‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 227 sur 273 · XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent

ne laissa pas pourtant de faire beaucoup de miracles en leur présence, c'est pourquoy il leur respond : Dites à Jean ce que vous ave\ veu et entendu.

Quelques uns de nos anciens Pères, je veux dire saint Hilaire et saint Chrysostome *, s'arrestent sur cette *UM supra, p. 399. responce que Nostre Seigneur fit lors qu'on l'interrogea qui il estoit. Vous me demandez si je suis ce grand Prophète, le Messie promis, Celuy qui tonne dans les cieux* et qui doit venir briser la teste à l'ennemy **. * 11 Reg., xxn, 14. Or, je vous responds : Dites ce que vous ave\ veu et entendu. O admirable humilité de nostre cher Sauveur qui vient pour confondre nostre orgueil et destruire nostre superbe ! On luy demande : Qui es-tu ? Et il ne respond autre chose sinon : Dites ce que vous ave$ veu et entendu, pour nous apprendre que ce sont nos œuvres et non point nos paroles qui rendent tesmoignage de ce que nous sommes, et que nous sommes pleins d'orgueil.

En ce siècle, si l'on demande à un gentilhomme : Qui estes-vous ? o Dieu, il faut prendre ce mot au point d'honneur et s'en couper la gorge sur le pré. Qui estesvous ? Il faut faire voir de quelle extraction, de quelle race, il faut faire paroistre les lettres de noblesse, que sçay-je, moy? telles folies et niaiseries; il faut examiner si ses ancestres sont descendus d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Certes, il n'est besoin de faire monstre de toutes ces bagatelles pour prouver que vous estes gentilhomme. Mais quand on vous fait cette question : Qui estes-vous? il faudroit pouvoir respondre : Dites que vous ave\ veu un homme doux, cordial, humain, protecteur des vefves, père des pupiles et orphelins, charitable et bénin envers ses sujets. Si vous avez veu et entendu cela, dites asseurement que vous avez trouvé un bon gentilhomme. Si vous vous addressez à un Evesque : Qui estes-vous ? il devroit pouvoir se rendre ce tesmoignage : Dites que vous ave% veu un homme qui fait bien et deùement sa charge ; et alors asseurez-vous qu'il est vrayement Evesque. Si à une Religieuse : Qui estes-vous ? Si vous ave^ veu une Religieuse exacte et ponctuelle en Fobservance de ses Règles, respondez alors qu'elle est vrayement

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Religieuse. En fin, ce sont nos œuvres ou bonnes ou mauvaises qui nous font ce que nous sommes, et c'est par icelles que nous devons estre reconneus.

Ne vous contentez donc pas lors qu'on vous interroge vous disant : Qui estes-vous ? de respondre comme les petits enfans au catéchisme : Je suis Chrestien ; mais vivez en telle sorte que l'on puisse adjouster qu'on a veu un homme qui ayme Dieu de tout son cœur, qui garde les commandemens de la Loy, qui fréquente les Sacremens, et telles autres choses dignes d'un vray Chrestien. Ce n'est pas que je veuille entendre que quand on nous demande qui nous sommes il ne faille dire que l'on est Chrestien. O non certes, c'est le plus beau tiltre que nous nous puissions donner, et j'ay tousjours eu une particulière dévotion à cette grande sainte Blandine, qui fut martyrisée à Lyon et dont Eusebe rapporte la

*Hist.,l. V, c i. vie*. Cette Sainte donques, parmi les grans tourmens qu'on luy faisoit souffrir lors qu'on la martyrisoit, alloit doucement répétant : Je suis Chrestienne, se servant de ce mot comme d'un baume sacré pour guérir toutes ses playes. Mais je veux dire qu'il ne suffit pas de se nommer Chrestien, si l'on ne fait les œuvres de Chrestien. Car en fin qui sommes-nous? Un peu de poudre et de

*Gen.,m, iq.xvhi, cendre*. Disons donques librement que nous ne sommes

rien, que nous ne pouvons ni ne sçavons rien. C'est une grande misère qu'estans ce que nous sommes nous voulons néanmoins paroistre, et marchons sur la pointe des pieds à fin de nous faire voir à tout le monde. Mais helas, que verra-t-on quand on nous verra? Un peu de poussière et un corps qui sera bientost réduit en corruption.

Dites à Jean que les aveugles voyent. O Dieu, quel plus grand aveuglement que le nostre ! Estans si pleins d'abjection et misère, nous voulons cependant estre estimés quelque chose ! Qui nous aveugle de la sorte sinon nostre amour propre lequel, outre qu'il est aveugle de soy mesme, aveugle encores celuy en qui il demeure? Ceux qui ont peint Cupidon luy ont bandé les yeux, disant que l'amour est aveugle. Cecy se doit bien plus entendre

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