‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 223 sur 273 · XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent

ses disciples pour apprendre s'il estoit ce grand Prophète, ce Messie promis, ou s'ils en devoyent attendre un autre. Car, disent-ils *, si saint Jean sçavoit asseu- * Cf. tom. prseced.

, ,.- •. 1 A/r • 1 4. -1 hujusEdit., pp. 66,

rement qu il estoit le Messie, pourquoy luy envoye-t-il 67. demander quel il est ?

Or, qu'il sceust bien que Celuy à qui il envoyoit faire la demande estoit vrayement le Messie, cela est indubitable, car il le conneut estant encores dans le ventre de sa mère, et n'y a aucun Saint qui ayt eu une plus grande lumière et intelligence du mystère de l'Incarnation que ce glorieux saint Jean. Il fut l'escolier de Nostre Dame, et lors qu'elle alla visiter sa cousine Elizabeth il fut sanctifié par le cher Sauveur de nos âmes, lequel il conneut; et tressaillant d'ayse dans les entrailles de sa mère*, il l'adora et se consacra à son divin service. *Lucœ, 1, 41, 44. Il fut son Précurseur, et annonça sa venue au monde. C'est luy qui le baptiza, luy qui vit descendre le Saint Esprit en forme de colombe et qui entendit la voix du Père disant : Celuy cy est mon Fils bien aymè auquel je prens tout mon playsir. C'est luy qui le monstra du doigt, prononçant ces paroles : Ecce Agnus Dei ; Voicy V Aigneau de Dieu qui oste le péché du monde*. * Matt., m, 13-17

Voyla comme il connoissoit bien Nostre Seigneur, ' '' ' et il n'y a point de doute qu'il ne chancella jamais en rien que ce fust, de la croyance et asseurance qu'il avoit de sa venue. Pourquoy donques, disent nos anciens Pères , estant en prison et entendant parler des grans prodiges et miracles que faisoit nostre divin Maistre, envoye-t-il ses disciples pour sçavoir de luy quel il est, si c'est luy qui doit venir ou s'ils en attendroyent un autre ? Certes, tous sont admirables à demesler cette difficulté, et si je vous voulois rapporter la multitude et variété de leurs opinions sur ce sujet, il me faudroit employer beaucoup de temps qui nous desroberoit ce que nous avons à déduire pour nostre utilité. Je m'arresteray seulement à ce qu'en disent deux de nos plus grans Docteurs, à sçavoir saint Hilaire * et saint Chry- * Comm. in Matt.,

,*.,,. , , - ad cap. xi, initio.

sostome , qui ont le mieux rencontre, ce me semble, et * Hom. xxxvi (al. ont visé droit au blanc de la vérité. xxxvn) m Matt.

400 Sermons recueillis

L'on n'interroge pas tousjours pour sçavoir, disent ces saints Pères, ni moins parce que l'on ignore ce que l'on demande, mais l'on fait des questions pour plusieurs autres causes et raysons; car autrement la divine Majesté ne feroit jamais aucune question aux hommes, d'autant qu'elle sçait tout et ne peut ignorer chose quelconque. Elle pénètre le plus intime du cœur, et n'y a rien de si secret et caché qui ne soit très clair et manifeste à cette ♦Eccii., xlii, 18-20; divine Sapience *. C'est ce que va disant en un sien

* Ps.'cxxxvm, 1-9. Psalme * le royal Prophète David, grand et divin poëte :

Seigneur, vous ave^ de loin considéré mon sentier et mes voyes. Comme s'il disoit : Bien que je sois fin comme un renard, vous avez néanmoins conneu toutes mes finesses. J'ay esté comme un cerf qui a couru et sautelé par les fourrés les plus entourés de ronces et d'espines, mais vous estes ce divin chasseur qui de loin avez remarqué mes pas et mes vestiges ; vous m'avez apperceu au lieu où j'estois , d'autant que vos yeux voyent et pénètrent tout. Que feray-je pour me cacher de vous ? Si je monte au Ciel vous y estes, et là je vous trouveray beaucoup plus présent que moy mesme. Si, comme l'aube du jour et la belle aurore, je m'en vay courant sur les eaux, vous y serez plus tost que moy. Je ne sçaurois eschapper de devant vostre face ; que feray-je donc, o Seigneur ?

Mais encores que Dieu sçache toutes choses, il n'a pas laissé de faire plusieurs questions aux hommes ; non point qu'il ignorast ce qu'il leur demandoit, mais sa divine Providence l'a fait pour trois diverses causes. La première, à fin de leur faire confesser leurs péchés, comme il fit lors que Adam eut transgressé son commandement. Il Vappella, luy disant : Ubi es? Adam, où es-tu ? et demanda à nostre première mère Eve ce * Gen., m, 9, 13. qu'elle avoit fait*. Ce n'estoit pas qu'il ne sceust bien où estoit Adam et la désobéissance qu'il avoit commise ; mais le Seigneur l'interrogea à fin de luy faire advouer sa faute pour luy pardonner. Et le misérable, au lieu de

* Ibid., f. 12. la confesser, s'excusa sur sa femme *, et fut pour cela

chastié de Dieu, avec toute sa postérité. Une partie des

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