagé d'un privilège beaucoup plus grand et tout particulier celle qu'il avoit choisie pour estre sa Mère ? Pourquoy ne l'auroit-il pas sanctifiée dès le sein maternel * aussi * Psaimi lxx, 6,

cxxxvm, 13.

bien que saint Jean ?

C'est donc une chose toute asseurée que dès l'instant de sa conception Dieu la rendit toute pure, toute sainte, avec l'usage parfait de la foy et de la rayson en une façon du tout admirable et qui ne peut assez estre admirée ; car il avoit fait cette pensée de toute éternité parce que ses cogitations sont très hautes *, et ce qui * is., lv, 8, 9. n'avoit jamais peu entrer en l'entendement des hommes, Dieu l'avoit médité avant tous les temps. Oh combien de faveurs, grâces et bénédictions la divine Bonté versa dans le cœur de la glorieuse Vierge ! Mais elles estoyent si secrettes et intérieures que personne n'en pouvoit rien connoistre qu'elle qui les expérimentait, et encores sa mère sainte Anne ; car il est croyable qu'à l'instant que le Seigneur respandit tant de grâces dans l'âme de cette bénite Enfant, la mère s'en ressentit, et receut de grandes douceurs et consolations spirituelles à cause de sa Fille qui en estoit comblée.

Je ne parleray pas à cette heure ni de ce que nostre très chère Mère et Maistresse fit en sa conception et nativité, ni des bénédictions qu'elle y receut; je ne veux traitter que de cette feste en laquelle elle se vint offrir et consacrer au service du Temple. O Dieu, qu'elle fut heureuse, car elle n'avoit que trois ans quand elle quitta sa patrie et la mayson de son père *. Elle fut comme * Gen., xn, 1 ; Ps. une belle fleur qui exhala son odeur de grand matin. Il ™j"" Cf' supra' y a deux sortes de fleurs, les roses et les œillets, qui jettent la suavité de leur odeur différemment ; car les roses sont plus odorantes dans la matinée, et leur parfum en ce temps-là est plus suave ; les œillets, au contraire,

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sont plus odorans sur le soir et leur senteur est plus forte et aggreable. Certes, cette glorieuse Vierge a esté comme une belle rose parmi les espines ; et, bien qu'elle ayt tousjours respandu une odeur de parfaite suavité tout le temps de sa vie, si est-ce qu'au matin de sa douce enfance elle a jette une senteur merveilleusement suave. Cette a)rmable Pouponne ne fut pas plus tost née qu'elle commença d'employer sa petite langue à chanter les louanges du Seigneur, et tous ses autres petits membres pour le servir. Sa divine Bonté luy inspira de se retirer de la mayson de ses père et mère pour s'en aller au Temple, et là le servir plus parfaitement. Cette glorieuse Vierge se comportoit en ce bas aage avec tant de sagesse et discrétion en la mayson de ses parens qu'elle leur donnoit de l'estonnement, si qu'ils jugèrent bien, tant par ses discours que par ses actions, que cette Enfant n'estoit pas comme les autres, mais qu'elle avoit l'usage de rayson, et partant qu'il failloit anticiper le temps et la conduire au Temple pour servir le Seigneur avec les autres filles qui y estoyent pour ce sujet. Ils prindrent donques cette petite Vierge à l'aage seulement

*Cf. supra, p. 127. de trois ans *, puis la menèrent, et en partie la portèrent, au Temple de Hierusalem.

O Dieu, combien estoyent grans les souspirs et eslans d'amour et de dilection que jetta cette petite Pucelle ainsy que ses père et mère, mais elle sur tout, comme celle qui alloit pour se sacrifier derechef à son divin Espoux qui l'appelloit et luy avoit inspiré cette retraitte, non seulement à fin de la recevoir comme son espouse, ains encores pour la préparer à estre sa mère ! Oh qu'elle alloit doucement chantant ce cantique sacré du

* ps. cxvin. Psalmiste* : Beati immaculati in via. Ce Psalme est

certes admirable et tout emmiellé à cause des paroles de louange et bénédiction qu'il donne à la divine Majesté ;

•Vide ibid., f. 54; aussi le Prophète royal disoit* : Je me sers de ce cantique

cf. Bellarm., ubi ,, , .. , ^< -«„„i

supra, p. 127. comme d'une douce récréation pour entonner et psal-

modier aux trois divers temps que je vay au Temple, selon qu'il est ordonné par la Loy. Les dames hebreuses et juifves le chantoyent encores avec grande dévotion

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