XXXVII. Pour la fête de la Présentation
Or, bien que je me souvienne de vous avoir desja entretenues trois ou quatre fois sur ce sujet et sur cet Evangile*, si est-ce que c'est un puits où il y a tant à 'Vide supra, p.356. prendre que je ne me peux lasser d'en parler ni de puiser dans sa profondité ce qui est propre pour nostre instruction. Bienheureuses donques, dit-elle, les mammelles qui t'ont allaitté et le ventre qui Va porté. Et Nostre Seigneur luy respondit : Il est vray que le ventre qui m'a porté est bienheureux et les mammelles que j'ay succèes sont bienheureuses ; car quel plus grand bonheur pouvoit arriver à une femme que de porter dans son sein Celuy qui est esgal au Père, « Celuy que les cieux ne peuvent comprendre*? » O que véritablement ce * Respons. I»™ ad
. Mat. Fest. B. M. V.
sein dans lequel le Fils de Dieu a pris chair humaine est heureux, et que cette Vierge a receu d'honneur ayant donné son plus pur sang pour former la sacrée humanité du Sauveur de nos âmes ! Partant, il est bien vray, o femme, ce que tu dis que non seulement ce sein, mais encores les mammelles que j'ay succèes sont bienheureuses , d'autant qu'elles ont nourri Celuy qui sustente toutes les créatures. Ce grand aumosnier Abraham fut estimé bien favorisé parce qu'en logeant les pèlerins il eut un jour la grâce d'avoir le Roy et Seigneur des pèlerins en sa mayson, de manger avec luy et luy laver les pieds * ; comme n'estimerons-nous heureux ce ventre * Gen., xvm, 1-8. de la Vierge qui l'a logé non un jour ains neuf mois tout entiers, et ces mammelles qui l'ont nourri non de pain mais de lait, de la propre substance de cette glorieuse Vierge ?
O que ce que tu dis, femme, est véritable ! Ces chastes entrailles ressemblent à l'Arche dans laquelle estoyent la manne, la verge et les tables de la Loy de Moyse *. * Heb., ix, 4. Qu'est-ce que cette manne sinon le Fils de Dieu qui est descendu du Ciel*? N'est-il pas aussi cette verge et ces * Joan., vi, 31-33. tables de la Loy? Ouy, il est la pierre vive* ; sur son * I Pétri, n, 4. propre corps ont esté escrits et gravés les dix commandemens de la loy de grâce avec les burins des clous, de la lance et des fouets. O que ce sein donc est bienheureux, semble dire Nostre Seigneur, puisqu'il est plus pretieux
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que l'Arche d'alliance ; et partant, que cette femme est bienheureuse, parce qu'elle est ma Mère. Et certes, ce bonheur n'appartient qu'à elle, d'autant qu'aucune autre créature quelle qu'elle soit ne peut estre ni ne sera jamais honnorée du tiltre de Mère de Dieu. Il n'appartient qu'à la sacrée Vierge ; car tout ainsy qu'entant que Dieu je n'ay qu'un Père sans mère, ainsy entant qu'homme devois-je avoir une Mère sans père; et comme je n'ay qu'un Père au Ciel, aussi ne devois-je avoir qu'une Mère en terre : cela a esté ordonné de toute éternité par mon Père céleste. Néanmoins je te dis maintenant que quoy que ma Mère soit si heureuse parce qu'elle m'a porté dans son ventre et que j'ay succé ses mammelles, elle l'est beaucoup plus parce qu'elle a ouy la parole de Dieu et Va gardée. Or, tous peuvent participer à cette béatitude.
Mais voyez comme cette sainte Vierge a entendu la divine parole et comme elle l'a gardée. Et pour laisser toute autre parole et ne parler que de celle de la vocation, o Dieu, combien a-t-elle esté fidelle en cecy ! Voyla que le Seigneur luy dit à l'oreille, ou plustost à l'intérieur du cœur : Audi filia ; Escoute, ma fille, preste moy V oreille y oublie ta patrie et quitte la mayson de ps. xliv, ir, 12. ton père, et le Roy convoitera ta beauté*. Remarquez ces paroles : Escoute, ma fille. Comme s'il vouloit dire : Pour bien ouyr il faut bien escouter; mais outre cela, il faut encores incliner et prester l'oreille, c'est à sçavoir s'abaisser et humilier, pour entendre ce qui est de la volonté de Dieu. Oublie ta patrie et retire-toy de la mayson de tes parens, viens en la terre que je te Gen., xii, i. monstreray*, et le Roy convoitera ta beauté. Comme
s'il disoit : Ne te contente pas d'escouter l'inspiration divine et de Rabaisser pour la mieux ouyr, mais retire ton cœur et tes affections de ta patrie et de tes parens, viens au lieu que je te monstreray, et je convoiteray ta beauté.
O sainte, divine et admirable semonce que Dieu fait au cœur de tant de créatures, et qui a esté escoutée et entendue par un grand nombre ! Cependant je ne sçay