‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 226 sur 273 · XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent

l'Apostre *, pour les gaigner tous : qu'ils soyent doux * I Cor., ix, 19-22. avec les uns et sévères avec les autres, enfans avec les enfans, forts avec les forts, foibles avec les foibles, en somme, ils ont besoin d'une grande discrétion pour s'accommoder à un chacun.

Saint Paul luy mesme a merveilleusement prattiqué cecy, car il se faisoit enfant avec les enfans, et pour cela il appelloit les Chrestiens mes petits enfans *. Il * Galat., iv, 19. dit donques, escrivant aux Thessaloniciens * : Mes petits * I Ep-> ", 7, 8. enfans, je me suis fait parmi vous comme un petit enfant, à fin de vous gaigner tous. J'ay marché le petit pas, et non point le pas de grand Apostre, parce qu'estans petits enfans vous ne m'eussiez peu suivre ; mais je me suis accommodé à vostre foiblesse et ay cheminé avec vous comme un petit enfant. J'ay encores esté au milieu de vous comme une mère nourrice* : je vous ay * ibid. donné du lait et vous ay nourris de viandes propres à

vostre petitesse *. *lCo

Saint Chrysostome Evesque de Constantinople, qui certes est tousjours admirable en tout ce qu'il escrit, mais particulièrement au sujet de cet Apostre, dit en commentant une parole de l'Epistre aux Hébreux * (je ne sçay * in cap. v, n, ad

..r..., ,. , \ s-*-, i-ii verbum imbecilles.

toutefois si je le pourray bien rapporter) : Chose admirable, ce grand Apostre estoit parmi ses Corinthiens comme une mère nourrice parmi ses enfans : il les nourrissoit de viandes simples, douces et propres aux petits enfans. Au contraire, lors qu'il escrivoit aux Hébreux, c'estoit avec une doctrine si profonde, un style si relevé qu'il ne se peut rien trouver de semblable. Si vous voulez voir saint Paul parmi ses Corinthiens *, regardez une * Cf. Entret. xin,

... . ... c . ,, tom. VI huj. Edit.,

mère qui auroit cinq ou six petits enfans qui 1 environ- p 24I nent. Voyez, je vous prie, l'industrie de cette femme, comme elle sçait donner à un chacun ce qui luy appartient, et le traitter selon la portée de son esprit. A celuy qui n'a qu'un, deux ou trois ans, elle donne du lait, elle luy parle en se jouant, en bégayant, et ne luy laisse pas dire mon père ni ma mère, car il est encores trop jeune, mais elle luy fait dire papa et mamma, parce qu'estant petit il ne peut encores prononcer le nom de père et de

mère. Aux autres qui ont quatre ou cinq ans, elle leur commence à apprendre à mieux parler, à manger des viandes un peu plus grossières ; et ceux qui sont un peu plus grans elle les dresse à la civilité et modestie. •Comm.iniThess., Or, escrit ce saint Père *, lors que le grand Apostre dit :

ad locum jam cita- T ...

tum. Je SU1S avec vous comme une mère nourrice, que veut-il

signifier sinon qu'il fait à l'endroit de ses disciples ce qu'une mère nourrice fait à l'endroit de ses enfans ? Il est certes nécessaire que ceux qui gouvernent les âmes ayent une grande industrie pour les sçavoir toutes conduire comme il convient , selon leur capacité et portée. Il faut qu'ils usent d'une grande discrétion pour leur donner la pasture de la parole de Dieu au temps convenable et propre à la bien recevoir ; discrétion encores pour en bailler à un chacun ce qu'il en a de besoin et en la manière qui est plus à propos. Et que l'on ne die point : Vous ne me parlez pas tant pour ma perfection qu'à celuy là. Je crois bien, vous n'avez point encores de dents ! Ne voyez-vous pas que si l'on vous donnoit les mesmes prattiques qu'on conseille aux autres vous ne pourriez les mascher ? Oh, il me semble que j'ay assez de dents, dites-vous. Mais certes, vous en aurez d'autant moins que vous croyez en avoir davantage. Hé Dieu, laissez-vous donc gouverner par autruy. Et voyla mon premier point.

La seconde partie de nostre Evangile c'est la responce que Nostre Seigneur fit aux disciples de Jean. Quelques docteurs philosophant sur cette responce s'en esmerveillent. Dites à Jean ce que vous ave% veu et ce que vous ave\ ouy : les aveugles voyent, les sourds entendent, les boiteux marchent droit, les ladres sont guéris, les morts ressuscitent, les pauvres sont evangelisés. (Il compte icy comme un miracle que les pauvres sont evangelisés.) Ces docteurs disent que le Sauveur n'opéra pas beaucoup de prodiges devant les disciples de saint Jean, mais que les Apostres leur rapportèrent ceux qu'il faisoit. Il est très certain que les Apostres avoyent une grande suavité à raconter à ces deux disciples les œuvres admirables de leur bon Maistre ; mais Nostre Seigneur

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