‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 216 sur 273 · XXXVII. Pour la fête de la Présentation · texte numérisé non relu

XXXVII. Pour la fête de la Présentation

quand elles y alloyent. Mais qui pourroit expliquer avec

quel ressentiment d'amour et de dilection le disoit cette

sainte Vierge, veu que ce sacré cantique ne traitte

d'autre chose que de la Loy et volonté de Dieu *, pour à * a Jr.de V Am.de

laquelle obéir elle s'acheminoit au Temple ? ' ' '

Plusieurs dames hebreuses et juifves s'estoyent dédiées en iceluy au service divin, mais pas une n'avoit approché de la perfection de cette glorieuse Vierge. Elle s'y offrit et consacra avec telle ferveur, amour et humilité que les Anges et plus hauts Séraphins qui se promenoyent sur le balustre et galerie du Ciel en demeuroyent tout ravis, s'estonnant comme en la terre il se peust trouver une créature si pure, et qu'une ame revestue de corps humain peust faire une offrande et oblation si parfaite. Il est vray que l'on pouvoit bien dire d'elle ce que le Saint Esprit raconte* de la reyne de Saba quand elle *niReg.,x,i,2,io. fut voir Salomon : Elle vint chargée de tant de nard et de parfums que jamais il ne s'en estoit veu en Hierusalem autant que ce que cette reyne en apporta. De mesme nostre glorieuse Vierge vint avec tant de parfums de sainteté qu'il ne s'en estoit jamais veu autant en toutes les dames qui s'estoyent dédiées au Temple qu'il s'en trouva en elle seule. La voyla donques en ce bas aage vouée et sacrifiée entièrement à Dieu.

O que bienheureuses sont les âmes qui, à l'imitation de cette sacrée Vierge, se dédient comme des primices au service de Nostre Seigneur dès leur jeunesse ! O qu'elles sont heureuses de s'estre retirées du monde avant que le monde les ayt conneùes, car n'ayans point esté mariées, ni par conséquent flestries par l'ardeur de la concupiscence, elles donnent une odeur de grande suavité par leurs vertus et bonnes œuvres. Mais encores que toutes les âmes puissent prétendre et désirer ce bonheur, néanmoins toutes n'en reçoivent pas la grâce ; c'est pourquoy j'ay accoustumé de dire qu'il y a deux sortes d'enfance. La première est celle dont nous parlons à cette heure ; l'autre est celle par laquelle on correspond promptement aux secrettes inspirations de Dieu lors que, se rendant tout à fait au premier mouvement et attrait d'icelles, en

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quelque temps et aage que Nostre Seigneur nous appelle,

* Cf. supra, p. 132. l'on quitte tout pour le suivre *.

C'est donques une grande feste que celle que nous célébrons aujourd'huy, en laquelle cette petite Pucelle s'est allée présenter au Temple en sa tendre jeunesse et à la première semonce de l'inspiration. Cette feste n'est point nouvelle, car les Grecs en font mention. Nous lisons mesrae qu'elle a tousjours esté célébrée des cathoques orientaux, bien qu'en Orient la solemnité s'en fust un peu refroidie; mais despuis que le Pape Sixte Quint l'a restablie, l'Eglise la solemnise et en fait l'office. C'est pour vous, mes chères Sœurs, un jour grandement solemnel, d'autant qu'en iceluy vous vous venez offrir à la divine Majesté, à l'imitation de cette glorieuse Vierge, ou plustost renouveller l'offrande que vous luy avez desja faite.

Mais vous me direz : Declarez-nous un peu comme et avec quelle perfection nostre divine Maistresse fit son offrande, à ce que nous l'imitions ; car estans ses filles nous serons bien ayses de la suivre. Voyez-vous, en cette feste nous n'avons point d'autre Evangile que celuy qui

* Luca?, xi, 27, 28. Se lit toutes les fois qu'on fait l'office de Nostre Dame*;

or, vous trouverez en iceluy tout ce qu'il faut faire pour l'imiter. Il est donques dit que Nostre Seigneur preschant au peuple qui le suivoit, et le voulant illuminer et esclairer, il faisoit à cet effect plusieurs miracles. Les Pharisiens, pleins d'envie, commencèrent à murmurer et à le calomnier, disant que ce n'estoit pas en son nom qu'il operoit ces choses, ains par la puissance du prince

*Ibid., f. 15. des ténèbres*. Au plus fort de ces blasphèmes et injures

une femme esleva sa voix (laquelle les saints Pères

*Videsupra,p.232. disent estre sainte Marcelle*, mais comme l'Evangeliste ne la nomme pas, il vaut mieux dire seulement que c'estoit une femme), et surprise d'admiration pour le divin Maistre s'escria : Bienheureux le ventre qui fa porté et les mammelles que tu as succées ! Alors le peuple tout estonné se tut, et le Sauveur se retournant du costé de cette femme luy respondit : Plustost bienheureux ceux qui escoutent la parole de Dieu et la gardent.

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