‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 225 sur 273 · XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent

La seconde cause pour laquelle il les manda fut parce qu'il ne les vouloit pas attirer à luy ains à son Maistre, à l'escole duquel il les envoyoit pour estre instruits de sa propre bouche. Car que vouloit-il signifier sinon : Quoy que je vous presche et enseigne, ce n'est point pour vous attirer à moy, mais bien à Jésus Christ duquel je suis la voix*; c'est pourquoy je vous addresse à luy. *joan.,i, 33. Sçachez de luy s'il est le Messie promis ou si nous en devons attendre un autre. Comme s'il vouloit dire : Je ne me contente pas de vous asseurer que c'est Celuy que nous attendons, mais je vous envoyé à fin que vous soyez instruits par luy mesme. Certes, les docteurs et prédicateurs, les maistres des novices et ceux qui ont charge d'ames ne feront jamais rien qui vaille s'ils n'envoyent leurs disciples et ceux qu'ils enseignent à l'escole de Nostre Seigneur, s'ils ne les plongent dans cette mer de science, s'ils ne les sollicitent et portent à rechercher nostre cher Sauveur pour estre instruits de luy. C'est ce que vouloit dire le grand Apostre escrivant aux Corinthiens* : Mes petits enfans, que j'ay conceus et gaignés * I Cor., iv, 9-16; à Jésus Christ parmi tant de peines, fatigues et travaux, cf' Galat-> IV' I9* pour lesquels j'ay souffert tant de douleurs et de convulsions, je vous asseure que je ne vous enseigne point pour vous attirer à moy, ains pour vous attirer à mon Seigneur Jésus Christ.

Ces maistres et ceux qui gouvernent les âmes qui, par leurs belles paroles, taschent d'attirer à eux les disciples qu'ils enseignent et les âmes qu'ils gouvernent, ressemblent à ces payens, hérétiques et telles autres canailles de gens qui causent et babillent, et estans dans leurs chaires s'efforcent et donnent peine de faire de beaux discours, subtils et bien dits par merveille, non pour conduire les âmes à Jésus Christ, mais à eux mesmes. Ils les attirent à eux par leurs paroles et leur langage composé, ne se servant pour ce sujet que de la babillerie et caquetterie , et par ce moyen séduisent plusieurs esprits foibles. Au contraire, les serviteurs de Dieu ne preschent et n'enseignent ceux qu'ils conduisent que pour les porter à Dieu, tant par leurs paroles que par

Sermons recueillis

* Matt., ix, 14 Marc, 11, 18.

leurs œuvres. C'est ce que fait aujourd'huy saint Jean et à quoy tous les Supérieurs doivent bien prendre garde, car ils ne proffiteront jamais qu'en portant et envoyant leurs disciples à Nostre Seigneur pour sçavoir de luy quel il est, et apprendre de luy mesme à le connoistre et faire tout ce qu'il faut pour son amour et service.

La troisiesme rayson pour laquelle saint Jean envoya ses disciples à Nostre Seigneur fut à fin de les destacher de sa personne, de peur qu'ils ne vinssent à un si grand abus que de faire plus d'estat de luy que du Sauveur ; car se plaignant à saint Jean comme ils se plaignoyent à Nostre Seigneur : Maistre, disoyent-ils, toy et nous tes disciples, avec les Pharisiens nous jeusnons , nous sommes mal vestus et faisons grande pénitence ; mais cet homme, ce grand Prophète qui opère tant de merveilles parmi nous n'en fait pas ainsy *. Ce qu'entendant saint Jean, et voyant que l'amour et l'estime que ses disciples luy portoyent alloyent au mespris de Jésus Christ, il les envoyé à cette divine Majesté pour estre instruits et informés de la vérité.

Ce n'est donques pas que saint Jean doutast en aucune façon que Nostre Seigneur fust le Messie, qu'il luy envoya ses disciples luy faire une telle demande, ains pour leur bien et utilité, pour le faire connoistre à tout le monde, pour ne point les attirer à soy, mais pour les en destacher, à fin que voyant les merveilles que Jésus Christ operoit, ils vinssent à en concevoir l'estime qu'il failloit. Il les traitte comme des petits enfans, car pour luy il croit asseurement qu'il est le Fils de Dieu, V Aigneau Vide supra, p. 399. qui oste le pechê du monde*. Il pouvoit bien, par ses paroles, leur faire entendre cette vérité, mais il ne le fait pas, ains les addresse à Nostre Seigneur pour estre instruits. Il les luy pouvoit mander pour l'adorer et reconnoistre, mais s'accommodant à leur foiblesse et infirmité, il les envoyé seulement luy demander qui il est, et s'il est Celuy qui doit venir ou s'ils doivent en attendre un autre. Certes, il faut que ceux qui gouvernent les âmes se fassent tout à tous, comme dit

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