‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 218 sur 273 · XXXVII. Pour la fête de la Présentation · texte numérisé non relu

XXXVII. Pour la fête de la Présentation

comment cela est arrivé, plusieurs ont ouy la parole sacrée de la vocation et ne sont pourtant point sortis ni allés où Dieu les appelloit. L'on fait tant d'examens, il faut tant considérer, il faut parler aux uns et aux autres pour sçavoir si l'inspiration est vraye, si elle vient de Dieu, il faut tant esplucher toutes choses ! Certes, il est bon de bien considérer et discerner quelle est l'inspiration, mais après ce regard, sorte\ et alle^ en la terre que Dieu vous monstre*; n'escoutez point tant de discours, * ctTr.deVAm.de

.,-,, '11 1 j. j 1» Dieu, 1. VIII, c. xi.

ne prestez point loreille a tant de raysons que 1 on vous apporte, n'usez point de tant de dilayemens, car vous vous mettez en grand péril ; ne vous endormez point, soyez prompts. O Dieu, combien fut diligente la glorieuse Vierge, et qu'on luy peut bien appliquer ce verset du Psalmiste* : Ecce non dormitabit, neque dormiet. * Ps. cxx, 4. Elle ne fut point endormie, car à cette divine parole de sa vocation elle se leva promptement et s'en alla. Elle n'eut point besoin de faire de longs examens, parce qu'elle avoit la grâce de discernement. Elle s'en alla où Dieu la conduisoit, et le Roy du Ciel convoitant sa beauté la choisit non seulement pour son Espouse, ains aussi pour sa Mère.

Donques, bienheureux ceux qui escoutent la parole de Dieu et la gardent .Tons sont appelles*, et plusieurs *Matt.,xx, i6,xxn, entendent l'inspiration, différemment néanmoins ; les cf.' tom^prœced! uns plus, les autres moins. Il en prend tout de mesme huJusEdlt->p- 109. comme en la cour de quelque grand prince qui seroit en son palais environné de plusieurs seigneurs. Ils sont bien tous en la cour et en la présence du prince, lequel regarde les uns, jette des œillades plus particulières sur les autres, rit contre cestuy cy, parle à celuy là, donne des dignités aux uns, favorise les autres, que sçay-je moy, telles ou semblables choses qui se passent tous les jours parmi les cours des roys. Tous estiment ces faveurs et en font grand estât. Mais il y en a que le prince favorise bien davantage et auxquels il tesmoigne un plus particulier amour : ce sont ceux qu'il fait entrer dans son cabinet pour s'entretenir avec eux, leur descouvrir ses secrets et leur communiquer ses conceptions.

Tous les Chrestiens sont ces princes et chevaliers qui demeurent en la cour de ce souverain Roy Nostre Seigneur, qui n'est autre que l'Eglise. Nostre cher Sauveur les regarde tous : il favorise les uns, il esleve les autres, en somme il départ ses grâces à qui il luy plaist et comme il luy plaist. Mais outre les faveurs qu'il octroyé à tous les enfans de son Eglise, il en a de particulières pour ceux qu'il retire en son cabinet, c'est à dire en la Religion ; là il leur parle plus familièrement au cœur, leur révèle ses secrets et leur descouvre ses intentions. De ce nombre a esté la sacrée Vierge ; c'est elle qui a esté menée au cabinet de Dieu et à laquelle ont esté descouverts mieux qu'à nulle autre créature les plus hauts mystères. Donques, bienheureux sont ceux qui oyent la parole de Dieu et la gardent. * Cap. lxii, 2, 4. C'est ce que vouloit signifier Isaïe* quand il disoit qu'il

Cf. Tr. de VAm. de . 0 .

Dieux vin, c. vu. croyoït en la parole du beigneur et qu il graveroit son nom en son cœur ; c'est à sçavoir qu'il entendroit l'inspiration et la volonté de Dieu et la garderoit dans son cœur. Je sçay qu'il y a diverses interprétations sur cecy, car les uns tiennent que par ce nom l'on doit entendre le saint et sacré nom de Jésus qui signifie Sauveur, par

- 'Matt.,i, 21; Lucae, lequel il est venu sauver le monde*, nom qui est demeuré

i,3i;Act., iv, 10,12. , t? i- ■ j. j 1 a 4. 1

grave en son Eglise et dans le cœur de tous les vrays enfans d'icelle. Les autres ont voulu dire que ces paroles d'Isaïe se devoyent interpréter de l'Eglise mesme. En fin elles peuvent estre aussi entendues de l'inspiration et volonté divine ; car c'est le propre des vrays fidelles de porter le sacré nom de Jésus gravé dans leur cœur, non avec un burin autre que les clous, lance et espines qui percèrent son saint corps ; et de plus, tout bon Chrestien doit escouter et garder la parole de Dieu, ouyr son inspiration et faire sa volonté.

Mais helas, c'est un grand malheur que si peu entendent comme il faut ces saintes inspirations ! Plusieurs vivent au monde et usent des richesses, honneurs et dignités dont la loy divine permet d'user, mais non point d'abuser; ils ajustent aux commandemens de Dieu leur affection pour la jouissance des biens et dignités,

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